Le Groupe parlementaire multipartite (All-Party Parliamentary Group, APPG) sur l’Azerbaïdjan au Parlement britannique fait du renforcement des relations parlementaires et stratégiques avec Bakou sa priorité, a déclaré son président, Bob Blackman, dans un entretien exclusif accordé à Trend.
Selon Bob Blackman, la priorité immédiate du groupe consiste à nouer des contacts avec les nouveaux députés britanniques élus et à approfondir leur compréhension de l’importance stratégique de l’Azerbaïdjan.
« Nous avons récemment reconstitué le groupe à la suite des élections générales de 2024. Nous avons traversé quelques difficultés au Parlement et avons dû le réformer. L’approbation des autorités parlementaires a été plus compliquée que prévu, principalement en raison de certaines particularités du fonctionnement du Parlement. Notre objectif est désormais de sensibiliser les nouveaux députés et de développer avec eux une relation d’amitié avec l’Azerbaïdjan, afin qu’ils comprennent non seulement son importance stratégique, mais aussi les liens d’amitié qui unissent nos deux pays depuis plus d’un siècle. Ils doivent également mesurer le rôle stratégique de l’Azerbaïdjan en tant que fournisseur de pétrole et de gaz, mais aussi comme corridor aérien essentiel entre l’Est et l’Ouest », a-t-il expliqué.
Le parlementaire britannique a indiqué que l’APPG entendait intensifier les échanges parlementaires dans les prochains mois.
« Je suis ici à l’occasion de cette conférence sur l’énergie et j’espère que nous pourrons organiser, à l’automne, une visite du groupe parlementaire multipartite afin que davantage de collègues découvrent l’Azerbaïdjan, pour beaucoup d’entre eux pour la première fois, mais certainement pas la dernière. Nous nous réjouissons également d’accueillir, à l’automne, une délégation du groupe d’amitié azerbaïdjanais au Royaume-Uni », a-t-il déclaré.
Le Royaume-Uni voit la coopération s’étendre au-delà du pétrole et du gaz
Selon Bob Blackman, si l’énergie demeure le socle des relations bilatérales, la coopération s’élargit désormais à l’ingénierie, aux énergies renouvelables, ainsi qu’aux domaines de la sécurité et de la défense.
« Bien sûr, l’approvisionnement en pétrole et en gaz reste essentiel. Mais il ne s’agit pas seulement de la fourniture de matières premières. Il y a aussi toute l’ingénierie qui accompagne ce secteur, notamment le gazoduc reliant l’Azerbaïdjan à l’Europe sur 3 500 kilomètres. Cela témoigne d’un savoir-faire considérable, tout comme les infrastructures développées en mer Caspienne, où BP, notre principal partenaire industriel, a pu travailler en étroite coopération avec SOCAR. Cette relation est d’une importance capitale. Mais notre coopération ne se limite pas au pétrole et au gaz : elle englobe également les industries qui gravitent autour de ce secteur, ainsi que la diversification en cours, notamment dans les énergies renouvelables, l’énergie solaire et d’autres technologies. Elle s’étend aussi à la coopération en matière de sécurité et de défense, que nous développons entre nos deux pays. L’Azerbaïdjan, en tant qu’État indépendant, revêt une importance stratégique majeure, et la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine nous rappelle combien il est essentiel de soutenir nos partenaires. »
Londres appelle à un renforcement des investissements britanniques en Azerbaïdjan
Bob Blackman estime que les relations entre le Royaume-Uni et l’Azerbaïdjan ont considérablement évolué au fil des années et offrent aujourd’hui de nouvelles perspectives en matière d’investissements, de commerce et de coopération universitaire.
« Notre amitié s’est renforcée, tandis que l’Azerbaïdjan s’est profondément développé. Lorsque je suis venu ici pour la première fois, le pays venait de remporter le Concours Eurovision de la chanson. Cet événement a, à bien des égards, marqué son ouverture vers le reste de l’Europe. Depuis, il y a eu les Jeux européens, la Formule 1, ainsi que le développement de nombreuses activités sportives et des relations entre l’Azerbaïdjan et le Royaume-Uni », a-t-il rappelé.
