RUSLAN CHEVTCHENKO: LA NOMINATION DE RUBEN VARDANIAN AU "PRIX VACLAV HAVEL" PORTERAIT UN COUP MORAL ET POLITIQUE A L'EUROPE

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25 Mai 2026 18:43
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RUSLAN CHEVTCHENKO: LA NOMINATION DE RUBEN VARDANIAN AU "PRIX VACLAV HAVEL" PORTERAIT UN COUP MORAL ET POLITIQUE A L'EUROPE

Alors que les discussions se poursuivent en Europe autour d’une éventuelle nomination de Ruben Vardanyan au Prix des Droits de l’Homme Václav Havel, la controverse qui l’entoure prend une nouvelle dimension politique. Pour l’Azerbaïdjan, la question dépasse largement le cadre d’une simple candidature à une distinction internationale. Elle touche à des enjeux plus vastes : le séparatisme, les réseaux d’influence russes, la guerre hybride et la capacité des institutions européennes à distinguer une véritable défense des droits humains d’opérations politiques motivées.

Anciennement inscrit dans la base de données ukrainienne Myrotvorets et depuis longtemps associé aux milieux financiers et politiques russes, Ruben Vardanyan demeure une figure profondément controversée en raison de son rôle au Karabagh et de ses liens avec des structures proches de Moscou. Ses soutiens en Europe le présentent comme un philanthrope et une personnalité publique, tandis que ses détracteurs estiment que le dépeindre comme un défenseur des droits humains revient à ignorer des réalités politiques et juridiques majeures.

Afin de mieux comprendre comment cette affaire est perçue par des pays ayant eux-mêmes subi des pressions hybrides russes, News.Az s’est entretenu avec l’analyste politique moldave et docteur en histoire Ruslan Chevtchenko. Dans cet entretien, il explique pourquoi, selon lui, la campagne autour de Vardanyan doit être considérée comme une opération informationnelle dirigée contre l’Azerbaïdjan, pourquoi une éventuelle nomination pourrait nuire à la crédibilité de l’Europe et pourquoi les responsables politiques européens devraient faire preuve d’une plus grande prudence vis-à-vis des figures promues par des réseaux de lobbying prorusses.

- Comment évaluez-vous le fait que Ruben Vardanyan, inscrit dans la base Myrotvorets et associé aux élites ainsi qu’aux structures financières russes, soit aujourd’hui présenté en Europe comme un défenseur des droits humains et un possible candidat au Prix Václav Havel des droits de l’homme ?

-Ce qui se passe aujourd’hui autour de Ruben Vardanyan en Europe doit être vu comme une composante de la guerre hybride menée par la Russie - désormais également dirigée contre l’Azerbaïdjan. Nous avons déjà observé ce mécanisme en Moldavie, en Géorgie et en Ukraine. Lorsqu’il est impossible de déclencher une guerre « chaude », une guerre économique commence - via des embargos sur les produits agricoles ou industriels - accompagnée d’une guerre de propagande visant à discréditer les dirigeants politiques, la politique étrangère et la politique intérieure de tout pays tombé en disgrâce auprès du Kremlin. Aujourd’hui, Moscou utilise ces deux instruments contre l’Azerbaïdjan.

Ruben Vardanyan, l’un des dirigeants du séparatisme au Karabagh et milliardaire actuellement détenu à Bakou dans le cadre d’une peine de prison qui, selon moi, aurait dû intervenir depuis longtemps, est devenu l’un des outils utilisés par le Kremlin ainsi que par certaines composantes de la diaspora arménienne qui lui sont proches dans différents pays, dans leur campagne contre l’Azerbaïdjan.

Puisque Moscou ne dispose actuellement d’aucun prétexte pour attaquer directement l’Azerbaïdjan, elle développe autour de Vardanyan un récit propagandiste le présentant comme une « victime du régime criminel de Bakou » - un régime qui aurait emprisonné sans raison un « patriote arménien honnête et respectable ». Profitant du fait que Vardanyan était encore récemment peu connu en Europe, des réseaux liés au Kremlin dans plusieurs pays de l’UE tentent de promouvoir son image de « combattant de la vérité et de la justice » et de « philanthrope respecté », tout en utilisant chaque occasion pour attaquer l’Azerbaïdjan au sujet de ce qu’ils qualifient de « condamnation cruelle ».

