« AUCUN RETOUR À L'ANCIEN MODÈLE DANS LES RELATIONS ENTRE L'AZERBAÏDJAN ET LA RUSSIE » - ENTRETIEN

Analyses
21 Juillet 2026 15:44
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« AUCUN RETOUR À L'ANCIEN MODÈLE DANS LES RELATIONS ENTRE L'AZERBAÏDJAN ET LA RUSSIE » - ENTRETIEN

Le Caucase du Sud entre dans une nouvelle ère politique, marquée par l'influence croissante de l'Azerbaïdjan sur la scène régionale, la transformation du paysage de l'après-conflit et le réajustement progressif des relations entre Bakou et Moscou.

Dans un entretien accordé à News.Az, l'expert russe en relations internationales Grigory Trofimchuk analyse les déclarations du président Ilham Aliyev lors du 4ᵉ Forum mondial des médias de Choucha, la récente visite à Moscou du ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Jeyhun Bayramov, ainsi que le rôle futur de la Russie dans la diplomatie régionale.

Selon Trofimchuk, la reprise du dialogue au plus haut niveau traduit une véritable normalisation des relations entre l'Azerbaïdjan et la Russie. Il souligne toutefois que ces relations se développent désormais sur des bases politiques et interétatiques entièrement nouvelles. À ses yeux, Moscou devra s'adapter au renforcement de la position de l'Azerbaïdjan et accepter qu'il n'est plus possible de retrouver l'influence qu'elle exerçait autrefois dans le Caucase du Sud.

« Le discours du président Aliyev s'inscrit désormais dans une tradition »

- Comment évaluez-vous le discours du président Ilham Aliyev au 4ᵉ Forum mondial des médias de Choucha, dans lequel il a appelé la Russie à accepter les nouvelles réalités dans le Caucase du Sud ?

- Ce type d'intervention est désormais devenu une tradition. Son objectif est de montrer au monde entier, et pas seulement à la région, le nouveau rôle et la nouvelle position de l'Azerbaïdjan.

Dans les faits, c'est exactement ce qui s'est produit. Chacun devra s'y habituer et, à terme, l'accepter. Bakou est parvenu à cette position en grande partie grâce à ses propres efforts, ce qui ne fait que renforcer sa légitimité.

Parallèlement, certaines voix se présentant comme des « experts » en Russie continuent d'affirmer que Moscou aurait, d'une manière ou d'une autre, « aidé » l'Azerbaïdjan à résoudre la question du Karabagh. Ces spéculations ne méritent guère qu'on s'y attarde. Ce qui s'est produit ne s'est pas fait tout seul et devra être accepté, y compris par Moscou. L'Azerbaïdjan a bénéficié d'un concours de circonstances, dont certaines ont d'ailleurs été créées involontairement par la Russie elle-même.

Force est toutefois de constater que ces nouvelles réalités ne sont pas encore pleinement assimilées. Il est donc probable qu'Ilham Aliyev soit amené à revenir sur ce sujet à plusieurs reprises.

À cet égard, le Forum mondial des médias constitue manifestement l'une des plateformes les plus efficaces pour porter la position de l'Azerbaïdjan auprès du public le plus large possible.

Quant à la participation des représentants russes au Forum de Choucha, il semble que Moscou n'ait toujours pas arrêté sa position : faut-il continuer à y participer, s'en retirer ou simplement l'ignorer ?

Pour la Russie, le problème est désormais double. Il ne concerne pas seulement la profonde transformation de la situation au Karabagh et dans l'ensemble du Caucase du Sud, mais aussi la présence de représentants ukrainiens au forum.

Il aurait été judicieux de saisir l'occasion offerte par cette plateforme, mais, comme on le constate, cela ne s'est pas produit. Pendant ce temps, Ilham Aliyev poursuit naturellement sa démarche, et il devient désormais difficile d'enrayer cette dynamique.

Je ne pense pas que la partie russe sache clairement quelle direction prendre. En tant qu'expert, je ne cherche d'ailleurs plus à intervenir dans ces questions. Vous avez vu et lu tout ce que j'ai écrit sur le Karabagh et l'Azerbaïdjan au cours des vingt dernières années. Il ne reste plus qu'à observer l'évolution des événements.

« Une normalisation, mais sur des bases entièrement nouvelles »

- La visite à Moscou du ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Jeyhun Bayramov, peut-elle être considérée comme le signe d'une normalisation des relations entre Bakou et Moscou après les tensions des derniers mois, ou ne s'agit-il que d'une tentative de stabilisation du dialogue ?

