RECHERCHE D'UNE ALTERNATIVE AU GAZ RUSSE: LE PROJET T.R.I.P.P. OU UN FUTUR GAZODUC TRANSCASPIEN?

Analyses
2 Juin 2026 19:07
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RECHERCHE D'UNE ALTERNATIVE AU GAZ RUSSE: LE PROJET T.R.I.P.P. OU UN FUTUR GAZODUC TRANSCASPIEN?

Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé les informations de presse selon lesquelles Moscou envisage de mettre fin à son accord gazier avec l’Arménie. En effet, l’ambassade de Russie à Erevan a remis aux autorités arméniennes une lettre du ministre de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, exposant les conséquences possibles du maintien par l’Arménie de sa trajectoire vers une adhésion à l’Union européenne. Le document indique que la Russie pourrait suspendre ou dénoncer unilatéralement l’accord signé en décembre 2013 portant sur les livraisons de gaz naturel, de produits pétroliers et de diamants bruts à l’Arménie.

En vertu de cet accord de 2013, la Russie a supprimé pour une durée indéterminée les droits d’exportation sur les livraisons de produits pétroliers, de gaz et de diamants destinées à l’Arménie. Aujourd’hui, Erevan achète son gaz à un prix trois fois inférieur à celui auquel la Russie le vend aux pays européens.

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a répondu qu’il était illogique de menacer Erevan avec une hausse des prix du gaz, affirmant que l’Arménie disposerait bientôt de « beaucoup plus d’argent, au point que cela ne paraîtra plus cher », selon les médias arméniens. Il a souligné que le pays était en train de devenir un « Carrefour de la paix », qu’il disposait d’un complexe militaro-industriel et qu’il exportait déjà des armes vers des pays développés.

« Il est illogique de menacer l’Arménie, par exemple avec des prix élevés, car nous avons une réponse à ce type de menaces : nous aurons beaucoup plus d’argent, tellement que cela ne nous semblera pas coûteux. Aujourd’hui, l’Arménie devient un “Carrefour de la paix”, ce qui signifie qu’elle passera du statut de pays des milliers et des millions à celui des milliards et des milliers de milliards », a déclaré Pachinian lors d’un rassemblement électoral dans la ville de Garni.

« Désormais, nous ne dépendrons plus d’une seule route, d’un seul allié ou d’un seul gazoduc. [...] Un gazoduc traversera le territoire arménien et, grâce à ce transit, nous disposerons de notre propre gaz, puisque nous serons rémunérés en gaz pour le transit », a ajouté le chef du gouvernement arménien, cité par l’agence TASS.

Autrement dit, le pays pourrait se passer du gaz russe. C’est précisément le message que Nikol Pachinian a voulu faire passer. À long terme, un tel scénario est envisageable, mais certainement pas dans l’immédiat : l’Arménie ne dispose aujourd’hui que d’un seul gazoduc et demeure entièrement dépendante du gaz russe. Selon Reuters, en 2025, 82 % du gaz consommé dans le pays provenait de Russie. En l’absence d’infrastructures et de sources d’approvisionnement alternatives, cette dépendance reste donc très forte.

Les médias russes rappellent qu’il y a à peine une semaine, le Premier ministre arménien affirmait encore que l’Arménie et la Russie disposaient d’un « accord stratégique sur le prix du gaz » qui ne pouvait être remis en cause.

Des analystes russes relient ce changement de ton à la signature, à Erevan, en présence du secrétaire d’État américain Marco Rubio, d’un protocole-cadre sur l’extraction et la transformation des minerais critiques et des terres rares. L’Arménie et les États-Unis ont également paraphé un accord-cadre de coopération stratégique dans le cadre du projet TRIPP. La signature a eu lieu à l’aéroport d’Erevan, où l’avion du chef de la diplomatie américaine a effectué une escale d’une heure.

En théorie, le document signé avec les États-Unis ouvre certaines perspectives pour l’Arménie. Si Pachinian remporte les élections et poursuit son orientation vers l’Occident, l’accord sur les terres rares pourrait alimenter significativement le budget national. Mais cette hypothèse dépend de son maintien au pouvoir. L’opposition prorusse, si elle revenait aux affaires, ne mènerait probablement pas à terme l’accord avec Washington et chercherait à le remplacer par un partenariat avec Moscou.

Reste maintenant la question du gazoduc annoncé par Nikol Pachinian.

Selon toute vraisemblance, il s’agirait d’une conduite prévue le long du tracé du projet TRIPP, parallèlement aux corridors de transport et aux lignes de transmission électrique.

Des experts russes avancent qu’il pourrait s’agir d’un gazoduc destiné à acheminer du gaz turkmène via l’Arménie. Selon cette analyse, en cherchant à s’intégrer à des projets liés aux axes turc et azerbaïdjanais, Erevan ne ferait que compliquer sa propre situation, puisqu’elle deviendrait dépendante à la fois de la paix avec l’Azerbaïdjan et de la qualité de ses relations avec la Turquie.

Quant au transit du gaz turkmène, aucun gazoduc ne relie encore les rives orientale et occidentale de la mer Caspienne. Toutefois, comme l’a précédemment écrit Luke Coffey, chercheur principal au Hudson Institute, dans une tribune publiée par Arab News, la construction du gazoduc transcaspien s’inscrirait parfaitement dans les priorités de la politique étrangère américaine, notamment dans le cadre de la « Route Trump » - TRIPP - destinée à relier l’Europe à l’Asie centrale via le Caucase du Sud.

Selon Coffey, le contexte géopolitique actuel est particulièrement favorable à la réalisation du projet. Depuis les années 1990, il n’y aurait jamais eu de meilleure occasion de concrétiser le rêve d’un gazoduc transcaspien. S’il voyait le jour, celui-ci constituerait un tournant majeur pour l’ensemble de la région : il renforcerait la sécurité énergétique de l’Europe, procurerait de nouvelles recettes au Turkménistan et contribuerait à la stabilité géopolitique de l’Eurasie.

Si une décision définitive était prise en faveur de la construction d’un gazoduc passant par l’Arménie, le projet transcaspien pourrait donc revenir au premier plan. À l’heure actuelle, la région ne dispose pas de capacités supplémentaires suffisantes pour transporter du gaz turkmène, le Corridor gazier méridional n’ayant pas été conçu pour absorber de tels volumes. Un nouveau gazoduc pourrait précisément répondre à ce besoin.

La question du financement demeure toutefois entière : qui financerait une infrastructure reliant le Turkménistan à l’Europe à travers la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Turquie ?

Il est difficile d’affirmer si le transit sur un tronçon aussi limité du futur gazoduc suffirait à couvrir les besoins gaziers de l’Arménie. Mais si Erevan poursuit sa politique actuelle, une autre option s’offre à elle : le gaz azerbaïdjanais. La possibilité d’en importer avait déjà été évoquée à Erevan il y a deux ans et, à l’époque, Bakou n’avait pas écarté cette perspective.

Par Tural Heybatov