Selon lui, les ambitions économiques de l’Azerbaïdjan ouvrent également de nouvelles opportunités aux entreprises britanniques.
« Nous devons regarder au-delà des secteurs traditionnels. L’Azerbaïdjan travaille non seulement au développement d’un port franc, mais aussi d’une zone de libre entreprise destinée à favoriser l’implantation et le développement des entreprises. Les investissements britanniques y ont toute leur place. Du point de vue du Royaume-Uni, il est essentiel que la Grande-Bretagne soit à l’avant-garde de ces investissements et de cette relation d’amitié, sans laisser nos concurrents européens profiter seuls des opportunités offertes par nos relations bilatérales. »
Le député britannique a également plaidé en faveur d’un renforcement des investissements croisés et des échanges académiques.
« Nous devons encourager les investissements azerbaïdjanais au Royaume-Uni, mais aussi les échanges entre étudiants. Il est important que des jeunes Britanniques viennent étudier en Azerbaïdjan, tout comme des étudiants azerbaïdjanais poursuivent leurs études au Royaume-Uni. C’est essentiel pour l’avenir. Je l’ai souligné aujourd’hui : il ne faut pas se limiter aux enjeux immédiats. Nous devons investir sur le long terme, car les bénéfices de ces choix ne se manifestent qu’avec le temps. Les responsables politiques ont malheureusement trop souvent tendance à privilégier le court terme au détriment d’une vision à long terme », a-t-il ajouté.
La paix dans le Caucase du Sud renforcerait la stabilité régionale
Évoquant la sécurité régionale, Bob Blackman a qualifié le Caucase du Sud de région stratégique et estimé que les progrès vers un accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pourraient ouvrir de nouvelles perspectives.
« Le Caucase du Sud constitue une région d’une importance stratégique majeure. Les négociations de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont essentielles. J’ai soutenu l’Azerbaïdjan durant la guerre visant à reprendre le contrôle du Karabagh, qui a toujours fait partie de son territoire souverain, même s’il a été occupé par l’Arménie pendant de nombreuses années », a-t-il déclaré.
Il s’est félicité de la normalisation progressive des relations entre les deux pays.
« Nous arrivons aujourd’hui à une phase de normalisation des relations avec l’Arménie. C’est une évolution positive, car elle ouvre de nouvelles perspectives stratégiques. »
Le député a également évoqué l’environnement géopolitique régional.
« Il y a ensuite les autres pays voisins de l’Azerbaïdjan, notamment les États d’Asie centrale, qui sont tous importants. Mais nous devons également composer avec l’Iran, qui, selon moi, agit comme un acteur déstabilisateur sur la scène internationale et contribue à de graves tensions. Le Moyen-Orient est actuellement en guerre, avec l’implication des États-Unis et d’Israël. Dans ce contexte, les relations entre Israël et l’Azerbaïdjan se sont renforcées. »
Bob Blackman a par ailleurs salué le modèle azerbaïdjanais de coexistence religieuse.
« Je considère toujours l’Azerbaïdjan comme un modèle de république islamique, où la tolérance religieuse est une réalité et où chacun peut pratiquer librement sa foi. Nous sommes loin des mesures draconiennes appliquées, par exemple, en Iran ou dans certains autres États musulmans plus rigoristes. À mes yeux, c’est un modèle pour l’avenir. Il est donc essentiel de permettre à l’Azerbaïdjan de poursuivre le développement de ses relations avec l’Arménie, pays fondamentalement chrétien. Cela renforce une approche multiconfessionnelle fondée sur la tolérance mutuelle. Par ailleurs, la capacité de l’Azerbaïdjan à favoriser l’épanouissement de sa communauté juive est également remarquable et démontre qu’il est possible de vivre côte à côte sans haine. »
Des échanges parlementaires et une coopération dans le déminage au programme
Bob Blackman a affirmé que la diplomatie parlementaire resterait au cœur des activités de l’APPG.
