Que se passe-t-il lorsque le patrimoine culturel ou cultuel est détruit, mais que les inspecteurs internationaux ne se rendent jamais sur place ?
Pendant de nombreuses années, l’Azerbaïdjan a appelé l’UNESCO à procéder à une évaluation des monuments culturels endommagés dans les territoires qui étaient alors sous contrôle arménien. Or, aucune mission d’expertise d’envergure n’a finalement été déployée. Les tentatives d’envoyer des spécialistes après la guerre de 2020 se sont elles aussi heurtées à une impasse, soulevant la question des raisons de l’échec du suivi international, avant comme après les hostilités.
S’appuyant sur des données officielles azerbaïdjanaises, on évoque l’ampleur des destructions : certains sites auraient été réduits à l’état de ruines, tandis que d’autres auraient été dépouillés de leurs pierres, inscriptions et artefacts. Les journalistes soulignent que Bakou a sollicité à plusieurs reprises l’envoi d’une mission d’évaluation, alors que « l’UNESCO affirmait que l’accès nécessitait l’accord des parties concernées ». Il en a résulté l’absence d’inspecteurs, d’inventaire exhaustif et d’évaluation internationale indépendante à cette époque. Des allégations faisant état de modifications des inscriptions sur les monuments de l’Albanie du Caucase « demeurent controversées et n’ont pas été confirmées par l’UNESCO ».
La situation est restée inchangée après la guerre de 2020, lorsque l’organisation a proposé le déploiement d’une mission technique indépendante dans le cadre de la Convention de La Haye de 1954. L’Azerbaïdjan ne s’est pas opposé au principe d’une inspection, mais a insisté sur la nécessité de s’entendre au préalable sur l’itinéraire, la liste des sites à examiner et la terminologie employée. En particulier, « Bakou s’est opposé à l’intitulé “mission au Karabagh” et a proposé la formulation “mission dans la région du Karabagh en Azerbaïdjan”, une proposition qui n’a pas été retenue par l’UNESCO ». À cela se sont ajoutés des désaccords sur les monuments chrétiens et musulmans devant faire l’objet de l’inspection. Faute d’accord, la mission n’a jamais pu être mise en œuvre.
Avec le temps, le différend a dépassé le seul cadre de la protection du patrimoine. Des accusations sont formulées par des responsables et médias azerbaïdjanais, qui évoquent une influence politique sur les décisions techniques de l’organisation, des restrictions à la coopération avec Bakou et des pressions exercées au sein même des structures de l’UNESCO. Ce sont des allégations graves, qui nécessitent des preuves documentées ainsi qu’une réponse détaillée de l’UNESCO et de ses anciens responsables. Ils estiment toutefois qu’un constat s’impose : la confiance entre les parties est désormais profondément érodée, et le débat porte désormais sur la question de savoir « qui définit le mandat de la mission, choisit les sites à inspecter et établit le rapport final ».
En revenant sur l’action de l’UNESCO dans d’autres zones de conflit, du Mali à l’Ukraine, trois questions essentielles se posent: l’organisation a-t-elle mobilisé tous les moyens dont elle disposait pour obtenir un accès avant 2020 ? Les conditions de l’après-guerre étaient-elles suffisamment larges pour permettre une évaluation complète des dommages ? Et pourquoi les parties ne sont-elles toujours pas parvenues à un accord ? Constatant que les monuments ont été endommagés mais que les inspecteurs ne sont jamais intervenus, on parvient à la conclusion que, « faute d’un rapport international consensuel, le patrimoine culturel est devenu un nouveau front du conflit ».