Le catholicos Garéguine II a défroqué l’évêque Gevorg Saroyan à la suite du recours en justice intenté par ce dernier pour contester sa destitution du poste de primat du diocèse de Masyatsotn. Saroyan faisait partie des hauts dignitaires du clergé qui avaient publiquement appelé le catholicos à démissionner.
Dans sa décision rendue mardi, Garéguine II a estimé que l’action en justice entravait le fonctionnement normal du diocèse de Masyatsotn et créait « des occasions et des conditions d’ingérence dans la vie interne de l’Église par des organes liés à l’État ».
La mesure serait « conforme » à une résolution adoptée plus tôt le même jour par le Conseil spirituel suprême, l’organe exécutif dirigeant le plus élevé de l’Église.
Dans son communiqué, le Conseil a recommandé au catholicos de défroquer Saroyan, jugeant que son recours juridique « violait de facto son vœu d’obéissance ». Il a également « fermement condamné » les « accusations diffamatoires » formulées par Saroyan dans ses discours et déclarations publiques à l’encontre de l’Église, de Garéguine II et d’autres membres du clergé.
Saroyan a saisi la justice le 15 janvier, au lendemain d’une décision d’un tribunal arménien ordonnant sa réintégration dans ses fonctions officielles. Cette décision avait toutefois un caractère provisoire et ne devait s’appliquer que jusqu’à l’issue de la procédure judiciaire engagée par Saroyan contre l’Église.
Le 10 janvier, Garéguine II avait révoqué Saroyan de ses fonctions de primat du diocèse de Masyatsotn, invoquant un « abus de pouvoir, le non-respect des obligations inhérentes à la charge de primat, ainsi que des cas de coercition et de pressions exercées sur le clergé du diocèse ».
De son côté, Saroyan a nié toute pression sur ses subordonnés lors d’un point presse, accusant au contraire Garéguine II de détenir des informations compromettantes sur l’ensemble des membres du clergé.
Gevorg Saroyan soutient le programme de réformes de l’Église lancé en janvier par le Premier ministre Nikol Pachinian, un agenda qui vise in fine à évincer Garéguine II.
Le document fondateur de cette initiative prévoit également la création d’un « Conseil de coordination » composé des signataires de l’agenda — Pachinian et dix hauts responsables religieux, dont Saroyan —, chargé des aspects organisationnels de la réforme.
Plus tôt en janvier, Saroyan, le Conseil de coordination et Pachinian avaient refusé de reconnaître la décision de Garéguine II. Le Premier ministre avait alors affirmé que ce dernier n’était pas un chef légitime de l’Église et que, par conséquent, ses décisions ne l’étaient pas non plus.
Depuis la reprise des tensions entre les autorités arméniennes et l’Église en mai 2025, Garéguine II a, de manière similaire, défroqué ou démis de leurs fonctions plusieurs opposants internes à l’Église.
Par ailleurs, l’Église cherche à régler devant les tribunaux arméniens le cas d’un autre prêtre pro-Pachinian défroqué, Stepan Asatryan.
Le 22 janvier, elle a déposé deux plaintes contre Asatryan, réclamant la restitution des clés de l’église du village d’Ohanavan, où il avait été affecté, ainsi que d’un appartement à Erevan mis à sa disposition par le Saint-Siège d’Etchmiadzine.