La mosaïque est l’une des formes les plus anciennes de l’art monumental, dont les origines remontent à l’Antiquité. Les compositions réalisées à partir de fragments ont, pendant des siècles, servi non seulement d’ornements architecturaux, mais aussi de vecteurs de sens et de mémoire. À l’époque soviétique, la mosaïque s’est largement répandue, devenant un élément essentiel du paysage urbain. Elle ornait les façades des bâtiments, les stations de métro, les maisons de la culture, les écoles et d’autres espaces publics.
En Azerbaïdjan, cette tradition a donné naissance à une école originale de l’art de la mosaïque, qui allie l’expérience soviétique à des traditions nationales. Les maîtres locaux puisaient leur inspiration dans l’histoire, le travail, la nature et les symboles culturels du pays, créant des compositions expressives et monumentales. Les mosaïques azerbaïdjanaises se distinguent par une palette chromatique riche, un dynamisme des images et un haut niveau de maîtrise artistique.
Nombre de mosaïques en Azerbaïdjan sont situées dans des espaces publics et bien connues des habitants. Toutefois, certaines œuvres demeurent à l’abri des regards et restent méconnues du grand public. C’est le cas de l’une des mosaïques les plus vastes et les plus expressives, située sur le site d’un ancien atelier de réparation de machines agricoles, dans la ville de Maştaga, près de Bakou.
Un panneau de mosaïque éclatant orne la façade d’un bâtiment de deux étages. Par ses couleurs intenses et sa composition dynamique, il capte immédiatement l’attention et se distingue nettement des constructions environnantes.
Réalisée en 1979 par l’artiste Yagub Mehdiyev, cette mosaïque constitue un exemple frappant de l’art monumental de son époque, où l’image artistique s’entrelace harmonieusement avec les thèmes du travail et de la création.
Au centre de la composition figurent un homme et une femme - des travailleurs incarnant la figure du labeur. La femme tient dans sa main une gerbe d’épis de blé, symbole de la fertilité de la terre et d’une récolte abondante. Ce geste souligne son lien avec la terre et l’agriculture. Au-dessus de sa tête apparaissent des grappes de raisin, symbole traditionnel d’abondance et de prospérité.
Les visages des deux figures sont soigneusement dessinés, conférant à la scène individualité et caractère. Leurs postures expriment la force, la dignité et la confiance. Ces images dégagent une impression de vitalité et de fierté du travail accompli, transformant la mosaïque d’un simple élément décoratif en un puissant symbole de l’esprit de son époque.
La composition intègre également des représentations de machines, symboles du progrès et du développement. Tracteurs et camions se détachent particulièrement : leurs roues massives et leurs silhouettes robustes soulignent l’importance de l’agriculture dans la vie du pays. Les éléments en relief apportent profondeur et volume à l’ensemble, enrichissant visuellement la composition et lui conférant un dynamisme accru. Les couleurs vives et lumineuses instaurent une atmosphère joyeuse, animant tant le bâtiment que son environnement.
Aujourd’hui encore, cette mosaïque produit une forte impression, évoquant une époque où l’art monumental faisait partie intégrante du paysage industriel et s’y fondait naturellement.
L’art de la mosaïque n’est pas seulement décoratif ; il constitue un témoin précieux de son temps, conservant les idées artistiques, le travail et la vision du monde de l’époque qui l’a vu naître. Des œuvres comme celle-ci maintiennent un lien vivant avec l’histoire culturelle du pays, et la mosaïque continue, aujourd’hui encore, de dialoguer avec l’observateur par le langage des couleurs et des formes.