Khourchidbanou Natavan ne songeait pas uniquement au développement de la poésie, des arts et de l’instruction. Elle se préoccupait également de l’embellissement de sa terre natale, le Karabagh, et de la beauté de Choucha. Sa première grande œuvre fut de répondre à l’un des vœux les plus chers des habitants de la ville : leur apporter enfin de l’eau.
Le livre « Khourchidbanou Natavan », écrit par Beylar Mammadov et précédé d’une préface de Mustafa Tchaménli, rapporte de nombreux détails intéressants sur la construction de la célèbre fontaine dite de la fille du Khan. AZERTAC en présente ici certains éléments.
À une époque où les moyens techniques demeuraient rudimentaires, percer les roches granitiques et faire descendre l’eau des montagnes jusqu’à la ville représentait une entreprise considérable, exigeant des efforts et des dépenses immenses. Natavan décida d’utiliser une source située du côté de Sary Baba, à environ sept kilomètres de Choucha.
Les travaux de l’aqueduc commencèrent au printemps 1872. Les principaux ingénieurs, ouvriers et artisans de Choucha ainsi que du Sud de l’Azerbaïdjan furent mobilisés. À cheval, Natavan parcourait elle-même les lieux où les travaux étaient réalisés, encourageait les ouvriers et les recevait avec générosité.
À l’automne 1873, ce qui avait longtemps semblé relever du rêve devint réalité : l’eau arriva enfin à Choucha. La construction de l’aqueduc avait duré un an et six mois et coûté cent mille manats. Des conduites en terre cuite furent installées sur tout le trajet reliant la source à la ville.
Les félicitations affluèrent de toutes parts à l’adresse de la « fille du Khan ». L’inauguration de la fontaine se transforma en une véritable fête populaire. Les personnalités de la ville se rassemblèrent autour de la source afin d’exprimer à Natavan leur gratitude.
Une ville transformée en jardin
Une fois le problème de l’eau résolu, Natavan fit construire un vaste réservoir ainsi qu’une fontaine, une piscine, un bain et une glacière. Elle fit également aménager, à l’ouest de sa demeure, un jardin destiné au repos et aux promenades des habitants.
De grands sapins, des peupliers, des platanes et différents arbres fruitiers y furent plantés. De petits canaux permettaient de les irriguer. Par sa verdure, le jardin apportait à la ville une beauté singulière.
Le poète Mir Mohsun Navvab le décrivit comme l’un des lieux les plus agréables au monde. Dans un poème composé en persan, il célébrait ses eaux, ses fleurs, ses rossignols et ses vergers, évoquant un paysage où la nature entière semblait chanter les louanges de Dieu.
À la belle saison, le jardin était ouvert aux habitants. Tous y étaient accueillis et l’on y servait du thé, du cacao et du café.
Une mécène attentive aux plus démunis
Au sud de sa demeure, Natavan fit également construire, selon ses goûts, un magnifique édifice à deux étages. Elle l’entoura d’un jardin et fit planter dans la cour des arbres d’ornement et des fleurs aux couleurs éclatantes.
Elle veillait personnellement à la beauté et à l’ordre de ses résidences. Sur ses instructions, les pièces étaient aménagées selon des principes nouveaux et dans un style moderne pour son époque.
Chaque vendredi, Khourchidbanou Natavan recevait dans ses appartements les pauvres et les personnes sans soutien. Elle leur accordait une aide prélevée sur des fonds destinés à ceux qui en avaient besoin.
Les richesses dont elle disposait n’étaient donc pas réservées à son seul usage. Les habitants de Choucha pouvaient eux aussi en bénéficier. Ses médecins personnels dispensaient gratuitement des soins aux malades.
Lors de la fête de Novrouz, du sirop était préparé dans la cour de Natavan et distribué à la population. Durant l’été, lorsque les malades avaient besoin de glace, celle-ci était prélevée dans la glacière de la « fille du Khan ». Entre de fines couches de glace étaient soigneusement conservées des couches de grenades, de raisins, de cerises et de cornouilles.
Le chroniqueur Mammadagha Mujtahid-zadeh, en décrivant la puissance et la grandeur de cette poétesse au grand cœur, qui travaillait inlassablement pour le peuple et ne ménageait pas ses biens pour améliorer son existence, employa une image poétique et volontairement hyperbolique :
« L’écho de la renommée de Khourchidbanou avait rendu sourdes les oreilles de Vénus et de Jupiter, tandis que sa générosité avait plongé les hommes de bienfaisance dans le puits du tourment et de la jalousie. »
Ainsi, au-delà de son œuvre littéraire, Khourchidbanou Natavan demeure dans la mémoire comme une femme qui associa la culture à l’action, la poésie à la générosité et l’amour de sa ville à des réalisations concrètes. À Choucha, son nom reste notamment attaché à cette eau qu’elle fit venir de la montagne et qui devint le symbole de son dévouement envers la population.