Un nouveau dossier à charge sur les activités de l’ancien procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, ne se contente pas de jeter le doute sur sa réputation : il pulvérise de fait l’image soigneusement construite de « défenseur mondial de la justice ».
La série de publications d’investigation montre que derrière les déclarations tonitruantes sur les droits humains ne se cachent pas des principes, mais un calcul froid. Dans cette construction, les « valeurs » apparaissent comme un simple paravent rhétorique pour un mécanisme d’influence bien huilé, où s’entrecroisent les intérêts du lobby arménien, d’une partie des élites politiques européennes et de groupes financiers liés au business russo-arménien. Il n’est d’ailleurs pas anodin que, dans ce contexte, surgissent les noms des oligarques Samvel Karapetian et Ruben Vardanyan.
De nouvelles images vidéo viennent encore étayer ces éléments. On y voit Luis Moreno Ocampo discuter de l’utilisation de l’intelligence artificielle comme outil commode dans une campagne anti-azerbaïdjanaise. Il ne s’agit plus ici de défense des droits, mais de pure ingénierie politique. Dans cette logique, le droit international cesse d’être un système de normes pour devenir un instrument de pression, tandis que la rhétorique humanitaire sert de couverture à des manipulations ciblées.
La transcription d’un nouvel échange entre Ocampo et un interlocuteur non identifié laisse de moins en moins de place au doute : il n’est pas question de protéger des droits, mais de bâtir un dispositif d’influence à plusieurs niveaux, où la morale ne joue qu’un rôle décoratif, les objectifs réels relevant de la politique et de l’argent.
Luis Moreno Ocampo :
« La prochaine étape pour moi est de voir comment organiser cela sur une plateforme d’intelligence artificielle et le faire correctement. Je travaille donc avec l’Université de São Paulo, à la faculté de physique, sur un projet lié à l’IA. Récemment, j’ai passé quelques jours en Espagne avec des amis impliqués dans ce type d’entreprises. Nous avons discuté de la manière dont le projet arménien pourrait servir de pilote pour une société utilisant l’intelligence artificielle. »
« Si nous allons en parler… c’est complètement différent. Je ne veux pas vous effrayer, mais je fais beaucoup de choses. Je suis aussi professeur à l’Université de São Paulo, au Brésil. Je travaille avec un physicien […] dans le domaine de la physique. Nous utilisons principalement la physique moderne et l’intelligence artificielle pour modéliser et tenter d’organiser l’ordre et le désordre mondiaux. Le Brésil finance ce projet. Nous disposons de supercalculateurs pour cela. Au début, nous nous sommes dit : “travaillons sur l’ordre global dans son ensemble”. Puis nous avons reconnu que c’était trop complexe et nous avons décidé de nous concentrer sur le génocide. Ensuite, nous avons choisi le Haut-Karabagh, car je dispose de nombreuses informations. Nous travaillons sur le Haut-Karabagh. Aujourd’hui, je considère cela comme un produit académique, un projet académique, dont je dois tirer le maximum. J’essaie donc de créer une entreprise transnationale capable de transformer les informations que nous produisons ici en quelque chose qui parvienne aux décideurs politiques. Cela doit atteindre les grands médias, les réseaux sociaux, pour gagner en visibilité. Cela doit aussi toucher d’autres scientifiques afin de devenir solide et reconnu. »
Interlocuteur non identifié :
« Vous développez donc un programme utilisant l’intelligence artificielle ? »
Luis Moreno Ocampo :
« Oui, oui. »
Interlocuteur non identifié :
« Parce qu’il existe déjà des programmes, des groupes de réflexion qui se réunissent pour conseiller les décideurs. Cela existe depuis longtemps. »
Luis Moreno Ocampo :
« Oui, oui. »
Ces échanges montrent que l’on n’a pas affaire à un « expert indépendant » ni à un « défenseur des droits », mais à l’opérateur d’un dispositif d’influence complexe, où les technologies - y compris l’intelligence artificielle - sont envisagées comme des instruments d’ingénierie politique. La conclusion s’impose : il s’agit de préparer une campagne informationnelle de grande ampleur contre l’Azerbaïdjan, reposant sur des solutions technologiques modernes - de la promotion algorithmique de récits à l’éventuel recours aux deepfakes et autres outils de manipulation numérique. Le contenu de la conversation ne laisse guère de place à d’autres interprétations.
Dans cette perspective, tout s’éclaire : l’« agenda humanitaire » n’est qu’une enveloppe, derrière laquelle se met en place une infrastructure de pression visant un effet déterminé - et manifestement financé - plutôt que la recherche de la vérité.
Il convient également de noter que le dispositif mis en place, fondé sur des circuits financiers opaques, offrait à Ocampo la possibilité non seulement de faire du lobbying, mais aussi de tenter d’influencer directement les processus décisionnels au sein de l’Union européenne. Selon ses propres propos, des contacts auraient été établis avec l’entourage de Josep Borrell, ce qui révèle une volonté d’exercer une pression sur les structures européennes. Les éléments divulgués pointent aussi vers des aspects bien plus préoccupants : des discussions portant sur une ingérence dans les processus internes de l’Arménie, y compris des scénarios de changement de pouvoir. Dans ce contexte, il ne s’agit plus d’« expertise » ni même de lobbying, mais d’un facteur potentiellement déstabilisateur pour toute une région.
À cet égard, la réaction de Bruxelles - ou plutôt son absence - est révélatrice Les institutions européennes, habituellement promptes à réagir bruyamment à toute actualité liée à l’Azerbaïdjan, ont cette fois opté pour un silence ostensible. Et ce silence en dit long. Il renforce l’impression que les institutions européennes sont parfaitement au fait de la situation — et qu’elles redoutent à la fois la reconnaissance de conflits d’intérêts évidents et les risques de nature corruptionnelle.
Il en résulte un tableau où les grands discours sur la transparence et l’État de droit entrent en contradiction frontale avec la pratique - une contradiction de plus en plus difficile à dissimuler.
Par Farida Baguirova