par Akper Hasanov
La visite d’État du président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, en Géorgie constitue un signal important pour l’ensemble du Caucase du Sud. Les rencontres du chef de l’État avec le président géorgien Mikheil Kavelashvili et le Premier ministre Irakli Kobakhidze se sont déroulées dans un contexte de turbulences mondiales, alors que le système international de sécurité traverse l’une des périodes les plus complexes de ces dernières décennies.
Dans ce contexte, les propos du président azerbaïdjanais, selon lesquels le Caucase du Sud se transforme progressivement d’une zone de conflits en un espace de paix, de stabilité et de coopération, revêtent une importance particulière. Il ne fait aucun doute qu’ils reflètent des processus réels, rendus possibles après le rétablissement de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et le lancement d’un agenda de paix dans la région.
Il convient de souligner que le message de Bakou sur la nécessité de préserver et de consolider cette nouvelle réalité s’adresse avant tout à l’Arménie. La dynamique politique intérieure de ce pays reste marquée par l’affrontement entre les partisans d’un règlement pacifique et des forces revanchardes prêtes à compromettre les progrès accomplis.
Dans ce contexte, les relations entre l’Azerbaïdjan et la Géorgie peuvent véritablement être considérées comme un modèle de bon voisinage. Elles reposent sur des bases solides de respect mutuel, de confiance et de prise en compte des intérêts nationaux. Depuis des décennies, Bakou et Tbilissi affichent une unité de vues rare dans l’espace post-soviétique sur les questions clés du droit international - au premier rang desquelles figure le principe de l’intégrité territoriale des États.
Les deux pays suivent de manière constante une ligne de reconnaissance mutuelle des frontières et de non-ingérence dans les affaires intérieures. De plus, l’Azerbaïdjan et la Géorgie se soutiennent systématiquement au sein des organisations internationales, renforçant ainsi leurs positions sur la scène mondiale.
La nature de ces relations repose également sur un socle économique solide. Il est évident que le Corridor du Milieu devient un élément clé de l’architecture géoéconomique de l’Eurasie. Son segment central traverse précisément les territoires de l’Azerbaïdjan et de la Géorgie, reliant la mer Caspienne à la région de la mer Noire.
Rappelons que cet itinéraire comprend les ports de la Caspienne, notamment le port maritime commercial international de Bakou à Alat, ainsi que les infrastructures ferroviaires azerbaïdjanaises, la ligne Bakou–Tbilissi–Kars, et les ports géorgiens de Poti et Batoumi, qui assurent l’accès à la mer Noire. L’expansion du Corridor du Milieu, évoquée lors de la rencontre à Tbilissi, suppose la modernisation des infrastructures portuaires, l’augmentation de la capacité des chemins de fer, la numérisation de la logistique et la réduction des délais de transit.
Quoi qu’il en soit, l’importance de ce projet est difficile à surestimer. Il réduit la dépendance de l’Eurasie vis-à-vis des routes traditionnelles, renforce le rôle du Caucase du Sud en tant que hub de transit, génère des revenus stables liés au transit et stimule le développement des infrastructures et de la logistique. À ce titre, ses perspectives sont considérables.
Par ailleurs, l’un des axes majeurs de la coopération entre l’Azerbaïdjan et la Géorgie demeure le secteur énergétique. Les ressources azerbaïdjanaises accèdent aux marchés mondiaux précisément via le territoire géorgien, qu’il s’agisse du pétrole ou du gaz.
Il convient de rappeler que l’oléoduc Bakou–Tbilissi–Ceyhan reste, depuis deux décennies, un symbole de coopération régionale réussie. Il permet l’acheminement du pétrole de la Caspienne vers les marchés mondiaux en contournant les goulets d’étranglement traditionnels. Tout aussi important est le Corridor gazier sud, devenu l’un des facteurs clés de la sécurité énergétique de l’Europe.
Fait notable, les exportations de gaz azerbaïdjanais vers les pays européens commencent précisément en Géorgie, ce qui souligne son rôle stratégique. L’augmentation de ces livraisons - près de 60 % par rapport à 2021 - témoigne du rôle croissant de l’Azerbaïdjan en tant que fournisseur fiable d’énergie. Dans un contexte d’instabilité énergétique mondiale, ce facteur revêt une importance particulière.
Dans l’ensemble, la coopération commerciale et économique entre les deux pays affiche une croissance soutenue. Les échanges ont déjà dépassé les 800 millions de dollars et, au rythme actuel, le seuil du milliard de dollars paraît atteignable à court terme. L’Azerbaïdjan demeure l’un des principaux investisseurs dans l’économie géorgienne, avec un volume d’investissements atteignant 3,7 milliards de dollars - un indicateur à la fois du climat favorable en Géorgie et des capacités financières de Bakou.
La coopération couvre un large éventail de secteurs : transport et logistique, énergie, secteur bancaire, tourisme, construction et infrastructures. Sans aucun doute, l’intégration de l’Arménie dans les processus économiques régionaux pourrait constituer un facteur important de développement durable pour le Caucase du Sud. Toutefois, pendant des décennies, Erevan a misé sur une politique de revendications territoriales et d’occupation, ce qui a, de fait, isolé le pays des principaux projets.
Cela dit, après l’évolution de la réalité politico-militaire et la promotion active d’un agenda de paix par Bakou, la situation a commencé à se transformer. Aujourd’hui, l’Arménie a l’opportunité de devenir partie prenante des initiatives régionales de transport et d’énergie, mais cela suppose un renoncement définitif à la rhétorique et aux pratiques revanchistes. Et c’est précisément dans ce contexte que les relations entre l’Azerbaïdjan et la Géorgie peuvent servir d’exemple de mise en œuvre d’un agenda pacifique et bénéfique entre deux États indépendants et voisins.