LA VISITE DE J.D.VANCE MARQUE UNE EXPANSION DES ETATS-UNIS DANS LA REGION

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11 Février 2026 17:52
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LA VISITE DE J.D.VANCE MARQUE UNE EXPANSION DES ETATS-UNIS DANS LA REGION

La visite du vice-président américain J.D. Vance en Arménie et en Azerbaïdjan ne relève pas d’un simple geste diplomatique symbolique. Elle traduit une inflexion structurelle plus profonde des priorités de politique étrangère de Washington au cours du second mandat du président Donald Trump. Il ne s’agit pas d’un engagement ponctuel, mais de la consolidation d’une nouvelle orientation stratégique.

Au cœur du réajustement diplomatique opéré par Donald Trump se trouve un pivot progressif de l’Europe vers l’Asie. L’axe central de cette stratégie est la compétition de long terme avec la Chine. Dans ce cadre élargi, le Caucase du Sud n’est plus perçu comme une région périphérique. Il s’impose désormais comme un corridor géopolitique crucial reliant le bassin de la mer Noire, l’Asie centrale et le Moyen-Orient.

À la lumière des objectifs stratégiques poursuivis, la visite de J.D. Vance répond à trois finalités politiques interdépendantes.

La première consiste à contrer l’expansion de l’influence chinoise. Pékin a considérablement renforcé son empreinte économique et infrastructurelle à travers l’Eurasie, notamment en Asie centrale. Par le biais de corridors de transport, d’investissements énergétiques et d’un engagement politique soutenu, la Chine consolide sa position sur le long terme. Pour l’administration Trump, le développement de routes alternatives et de partenariats dans le Caucase du Sud constitue un moyen de limiter la pénétration stratégique chinoise dans cette zone charnière entre l’Europe et l’Asie.

Le deuxième objectif vise à contenir l’Iran. Le Caucase du Sud occupe une position géographique sensible, aux abords des frontières nord de la République islamique. Les corridors de transit alternatifs, y compris le corridor de Zanguezour, ainsi que la diversification des routes énergétiques pour le gaz, le pétrole et d’autres ressources critiques, revêtent une importance géopolitique majeure. Du point de vue de Washington, le renforcement de connexions contournant l’Iran réduit l’effet de levier de Téhéran tout en accroissant la flexibilité stratégique occidentale.

Le troisième objectif concerne l’élargissement de la présence américaine dans un espace traditionnellement considéré comme relevant de la sphère d’influence russe. L’espace post-soviétique, dont fait partie le Caucase du Sud, a longtemps été dominé par Moscou. Mais les équilibres régionaux ont évolué. Les États-Unis estiment aujourd’hui disposer d’une fenêtre d’opportunité pour progresser politiquement et économiquement dans des zones auparavant contraintes par l’influence russe. Cela ne signifie pas nécessairement une confrontation directe, mais plutôt un repositionnement stratégique graduel.

Il est significatif que la visite de Vance intervienne après une série de rencontres entre le président Trump et des dirigeants d’Asie centrale, ce qui suggère que Washington considère de plus en plus le Caucase du Sud et l’Asie centrale comme une ceinture géopolitique unifiée. Cette approche régionale s’inscrit dans une volonté plus large de remodeler l’architecture commerciale et de transit en Eurasie au service des intérêts stratégiques américains à long terme.

L’absence de la Géorgie dans l’itinéraire mérite également d’être soulignée. La dynamique politique actuelle à Tbilissi apparaît moins favorable à Washington et à ses partenaires européens qu’elle ne l’était ces dernières années. L’attention immédiate s’est donc portée sur Bakou et Erevan, où les évolutions récentes ont ouvert de nouvelles perspectives diplomatiques.

Le processus de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, facilité en partie par l’engagement diplomatique de Donald Trump, a profondément modifié le paysage régional. L’apaisement des tensions ouvre la voie à une coopération économique accrue, au développement d’infrastructures et, potentiellement, à un dialogue sécuritaire. Pour les États-Unis, cette transformation crée un espace d’action non plus seulement comme médiateur de crise, mais comme acteur durable dans la structuration de l’ordre régional.

Dans le même temps, la politique américaine à l’égard du Caucase du Sud implique un délicat exercice d’équilibre interne. L’Azerbaïdjan présente une valeur stratégique considérable pour Washington en raison de ses ressources énergétiques, de sa position géographique et de son rôle dans les corridors de transit alternatifs. Cependant, l’influence de la diaspora arménienne aux États-Unis demeure un facteur politique intérieur important.

La communauté arménienne est particulièrement concentrée en Californie, un État déterminant dans la vie politique américaine et bastion traditionnel du Parti démocrate. Aucun président américain ne peut totalement ignorer cette réalité. Les calculs de Donald Trump combinent donc probablement considérations de politique étrangère et impératifs de politique intérieure.

Néanmoins, la trajectoire générale est claire. L’engagement en Asie centrale et dans le Caucase du Sud devient un pilier de plus en plus central de la politique étrangère du second mandat de Donald Trump. La région est intégrée dans une stratégie plus large visant à contenir la Chine, à restreindre l’influence iranienne et à rééquilibrer les rapports de force dans l’espace post-soviétique.

Le Caucase du Sud redevient ainsi un théâtre de rivalités entre grandes puissances — et Washington entend y jouer un rôle sérieux et durable.