À la suite des mesures antiterroristes locales menées par l’Azerbaïdjan en septembre 2023, le pays a pleinement rétabli sa souveraineté et l’ordre constitutionnel sur l’ensemble de son territoire. En conséquence, les activités de l’entité séparatiste qui avait existé pendant des décennies sur le sol azerbaïdjanais ont pris fin conformément aux normes et principes du droit international. La mise en œuvre des résolutions bien connues du Conseil de sécurité des Nations unies a ainsi été assurée, et la question du Karabagh est devenue une affaire intérieure de l’Azerbaïdjan.
Cependant, les évolutions observées depuis montrent que, malgré la dissolution de la structure séparatiste, les activités de ses anciens représentants ainsi que des réseaux qui les soutiennent n’ont pas totalement cessé. Au contraire, des efforts visant à maintenir la question du Karabagh à l’ordre du jour international se poursuivent à travers certains centres politiques étrangers, des organisations de la diaspora et des groupes de lobbying.
Les recherches indiquent que la France, la Suisse et, dans certains cas, la Russie sont devenues les principales plateformes de ces activités. Celles-ci ne se limitent pas à des initiatives publiques : elles prennent également la forme d’événements parlementaires, de campagnes politiques, de forums internationaux et d’actions coordonnées dans le domaine de l’information.
La nouvelle réalité est-elle acceptée ou l’ancien agenda est-il préservé ?
Après la guerre patriotique de 2020 et les mesures antiterroristes de 2023, l’Azerbaïdjan a instauré une réalité politique et juridique entièrement nouvelle dans la région. Comme l’a déclaré à plusieurs reprises le président Ilham Aliyev, la question du Karabagh est résolue et l’Azerbaïdjan a rétabli son intégrité territoriale.
Malgré cela, certains cercles étrangers continuent de promouvoir un statu quo politique qui n’existe plus. Les interprétations divergent quant aux objectifs de ces initiatives. Certains experts les attribuent à l’influence de la diaspora arménienne, tandis que d’autres estiment qu’elles répondent à des considérations géopolitiques plus larges.
La France : centre de l’influence politique de la diaspora arménienne
La France occupe une place particulière dans les efforts visant à maintenir la question du Karabagh à l’agenda européen. L’une des principales raisons réside dans la force de la diaspora arménienne dans le pays et dans les réseaux politiques qu’elle a construits au fil des décennies.
Depuis longtemps, la France est considérée comme l’un des principaux partenaires politiques de l’Arménie en Europe. Ces dernières années, les débats relatifs au Karabagh sont régulièrement apparus à l’Assemblée nationale, au Sénat et au sein des collectivités locales françaises.
En septembre 2025, une conférence consacrée aux droits des Arméniens du Karabagh s’est tenue à l’Assemblée nationale française. L’événement a été organisé à l’initiative d’Emmanuel Mandon, député associé au Groupe d’amitié France-Arménie. Des représentants de France, de Belgique, de Suisse ainsi que du Parlement européen y ont participé. Les discussions ont principalement porté sur le retour des Arméniens du Karabagh et les questions liées à leurs droits.
Parallèlement, diverses initiatives critiques à l’égard de l’Azerbaïdjan ont continué d’émerger au sein du Parlement français. En juillet 2025, un projet de résolution appelait la France à jouer un rôle plus actif dans les affaires régionales et plaidait pour un renforcement de la pression politique sur l’Azerbaïdjan.
Les recherches montrent que les réseaux de lobbying arméniens opérant en France exercent une influence significative à plusieurs niveaux, des municipalités aux institutions politiques nationales. Les organisations de la diaspora actives à Paris, Marseille, Lyon et dans d’autres villes organisent régulièrement des conférences, des expositions et des campagnes politiques consacrées au Karabagh.
La partie azerbaïdjanaise a déclaré à plusieurs reprises que de telles activités ne contribuent ni à la paix ni à la normalisation dans la région. Selon Bakou, présenter les représentants de l’ancienne entité séparatiste comme des acteurs politiques légitimes témoigne d’un refus d’accepter les nouvelles réalités apparues dans le Caucase du Sud.
La Suisse : de la neutralité aux initiatives politiques
La Suisse est également devenue l’un des pays suscitant l’attention dans le cadre de la question du Karabagh.
Traditionnellement connue pour sa neutralité, elle est devenue, au cours des deux dernières années, une plateforme accueillant diverses initiatives liées au Karabagh.