Comparer Vardanyan - un criminel d’État qui, dans n’importe quel pays, y compris en Russie, aurait écopé d’une très lourde peine de prison pour ses actes - à Václav Havel, véritable dissident antisoviétique ayant activement combattu le régime communiste en Tchécoslovaquie, est profondément immoral, blasphématoire et politiquement criminel.

Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères devrait faire tout son possible, par l’intermédiaire des ambassades du pays en Europe, pour lancer une contre-offensive informationnelle expliquant aux citoyens européens et aux responsables politiques qui est réellement Vardanyan, ce qu’il a fait et pourquoi la peine qu’il purge actuellement est pleinement justifiée. Si cela est fait rapidement et efficacement, il est peut-être encore possible d’empêcher l’attribution du Prix Havel à Vardanyan.

- La tentative de proposer Vardanyan pour un prix européen des droits humains constitue-t-elle, selon vous, un coup porté à la réputation même de l’Europe, compte tenu de ses liens avec la Russie, de son rôle au Karabagh et des accusations liées à des actes contraires au droit international ?

- Absolument. L’idée même de proposer Vardanyan pour une distinction européenne dans le domaine des droits humains nuit à l’image de l’Europe - non seulement aux yeux des Azerbaïdjanais, mais aussi de nombreuses autres sociétés.

Les services de renseignement russes et la diaspora arménienne en Europe, largement prorusse, utilisent avec succès « l’affaire Vardanyan » comme un nouvel instrument destiné à discréditer les responsables politiques européens auprès de leurs propres opinions publiques. Si un criminel condamné venait à recevoir le Prix Havel, cela constituerait une nouvelle victoire pour la Russie et sa propagande au sein de l’Union européenne.

Les responsables politiques européens qui affirment mener une « lutte acharnée » contre l’influence russe devraient examiner beaucoup plus attentivement les personnalités que les réseaux de lobbying prorusses cherchent à leur imposer avant d’accepter leur nomination à une distinction aussi prestigieuse.

- Du point de vue de la société moldave, confrontée depuis des années à l’agression hybride russe, à quel point est-il dangereux pour l’Europe d’ignorer le passé de personnalités comme Vardanyan et de transformer des individus issus de milieux financiers et politiques russes en « victimes » et « défenseurs des droits humains » ?

- À nos yeux, dissimuler le passé de criminels dangereux comme Vardanyan n’est pas seulement dangereux pour l’Europe - c’est extrêmement dangereux. Vardanyan a incontestablement joué le rôle de superviseur du Kremlin au Karabagh alors occupé par l’Arménie, ainsi qu’en Arménie même. À la première occasion favorable, il devait, selon toute vraisemblance, remplacer le Premier ministre en exercice, Nikol Pachinian.

Ignorer ce passé revient à fragiliser les fondements mêmes de la sécurité européenne et à remettre en question sa stabilité future ainsi que son développement normal. Si l’Europe commence à blanchir un séparatiste et criminel agissant sur instruction de commanditaires étrangers, elle risque bientôt de se retrouver confrontée à une multitude de figures similaires. Ces individus ne chercheront pas seulement à justifier leurs actes ; ils pourraient également encourager la fragmentation des États-nations au sein même de l’Union européenne.

Cela reviendrait à prononcer une condamnation contre les États européens modernes et contre l’Union européenne dans son ensemble. Le défunt Václav Havel se retournerait sans aucun doute dans sa tombe face à un tel acte de profanation.

C’est pourquoi il est essentiel que l’Europe comprenne toute la vérité sur Ruben Vardanyan : qui il est réellement, qui le soutient et pourquoi sa nomination au Prix Havel est inenvisageable, en particulier dans le contexte de la guerre hybride menée par la Russie contre l’Europe et contre tous les opposants au régime de Vladimir Poutine.

Par Murad Samedov