Plus tôt, des médias azerbaïdjanais avaient publié une série de documents accompagnés d’enregistrements vidéo dans lesquels l’ancien procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, et son entourage se dévoilent eux-mêmes en discutant d’une campagne dirigée contre l’Azerbaïdjan. Ces révélations laissent apparaître une réalité bien éloignée des « valeurs » et des « principes » invoqués : il s’agirait en fait d’un système structuré de pression impliquant un lobby arménien, des responsables politiques européens et des flux financiers liés à des milieux d’affaires russo-arméniens.
Selon Day.Az, Ocampo évoque ouvertement ses connexions au Parlement européen, mentionnant l’entourage ainsi que Josep Borrell lui-même, et décrit sans détour les mécanismes d’influence sur les décisions de l’Union européenne - y compris des pressions exercées sur la Commission européenne. Parallèlement, les coulisses financières apparaissent : les fonds provenaient d’abord de sources arméniennes, avant d’être relayés par un groupe de mécènes issus d’une diaspora fortunée, principalement basée en Russie. Parmi eux, selon nos informations, figureraient Samvel Karapetyan et Ruben Vardanyan. Le principe clé : anonymat et recours à des circuits opaques.
Plus encore, certains extraits suggèrent une ingérence dans les affaires internes de l’Arménie, allant jusqu’à l’évocation de scénarios de changement de pouvoir. Au final, il ne s’agirait pas d’un simple lobbying, mais d’une opération à plusieurs niveaux - médiatique, politique et financier - visant Bakou tout en fragilisant la stabilité régionale.
De nouvelles images vidéo, publiées le mardi 5 mai, lèvent définitivement le voile sur les activités de M. Ocampo.
Voici leur transcription :
Luis Moreno Ocampo :
« La prochaine étape pour moi est de voir comment organiser cela sur une plateforme utilisant l’intelligence artificielle et le faire correctement. Je travaille donc avec l’Université de São Paulo, à la faculté de physique, sur un projet lié à l’intelligence artificielle. J’ai également passé quelques jours en Espagne avec des amis impliqués dans ce type d’entreprises. Nous avons discuté du fait que le projet arménien sert de pilote pour une société utilisant l’IA. »
Luis Moreno Ocampo :
« Si nous devons en parler… c’est complètement différent. Je ne veux pas vous effrayer, mais je fais beaucoup de choses. Je suis aussi professeur à l’Université de São Paulo, au Brésil. Je travaille avec un physicien […] dans le domaine de la physique. Nous utilisons principalement la physique moderne et l’intelligence artificielle pour modéliser et tenter d’organiser l’ordre et le désordre mondiaux. Le Brésil finance ce projet. Nous disposons de supercalculateurs pour y travailler. Au départ, nous nous sommes concentrés sur l’ordre global. Puis nous avons jugé cela trop complexe et avons décidé de nous pencher sur les génocides. Ensuite, nous avons choisi le Haut-Karabagh, car je dispose de nombreuses informations. Nous travaillons donc sur le Haut-Karabagh. Aujourd’hui, je considère cela comme un produit académique, un projet académique, dont je dois tirer le maximum. J’essaie donc de créer une entreprise transfrontalière qui transforme les informations que nous produisons en quelque chose capable d’atteindre les décideurs. Cela doit parvenir aux grands médias, aux réseaux sociaux pour gagner en visibilité. Cela doit également atteindre d’autres chercheurs afin de devenir solide et reconnu. »
Interlocuteur non identifié :
« Vous développez donc un programme utilisant l’intelligence artificielle ? »
Luis Moreno Ocampo :
« Oui, oui. »
Interlocuteur non identifié :
« Parce qu’il existe déjà des programmes et des groupes de réflexion qui conseillent les décideurs depuis longtemps. »
Luis Moreno Ocampo :
« Oui, oui. »
Dans les enregistrements obtenus par notre rédaction, il ne cache plus sa volonté de porter ses activités à un niveau supérieur grâce à l’intelligence artificielle. Il est question de bâtir une véritable infrastructure d’influence, où un « projet académique » se transforme en instrument de pression sur les responsables politiques, les médias et les institutions internationales.
Ocampo décrit ouvertement son travail avec l’Université de São Paulo, l’utilisation de supercalculateurs et ses tentatives de modélisation de « l’ordre mondial » à l’aide de l’IA. Mais l’essentiel réside ailleurs : il désigne explicitement le Karabagh comme l’un des axes majeurs de ce travail, le qualifiant de « produit » dont il faut « tirer le maximum ».
Il va plus loin encore, évoquant la création d’une entreprise transfrontalière chargée de transformer les « informations produites » en levier d’influence sur les décideurs, en diffusant des narratifs ciblés via les médias, les réseaux sociaux et les milieux d’experts.
Il s’agirait ainsi d’une tentative d’industrialisation des attaques informationnelles et politiques - en les enveloppant d’une apparence scientifique et en les amplifiant grâce aux technologies.
Ocampo lui-même laisse entendre que le système qu’il met en place n’est pas une théorie abstraite, mais un outil concret. Ce programme viserait à orienter les campagnes contre l’Azerbaïdjan liées au Karabagh via des plateformes dédiées, directement vers les décideurs, les institutions internationales et les cercles académiques, façonnant ainsi une certaine narration et l’imposant comme « position experte ».