Les autorités arméniennes ont interdit au catholicos Garéguine II de quitter le territoire dans le cadre d’une procédure pénale ouverte en janvier. Cette mesure est intervenue quelques jours avant un synode des évêques prévu du 16 au 19 février en Autriche. En raison de son absence, la rencontre a été rétrogradée au rang de simple réunion d’évêques.
L’information relative à l’enquête pénale a été rendue publique le 14 février par l’avocat Ara Zohrabyan. Celui-ci a qualifié l’ouverture de la procédure et l’interdiction de voyager, décidées plus tôt le même jour, d’« acte honteux sans précédent ».
Lors d’un point presse le 13 février, le Premier ministre Nikol Pachinian a accusé l’Église de chercher à « déplacer le catholicossat hors d’Arménie » en tenant le synode en Autriche. Il a également affirmé que cette réunion visait à renforcer ce qu’il a décrit comme un « catholicossat marionnette » aux mains de certaines forces, destiné à être utilisé contre l’Arménie.
« Je ne le permettrai pas. Si des mesures supplémentaires sont nécessaires, elles seront prises », a déclaré Pachinian.
Selon Me Zohrabyan, la procédure constitue « une tentative de faire échouer » le synode en Autriche, citant les déclarations du Premier ministre à l’appui de son analyse.
L’affaire pénale visant Garéguine II a été ouverte au lendemain des propos de Pachinian. Jusqu’alors, le catholicos n’était pas concerné par l’enquête visant sept membres du clergé, lancée en janvier. Plusieurs d’entre eux, poursuivis dans ce dossier, devaient participer au synode - une procédure à nouveau décrite par ses détracteurs comme destinée à perturber la réunion.
Une affaire liée à l’évêque Gevorg Saroyan
Les poursuites sont liées au non-respect présumé, par l’Église, de l’exécution d’un acte judiciaire - ou à l’entrave à son application - concernant un haut dignitaire ecclésiastique, l’évêque Gevorg Saroyan.
Ce dernier avait saisi la justice pour être rétabli dans ses fonctions de primat du diocèse de Masyatsotn, dont il avait été relevé au début du mois de janvier.
Il n’a jamais été réinstallé. Au contraire, Garéguine II l’a défroqué le 27 janvier, en raison de l’action en justice contestant sa destitution.
Saroyan figurait parmi les hauts responsables religieux ayant appelé le catholicos à démissionner. Il a également lancé, en janvier, le programme de réforme de l’Église soutenu par Pachinian — un projet qui viserait, à terme, à évincer Garéguine II.
Le Saint-Siège d’Etchmiadzine a « fermement condamné » l’ouverture de l’enquête contre Garéguine II, la qualifiant d’« infondée, illégale et clairement motivée par des considérations politiques ». L’Église a également dénoncé une ingérence dans « les affaires internes de l’Église ».
Lundi, l’archevêque Nathan Hovhannisyan a indiqué à Radio Free Europe/Radio Liberty que, en l’absence de Garéguine II, le statut du synode serait abaissé et qu’il se tiendrait sous la forme d’un simple rassemblement.
« La rencontre tient des discussions et des consultations, et peut en présenter les conclusions au Saint-Siège. Elle ne prend pas de décisions et ne rend pas de décrets », a-t-il précisé.