« Nous espérons faciliter la venue au Royaume-Uni d’une délégation du groupe d’amitié azerbaïdjanais. De notre côté, nous préparons également une nouvelle visite de notre groupe parlementaire multipartite en Azerbaïdjan. »
Il a également confirmé qu’une délégation parlementaire britannique spécialisée dans le déminage humanitaire devrait se rendre en Azerbaïdjan d’ici la fin de l’année.
« Une visite est déjà prévue en novembre dans le cadre du programme de déminage. Nous disposons d’un groupe parlementaire consacré aux explosifs et aux méthodes de lutte contre les mines. L’objectif est de venir fin novembre, même si nous essaierons d’organiser une visite avant cette échéance. »
L’APPG prévoit également de poursuivre l’organisation de manifestations parlementaires consacrées à la coopération bilatérale ainsi qu’à la contribution de la communauté azerbaïdjanaise au Royaume-Uni.
« Au Parlement, nous organisons régulièrement des réceptions pour mettre à l’honneur le travail accompli par BP ainsi que la contribution de la communauté azerbaïdjanaise de Londres au Royaume-Uni. Il existe une importante diaspora dont nous sommes fiers. Il s’agit de rapprocher les gens et de favoriser les échanges entre différents groupes. Les dernières élections britanniques ont vu arriver un grand nombre de nouveaux députés, tout comme les élections en Azerbaïdjan. Le président du groupe d’amitié avec le Royaume-Uni est d’ailleurs lui aussi un nouveau député. Il est donc essentiel de construire ces nouvelles relations. »
La guerre en Ukraine a renforcé l’importance stratégique de l’Azerbaïdjan
Selon Bob Blackman, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a profondément bouleversé le paysage énergétique européen et renforcé le rôle stratégique de l’Azerbaïdjan.
« L’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie a perturbé l’ensemble des chaînes d’approvisionnement en pétrole et surtout en gaz à destination de l’Union européenne. Avant cette guerre, l’Azerbaïdjan n’exploitait qu’environ 15 % de ses capacités. Aujourd’hui, son rôle comme fournisseur stratégique de l’Europe est devenu essentiel. »
Il estime que le Corridor gazier méridional démontre toute la pertinence d’une vision stratégique à long terme.
« La décision prise il y a plusieurs années de construire ce gazoduc reliant l’Azerbaïdjan à l’Europe continentale montre combien il était important de créer un nouveau corridor d’approvisionnement en gaz et en pétrole. Grâce à cela, nous sommes aujourd’hui beaucoup moins dépendants de la Russie qu’auparavant. »
Bob Blackman a ajouté que l’évolution du contexte géopolitique renforçait encore la nécessité d’un rapprochement entre Londres et Bakou.
« Il reste encore beaucoup à faire. Cela rend les relations entre le Royaume-Uni et l’Azerbaïdjan d’autant plus importantes. L’Iran fournit à la Russie des technologies de drones, ce qui représente un défi géopolitique majeur. Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan revêt une importance stratégique encore plus grande, tout comme la préservation de sa sécurité. »
Bob Blackman effectue actuellement une visite en Azerbaïdjan à l’invitation de l’Université ADA afin de participer au 20ᵉ anniversaire de la Baku Summer Energy School, organisé du 6 au 17 juillet. Ce programme annuel réunit des responsables gouvernementaux, des décideurs politiques, des universitaires et des experts du secteur de l’énergie venus du monde entier pour débattre de la sécurité énergétique mondiale, de la transition verte et de la coopération régionale. Au cours de son séjour, Bob Blackman s’est également entretenu avec la présidente du Parlement azerbaïdjanais, Sahiba Gafarova, ainsi qu’avec Fariz Ismayilzade, président du groupe interparlementaire d’amitié Azerbaïdjan–Royaume-Uni.
Par Niljan Bakhshaliyeva