Le média azerbaïdjanais Fakt Yoxla a publié une vaste enquête consacrée au député allemand du Bundestag Frank Schwabe, qui reste depuis plusieurs années l’un des critiques les plus constants de l’Azerbaïdjan au sein des institutions européennes. Les auteurs du dossier affirment que l’image publique du responsable politique allemand diverge sensiblement des faits établis de sa biographie et attirent également l’attention sur ses déclarations et prises de position passées concernant la Russie.
L’enquête s’ouvre sur un article publié le 26 mai 2013 par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, signé par le journaliste et spécialiste de la Russie Markus Wehner. Dans son article intitulé « Une tache dans la biographie : des responsables politiques allemands de premier plan cachent qu’ils n’ont pas terminé leurs études universitaires », le journaliste évoquait plusieurs personnalités publiques allemandes qui avaient choisi de ne pas mettre en avant l’absence de diplôme universitaire.
Parmi elles figurait également Frank Schwabe.
Comme le souligne Fakt Yoxla, le site officiel du Bundestag indique que Schwabe a d’abord étudié l’économie à l’université d’Osnabrück, puis la gestion paysagère, l’histoire, les sciences politiques et la sociologie à l’université d’Essen. Formellement, ces informations seraient exactes, mais les auteurs de l’enquête estiment qu’elles relèvent d’une forme de présentation trompeuse, dans la mesure où elles donnent l’impression d’un cursus universitaire achevé.
S’appuyant sur une interview accordée par Schwabe à Markus Wehner, les auteurs affirment que le député allemand n’a jamais obtenu de diplôme : il n’aurait pas réussi à achever une formation prévue sur quatre ans, même après plus d’une décennie d’études, avant d’être finalement exclu de l’université.
L’enquête cite également les propos du député lui-même, qui aurait reconnu que la mention « sans diplôme » aurait été plus honnête, tout en ajoutant que chacun est libre de choisir les éléments de sa biographie qu’il souhaite mettre en avant dans un curriculum vitae.
Les auteurs rappellent aussi que l’article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung évoquait les modifications répétées des informations relatives aux études inachevées de Schwabe sur la version allemande de Wikipédia. Le député aurait lui-même admis que des collaborateurs de son bureau avaient à plusieurs reprises modifié ou supprimé ces informations. Malgré cela, la mention de l’absence de diplôme universitaire figure toujours dans l’encyclopédie en ligne allemande.
Les positions de Frank Schwabe sur la Russie au cœur des critiques
Une partie importante de l’enquête est consacrée aux relations et aux prises de position de Frank Schwabe concernant la Russie.
Les auteurs reviennent sur son parcours politique et son appartenance au Parti social-démocrate allemand (SPD), qu’il a rejoint en 1991. Ils citent notamment Schwabe lui-même, qui a indiqué que son grand-père était également membre du SPD et que son entrée au Bundestag avait constitué une surprise pour lui, les dirigeants de l’époque, Franz Müntefering et le chancelier fédéral Gerhard Schröder, ne l’ayant pas informé à l’avance de leurs intentions.
L’enquête mentionne également que Markus Wehner est coauteur du livre « La connexion moscovite », consacré à l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, considéré comme l’un des responsables politiques allemands les plus proches du Kremlin.
Selon Fakt Yoxla, dès 2008, Schwabe aurait établi des contacts avec des organisations non gouvernementales russes lors de la conférence sur le climat organisée à Poznań, en Pologne. Les auteurs s’appuient sur une publication autrefois disponible sur le site personnel du député, mais supprimée depuis. Celle-ci faisait état de rencontres avec des représentants d’ONG russes et de la nécessité d’élargir le dialogue politique avec Moscou.
L’enquête précise qu’il est impossible d’établir avec certitude quelles organisations ces interlocuteurs représentaient exactement, mais estime que l’activité politique ultérieure de Schwabe soulève de nouvelles interrogations.
La question de la Crimée et du dialogue avec Moscou
Une attention particulière est accordée aux événements de Crimée en 2014. Fakt Yoxla rappelle que, dans une interview accordée à la publication officielle du Bundestag, Frank Schwabe s’était opposé à une exclusion totale de la Russie de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
Il estimait alors qu’il était nécessaire de maintenir le dialogue avec les parlementaires russes. Le député avait également critiqué l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et insisté sur la nécessité d’une solution diplomatique dans les relations avec Moscou.
Les auteurs de l’enquête affirment que ces déclarations ressemblaient davantage à la position de diplomates russes qu’à celle de représentants des démocraties occidentales.
Le dossier rappelle également qu’en juin 2019, Frank Schwabe avait voté en faveur du rétablissement du droit de vote de la délégation russe au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Quelques mois plus tard, il avait rencontré le président de la Douma russe, Viatcheslav Volodine.
Par la suite, dans un entretien accordé à Deutsche Welle, il avait défendu la reprise du dialogue avec Moscou, estimant qu’après cinq années d’interruption, cette décision constituait une étape appropriée.
Les auteurs citent également un article publié par Schwabe en mai 2019 dans la revue Internationale Politik und Gesellschaft (IPG), dans lequel il s’opposait à l’exclusion de la Russie du Conseil de l’Europe, affirmant qu’une telle décision ne profiterait à personne.
Les liens avec Gazprom et l’affaire Schalke 04
Un autre volet des critiques concerne l’attitude du député allemand envers le groupe énergétique russe Gazprom.
Fakt Yoxla souligne que Frank Schwabe, supporter de longue date et membre officiel du club de football Schalke 04, ne s’est jamais publiquement opposé au partenariat de sponsoring qui liait le club au géant gazier russe. Le contrat entre Gazprom et Schalke 04 avait été conclu en 2007 et avait pris fin en 2022.
Les auteurs de l’enquête mettent toutefois en parallèle cette position avec le rôle joué par Schwabe dans la contestation de l’organisation de la conférence climatique COP29 en Azerbaïdjan, pays qu’il a régulièrement critiqué en raison de son statut d’État producteur d’hydrocarbures.
Selon Fakt Yoxla, toutes les publications dans lesquelles le nom de Schwabe apparaissait en lien avec Gazprom auraient par la suite été supprimées ou rendues moins accessibles. Les auteurs estiment que cette situation rappelle celle concernant les informations relatives à ses études universitaires inachevées.
L’enquête établit également un parallèle avec son mentor politique, l’ancien chancelier Gerhard Schröder, qui, après son départ de la politique, a occupé des postes de premier plan dans des entreprises énergétiques russes telles que Gazprom et Rosneft.
Les auteurs reviennent enfin sur une publication Instagram de Schwabe datée du 28 février 2022, après le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine. À cette date, Schalke 04 avait rompu son accord de sponsoring avec Gazprom. Le député allemand avait salué cette décision tout en critiquant Schröder pour ne pas avoir pris une position aussi ferme de distanciation vis-à-vis de la Russie.
Selon Fakt Yoxla, cette attitude soulève des interrogations, car au cours des quinze années précédentes, Schwabe n’avait jamais exprimé publiquement son désaccord avec la coopération entre le club et l’entreprise publique russe.
Conclusion de l’enquête
En conclusion, les auteurs de l’enquête affirment qu’il existe de profondes contradictions entre l’image publique de Frank Schwabe - présenté comme un défenseur constant des droits humains - et certains éléments de sa biographie, ses déclarations politiques ainsi que ses anciennes positions concernant la Russie.
Selon eux, ces divergences permettraient de parler de « deux poids, deux mesures » dans l’action politique du député allemand.
Day.az