Lorsqu’on évoque le paysage culturel de l’Azerbaïdjan, il est impossible de passer sous silence la richesse de son patrimoine funéraire. Aux côtés des monuments architecturaux, des arts décoratifs et des vestiges archéologiques, la culture des pierres tombales y occupe une place particulière, reflétant les visions du monde, les croyances et les représentations artistiques de différentes époques.
Parmi les phénomènes les plus intéressants et les plus rares figurent les pierres tombales de forme anthropomorphe. Ces monuments funéraires se présentent sous la forme de dalles de pierre allongées, atteignant parfois plusieurs mètres de longueur, sur la surface desquelles est figurée de manière symbolique une silhouette humaine.
Ces pierres étaient taillées dans un seul bloc de roche, ce qui témoigne en soi d’un haut niveau de savoir-faire et d’un investissement considérable en travail. Les figures gravées apparaissent souvent volontairement simplifiées, voire d’une certaine rudesse. Les proportions du corps humain y sont rendues de manière conventionnelle, sans recherche de réalisme. Toutefois, selon de nombreux chercheurs, cette apparente primitivité dissimule un symbolisme profond. La figure humaine n’y constitue pas un portrait, mais un signe, une image généralisée liée aux conceptions de l’âme, du corps et du passage entre les mondes.
La datation de ces monuments demeure un sujet de débat scientifique. La majorité des chercheurs les rattache à la période du haut Moyen Âge, mais certaines hypothèses suggèrent que des exemplaires isolés pourraient remonter à une époque plus ancienne encore, jusqu’au début du premier millénaire. Cette incertitude confère aux pierres tombales anthropomorphes une valeur toute particulière en tant que sources pour l’étude des formes anciennes de la culture funéraire dans la région.
Un détail caractéristique mérite une attention particulière : de petites cavités creusées directement dans le corps de la figure anthropomorphe, que l’on rencontre assez fréquemment. Selon plusieurs chercheurs, ces cavités avaient une fonction rituelle et servaient à recueillir l’eau de pluie, considérée comme sacrée et dotée de vertus purificatrices et bienfaitrices.
Ainsi, la pierre tombale devenait non seulement un signe mémoriel, mais aussi un acteur à part entière de la pratique rituelle, liée au culte de l’eau et des forces naturelles. Pris dans leur ensemble, ces monuments constituent une couche culturelle unique, inestimable et extrêmement rare, où s’entrelacent croyances anciennes, symbolisme et traditions artistiques. Leur fragilité, leur exposition à la destruction et à la disparition rendent la question de leur étude et de leur préservation particulièrement urgente.
En abordant la sculpture de pierre et les éléments qui y sont associés, il convient de souligner tout spécialement les monuments ornés de tamgas - des artefacts uniques largement répandus sur l’ensemble du territoire de la république. Ces signes, gravés dans la pierre, revêtaient non seulement une fonction décorative, mais aussi une profonde charge symbolique, reflétant les notions de filiation, de pouvoir, de protection et de sacralité propres à leur époque.
Les tamgas se rencontrent sur des constructions historiques - caravansérails, mausolées - ainsi que sur des rochers isolés dressés au milieu des champs. La tamga constituait un signe ou un sceau clanique servant à marquer la propriété et l’appartenance. Elle était apposée sur le bétail afin d’éviter le mélange des troupeaux, utilisée comme emblème ou blason du clan. Les tamgas délimitaient les terres arables et les pâturages, marquaient les objets de valeur et les monnaies. Pendant longtemps, elles ont également rempli la fonction de sceau personnel chez de nombreux souverains : gravées sur des bagues, elles servaient à authentifier des documents et des traités importants.
La tamga faisait office de signe tribal chez de nombreux peuples turciques et était largement répandue parmi les Turkmènes, les Karatchaïs, les Balkars, les Nogaïs, les Tatars de Crimée, les Tchouvaches, les Bachkirs, les Ouzbeks, les Ouïghours, les Kazakhs, les Kirghizes, les Koumyks, les Turcs et, bien entendu, les Azerbaïdjanais.
Les formes des tamgas pouvaient être extrêmement variées. Selon les données ethnographiques, leurs prototypes reposaient sur des figures géométriques simples - cercles, carrés, triangles, lignes orientées selon différents angles. On y trouve également des pictogrammes sacrés : représentations d’oiseaux et d’animaux, d’objets du quotidien, d’armes, et parfois même de lettres issues de différents alphabets. On considère que de nombreuses tamgas remontent à des animaux totémiques ou à des symboles liés aux relations claniques et aux conceptions de l’origine du lignage.
D’après les chercheurs, la diffusion de la tamga sur le territoire de l’Eurasie aurait commencé dès l’âge du bronze. En Azerbaïdjan, son usage est attesté depuis les temps les plus anciens et se retrouve dans des monuments plus tardifs, y compris dans des cimetières des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Les tamgas demeurent une source essentielle pour l’étude de la structure sociale, de la culture et des traditions spirituelles des peuples turciques de la région, reliant le passé et le présent au sein d’une tradition historique continue.
Dans son ensemble, la sculpture funéraire en pierre façonne une vision cohérente du paysage culturel de l’Azerbaïdjan, où les monuments matériels deviennent des vecteurs de mémoire, de croyances et d’identité sociale. Ces témoignages de pierre du passé permettent de retracer la continuité des traditions spirituelles et artistiques immémoriales. Leur étude et leur préservation constituent aujourd’hui l’une des missions essentielles dans le processus de compréhension et de sauvegarde du patrimoine historique du pays.