- Oui, il s'agit bien d'une normalisation, comme l'a expressément souligné le président de l'Azerbaïdjan. Mais cette normalisation intervient à un nouveau niveau politique et interétatique : elle ouvre une nouvelle étape dans les relations entre Bakou et Moscou.

Il n'y aura aucun retour à l'ancien mode de fonctionnement, et l'approche calme et mesurée de Bakou en est la meilleure illustration.

La visite de Jeyhun Bayramov, intervenue presque immédiatement après les déclarations du président, visait précisément à donner une traduction concrète à cette position sur le terrain diplomatique.

Comme chacun le sait, Bakou ne fait jamais de déclarations sans lendemain. Ses prises de position ne sont jamais de simples paroles.

La reprise des vols civils a été annoncée, et cela en dit long, tant cette question pesait lourdement sur les relations bilatérales.

Nous comprenons cependant que, dans les circonstances actuelles, peu de choses ont réellement changé sur les itinéraires empruntés par l'aviation civile, pour le moins. Il faudra donc du temps avant que les deux pays puissent entrer pleinement dans une nouvelle phase pratique de leurs relations.

Malgré cela, l'Azerbaïdjan a décidé de franchir ce pas, et cette décision revêt une importance considérable. Comme on peut le constater, Bakou agit avec prudence et précision, sans franchir les lignes rouges, ce qui suscite l'attention de nombreux observateurs.

Il existe un proverbe russe selon lequel les circonstances finissent toujours par révéler le véritable plan. Cette maxime ne s'applique pas uniquement à la guerre ; elle vaut également dans ce cas.

Il ne s'agit donc pas de simples « tentatives ». Ce que nous observons de la part de Bakou relève d'une tactique et d'une stratégie mûrement réfléchies.

« Le principal résultat est politique »

- Quels résultats de la visite de Jeyhun Bayramov considérez-vous comme les plus significatifs ?

- Comme je l'ai déjà indiqué, l'un des résultats les plus visibles, du point de vue de Moscou, est la décision de reprendre les vols. Pour le reste, les discussions semblent toujours en cours.

Mais le principal résultat est d'ordre politique : les relations ont commencé à se réchauffer.

Nous avons déjà connu plusieurs périodes de ce type dans nos relations bilatérales. Il faut donc s'attendre à de nouveaux hauts et bas, à des fluctuations du climat politique.

L'Azerbaïdjan continuera à consolider sa place sur la scène internationale, ce qui suscitera naturellement des interrogations. C'est la logique même du processus politique, et il faut l'accepter comme une réalité.

Il convient également de souligner que Jeyhun Bayramov est un responsable politique et un diplomate expérimenté, qui ne fait jamais de déclarations abruptes ou irréfléchies. Cela saute immédiatement aux yeux.

Il représente ce que l'on pourrait appeler la « vieille école » de la diplomatie, une tradition que beaucoup semblent avoir oubliée à Moscou. Le fait même que Bakou soit venu à Moscou constitue déjà un signal positif.

« La Russie ne pourra pas retrouver ses anciennes positions »

- Peut-on s'attendre à ce que Moscou tente de revenir plus activement dans la diplomatie régionale à l'issue de ce nouveau cycle de négociations ?

- Moscou déploie déjà des efforts importants pour renforcer son rôle, comme elle l'a toujours fait. Elle agit probablement avec encore plus d'intensité aujourd'hui, car sa marge de manœuvre se réduit.

Le problème est que la Russie dispose de moins en moins de possibilités de préserver sa position dans la région.

Il serait dans l'intérêt de Moscou d'adapter son approche. Un tel changement pourrait contribuer à réduire les résistances, qu'elles soient ouvertes ou plus discrètes.

Mais cela suppose que la Russie s'adapte aux nouvelles réalités, au lieu de continuer à s'appuyer sur ses anciennes méthodes d'influence.

Malheureusement, nos responsables ne semblent pas en avoir conscience, ce qui rend le débat largement vain. Ils sont persuadés de tout savoir.

Et que signifie réellement un « retour » de la Russie ? Elle ne pourra pas retrouver ses anciennes positions. Il lui faudra en construire de nouvelles. Toute la question est de savoir quand et de quelle manière.

Pour l'instant, les circonstances extérieures ne le permettent pas, pour le moins. Dans le même temps, il ne sera plus possible pour Moscou de demeurer durablement dans une position intermédiaire en continuant de s'appuyer sur des approches devenues obsolètes.

Par Zaur Nurmamedov