LA SOCAR EN SERBIE : LA CENTRALE DE NIŠ FAIT ENTRER LA STRATÉGIE GAZIÈRE DE L’AZERBAÏDJAN DANS LE SECTEUR DE L’ÉLECTRICITÉ

Analyses
8 Septembre 2026 17:16
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LA SOCAR EN SERBIE : LA CENTRALE DE NIŠ FAIT ENTRER LA STRATÉGIE GAZIÈRE DE L’AZERBAÏDJAN DANS LE SECTEUR DE L’ÉLECTRICITÉ

La centrale électrique au gaz qu’envisage de construire l’Azerbaïdjan dans la ville serbe de Niš pourrait devenir un élément important de l’évolution du système énergétique du pays. D’un montant de 600 millions d’euros, le projet prévoit une production de 350 mégawatts d’électricité, ainsi que 150 mégawatts de chaleur, pour une capacité totale de 500 mégawatts. Au-delà de l’ajout de nouvelles capacités de production, cette centrale revêt une importance particulière car elle renforcerait la fiabilité et la flexibilité du réseau énergétique serbe dans son ensemble, à un moment où le pays cherche à diversifier ses sources d’énergie et à réduire les vulnérabilités de son approvisionnement électrique.

Le projet donne également à l’Azerbaïdjan et à SOCAR un rôle qui va bien au-delà de la simple fourniture de gaz naturel au marché serbe. En participant directement à la production d’électricité, SOCAR s’engagerait davantage en aval dans le secteur énergétique serbe, créant un modèle dans lequel le gaz azerbaïdjanais n’est pas seulement exporté comme une matière première, mais est également utilisé sur place pour produire de l’électricité et de la chaleur. Cela donnerait à Bakou un intérêt commercial plus large dans les infrastructures énergétiques de la Serbie, tout en renforçant la dimension stratégique de la relation énergétique croissante entre les deux pays.

Les gouvernements de l’Azerbaïdjan et de la Serbie ont signé un accord sur le projet en février, tandis que SOCAR et la compagnie d’électricité publique serbe EPS sont depuis parvenues à un accord sur les principes fondamentaux régissant la construction, le développement et l’exploitation de la centrale. L’accord définitif est actuellement en préparation, marquant une nouvelle étape dans la transformation de cet engagement énergétique bilatéral en un investissement infrastructurel à long terme qui pourrait accroître le rôle de l’Azerbaïdjan sur le marché énergétique serbe.

Comme nous le savons, pendant de nombreuses années, SOCAR était principalement connue pour l’extraction et la vente de pétrole et de gaz. Aujourd’hui, cette entreprise ne peut plus être considérée comme une simple compagnie pétrolière. SOCAR est désormais présente dans tous les segments de l’industrie pétrolière et gazière susceptibles de générer de la valeur ajoutée. La centrale qui sera construite dans la ville de Niš ajoutera un nouveau volet aux activités de SOCAR : la production d’électricité.

Concernant la capacité de l’installation, il convient de noter que, si elle fonctionne à pleine capacité, elle produira 350 mégawatts d’électricité, ce qui représente 3,1 térawattheures d’électricité par an. Sachant que la consommation annuelle d’électricité de la Serbie est d’environ 30 térawattheures, on peut estimer que la centrale de Niš couvrira environ 10 % des besoins du pays.

Comme nous l’avons indiqué précédemment, cette centrale produira également 150 mégawatts de chaleur en plus de l’électricité. Plus précisément, l’eau utilisée pour produire l’électricité ne sera pas gaspillée et pourra être utilisée par les ménages et d’autres entreprises. Selon les calculs, 150 mégawatts de chaleur correspondent à environ 1,3 térawattheure d’énergie thermique, ce qui pourrait bénéficier à des milliers de foyers ou d’entreprises.

L’ensemble de ces éléments renforcera considérablement la position de l’Azerbaïdjan, à la fois en Serbie et en Europe, par l’intermédiaire de SOCAR. Comme nous l’avons déjà mentionné, SOCAR ne sera plus simplement une entreprise exportatrice de gaz vers la Serbie : elle transformera le gaz acheminé vers l’Europe en électricité et en chaleur, créant ainsi de la valeur ajoutée.

Compte tenu du fait que cette centrale, ainsi que les nouvelles centrales au gaz qui pourraient être construites à l’avenir, fonctionneront avec du gaz importé d’Azerbaïdjan, cela renforcera considérablement la position de l’Azerbaïdjan tant dans les Balkans qu’en Europe. Comme on le sait, la Serbie est un partenaire important de l’Azerbaïdjan dans les Balkans. L’Azerbaïdjan exporte actuellement du gaz vers 16 pays, dont 13 en Europe. À la suite du retrait de la Russie du marché européen et des tensions au Moyen-Orient, l’Azerbaïdjan devient un fournisseur de gaz fiable pour l’Europe, et le nombre de ces pays augmente d’année en année. Dans ce contexte, l’importance de la Serbie pour l’Azerbaïdjan ne cesse de croître.

La centrale de Niš témoigne également d’une évolution plus large dans l’approche de l’Azerbaïdjan à l’égard du marché européen. L’Europe, de plus en plus considérée par Bakou comme un marché haut de gamme et stratégiquement important, n’est plus simplement une destination pour les exportations azerbaïdjanaises. L’Azerbaïdjan cherche désormais à établir des relations commerciales à plus long terme en s’impliquant davantage dans les infrastructures énergétiques européennes et en réalisant des investissements susceptibles d’ancrer sa présence dans la région pour plusieurs décennies.

Cette stratégie est particulièrement visible dans l’expansion de SOCAR au-delà de son activité traditionnelle de fourniture de gaz. L’entreprise développe depuis plusieurs années des actifs dans la production d’électricité, notamment la centrale électrique à cycle combiné à turbine à gaz d’Anatolie centrale en Turquie et le projet Petkim RES. Les infrastructures énergétiques des territoires libérés d’Azerbaïdjan sont également devenues un élément important du portefeuille de production en expansion du pays. Le projet de Niš représente donc moins une rupture qu’une nouvelle étape d’une stratégie déjà engagée. L’Azerbaïdjan cherche ainsi de plus en plus à capter de la valeur en participant directement aux infrastructures qui permettent de produire et de distribuer l’énergie.

Si elle est achevée comme prévu, la centrale de Niš constituera le premier projet de production d’électricité de SOCAR en Europe et pourrait servir de modèle à une expansion future. L’importance du projet dépasse donc largement sa capacité de 500 mégawatts ou son coût de 600 millions d’euros. Il pourrait constituer pour SOCAR une porte d’entrée sur le marché européen de la production d’électricité, en créant des opportunités pour des investissements similaires dans d’autres pays et en renforçant l’ambition de l’Azerbaïdjan de devenir un partenaire énergétique de long terme, plutôt qu’un simple fournisseur supplémentaire du continent.

Par Qabil Ashirov