Fin 2024, puis en mars 2025, respectivement le Conseil national et le Conseil des États ont adopté l’initiative n° 24.4259. Ce texte recommande au Conseil fédéral suisse de prendre des mesures en vue d’organiser un forum international réunissant des représentants des Arméniens du Karabagh et de l’Azerbaïdjan.
Par la suite, une plateforme baptisée « Initiative suisse pour la paix » a été créée à Berne. Dix-neuf parlementaires issus de différents partis politiques y ont adhéré. Bien que cette structure se présente comme une initiative de dialogue et de paix, l’Azerbaïdjan a souligné à plusieurs reprises que la création de mécanismes parallèles concernant ses affaires intérieures était inacceptable.
Un autre événement marquant fut la Conférence sur le patrimoine arménien organisée à Berne en mai 2025. Celle-ci a réuni des représentants d’organisations internationales, d’institutions religieuses et des experts. Les débats ont porté sur les droits des Arméniens du Karabagh, ainsi que sur les questions relatives au patrimoine religieux et culturel.
Selon plusieurs spécialistes, l’association des questions humanitaires et patrimoniales à des objectifs politiques est devenue, ces dernières années, l’un des principaux mécanismes utilisés par certains segments de la diaspora arménienne.
La Russie : la poursuite de l’influence géopolitique
La Russie constitue un autre vecteur par lequel la question du Karabagh continue d’être évoquée.
Bien que Moscou soutienne officiellement le processus de normalisation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, diverses organisations publiques, médias et structures diasporiques opérant en Russie continuent de remettre périodiquement le sujet du Karabagh au centre du débat public.
Selon les analystes, l’un des facteurs clés de cette situation réside dans la volonté de la Russie de préserver son influence dans le Caucase du Sud. Les nouvelles réalités géopolitiques apparues ces dernières années ont directement affecté la position de Moscou dans la région.
Dans ce contexte, certains experts considèrent que les efforts visant à maintenir vivante la question du Karabagh à travers des événements, des expositions, des campagnes humanitaires et une couverture médiatique constituent des éléments de la stratégie plus large d’influence régionale de la Russie.
De son côté, l’Azerbaïdjan affirme régulièrement qu’il n’existe plus aucune question à débattre concernant le statut du Karabagh et que l’avenir de la région ne peut être déterminé que dans le cadre de la Constitution et des lois azerbaïdjanaises.
Des activités coordonnées à l’échelle européenne
L’un des constats les plus significatifs de cette étude est l’apparente interconnexion entre les initiatives menées dans différents pays.
La participation de parlementaires suisses à des événements organisés au Parlement français, les références fréquentes à des responsables politiques français lors de forums en Suisse, ainsi que la diffusion répétée de récits similaires sur différentes plateformes laissent penser qu’un certain degré de coordination existe derrière ces activités.
Par ailleurs, les organisations de la diaspora arménienne présentes à travers l’Europe entretiennent une coopération étroite. La promotion de résolutions similaires dans plusieurs parlements nationaux, la présentation de questions identiques à différentes assemblées législatives et la conduite de campagnes parallèles au sein d’organisations internationales renforcent la perception d’une stratégie commune de communication et de lobbying.
La position de l’Azerbaïdjan : droit international et nouvelles réalités
La position de l’Azerbaïdjan demeure inchangée. Les autorités de Bakou considèrent que la question du Karabagh est réglée et que l’intégrité territoriale ainsi que la souveraineté du pays ont été pleinement rétablies. Cette réalité repose, selon elles, sur le droit international et est reconnue par l’écrasante majorité de la communauté internationale.
Pour l’Azerbaïdjan, la condition essentielle à une paix durable dans la région est l’abandon des manipulations politiques liées à l’ancien conflit et l’acceptation des nouvelles réalités sur le terrain.
Ces dernières années, les vastes projets de reconstruction et de réaménagement menés au Karabagh et au Zanguezour oriental, le retour progressif des anciens déplacés internes dans leurs foyers d’origine ainsi que la construction de nouvelles villes et de nouveaux villages témoignent du fait que l’Azerbaïdjan concentre désormais ses efforts non sur les conflits du passé, mais sur le développement de l’avenir.
Pour cette raison, de nombreux experts estiment que, quelle que soit la durée des campagnes extérieures, celles-ci auront peu de chances de modifier les réalités politiques et juridiques désormais établies dans la région. L’avenir du Karabagh n’est plus considéré comme un sujet de différend international, mais comme une composante intégrale des droits souverains de l’Azerbaïdjan et du nouveau modèle de développement mis en œuvre dans la région.
Par Faig Mahmudov