Poursuivant cette analyse, il convient d’évoquer l’étape suivante dans le développement de la sculpture sur pierre : l’apparition de formes sculpturales plus complexes, associées à des images anthropomorphes et zoomorphes. Ce nouveau langage artistique a considérablement élargi les possibilités expressives offertes aux artisans, leur permettant de dépasser les solutions purement décoratives pour créer des images porteuses d’une symbolique plus riche. C’est sur cette base que la sculpture sur pierre azerbaïdjanaise atteint un sommet particulier entre le XVe et le XVIIIe siècle, période durant laquelle s’imposèrent les pierres tombales en forme de coffret, ornées de reliefs narratifs à plusieurs figures, remarquables tant par leur complexité technique que par la richesse de leurs motifs ornementaux.
Leurs surfaces accueillent des éléments de décor architectural, diverses scènes de la vie quotidienne et des rituels religieux, ainsi que des symboles solaires incarnant le lien entre l’homme et le cosmos et l’idée du temps cyclique. Le sanduga — terme d’origine arabe (arabe : صندوقة, signifiant « petit coffre » ou « cassetta ») — désigne une petite forme architecturale placée au-dessus d’une tombe. Ces monuments funéraires, réalisés en pierre, en marbre ou dans d’autres matériaux durables, étaient décorés d’ornements sculptés, de versets coraniques, de fragments de textes poétiques, ainsi que d’inscriptions relatant la vie du défunt, son nom et, parfois, ses dates. Les pierres tombales en forme de coffret se sont largement diffusées en Orient au cours du Moyen Âge.
L’Azerbaïdjan conserve un grand nombre de ces monuments, illustrant avec éclat la richesse et la diversité des traditions locales de la taille de pierre. Un intérêt particulier revient aux pierres tombales situées dans les vastes nécropoles d’anciens établissements d’Abchéron, de Goboustan, de Chamakhy, de Gouba, du Karabakh et d’autres régions du pays. La plupart ont la forme de parallélépipèdes taillés dans de grands blocs de pierre. Leurs surfaces, généralement visibles de tous côtés, sont ornées de décors sculptés d’une grande maîtrise. Le centre de chaque composition est le plus souvent occupé par des panneaux en forme de médaillon, de dimensions et de contours variés, dont les surfaces internes ornées sont encadrées par des bandes alternées de motifs végétaux et d’inscriptions décoratives, principalement de contenu coranique.
Dans les scènes représentées sur les sandugas, les artisans populaires — dans un style parfois naïf — ont cherché à restituer des épisodes de la vie quotidienne : scènes de chasse, sacrifices, festins. De tels reliefs narratifs se rencontrent dans presque toutes les régions de l’Azerbaïdjan, témoignant de la richesse de l’imaginaire populaire et de la pérennité des traditions artistiques. Les thèmes figurés sur les pierres tombales sont souvent liés à la biographie du défunt. On y retrouve des figures récurrentes et aisément reconnaissables : le cavalier solitaire, le forgeron entouré de ses outils, et d’autres personnages typiques.
Comparée aux siècles précédents, la décoration des monuments de cette période fait un usage accru de motifs figuratifs : représentations isolées d’animaux (chevaux, béliers, etc.), d’oiseaux (aigles, faucons, etc.), d’objets domestiques (aiguières, pupitres à Coran, miroirs), de types d’armes, ainsi que de divers outils liés au travail — métiers à tisser, enclumes, marteaux, tenailles, entre autres. Ces images sculptées dans la pierre n’étaient pas de simples ornements : elles portaient une forte charge symbolique. Elles permettent de comprendre à qui le monument était dédié, quelle était la profession de la personne et quels aspects de sa vie étaient jugés les plus importants.
Sur les monuments érigés en l’honneur des hommes, l’image centrale représente le plus souvent une figure héroïque : le défunt est figuré à cheval, vêtu d’un équipement guerrier, tenant un arc, un sabre ou une hache. À cette époque, le héros était perçu comme un idéal naturel de l’existence. Le courage et la force d’âme n’étaient pas seulement considérés comme des vertus personnelles, mais comme le fondement même de la dignité humaine.
Si les images des pierres tombales masculines reflètent avant tout la vaillance et la bravoure du défunt, celles dédiées aux femmes présentent le plus souvent, au centre de la composition, un métier à tisser — symbole d’un artisanat essentiel que, par le passé, presque toutes les femmes azerbaïdjanaises pratiquaient. Les scènes narratives figurant sur les pierres tombales sont généralement disposées sur les faces latérales, séparées les unes des autres et organisées en épisodes autonomes.
Nombre des thèmes représentés dans ces reliefs trouvent des parallèles dans d’autres formes de l’art azerbaïdjanais ; toutefois, certaines images n’ont pas d’équivalent dans l’art officiel ou « conventionnel ». Il s’agit notamment de représentations d’oiseaux et d’animaux qui, selon toute apparence, servaient de totems aux anciennes tribus turcophones, ainsi que d’un ensemble d’autres motifs singuliers. Dans de rares cas, un sanduga peut être orné de l’oiseau mythique « Unu », considéré chez de nombreux peuples turcs comme le gardien du foyer.
Selon R. Afandiyev, chez les tribus oghouzes — ancêtres du peuple azerbaïdjanais moderne — cette image revêtait une importance particulière : des figures d’oiseaux étaient fabriquées en bois, en feutre et dans d’autres matériaux, constituant une part intégrante de l’intérieur domestique et remplissant une fonction protectrice destinée à préserver la famille et le foyer. Ainsi, les représentations d’Unu sur les pierres tombales n’avaient pas seulement une vocation décorative, mais traduisaient aussi des croyances anciennes et des traditions culturelles, où se mêlaient vie quotidienne, notions religieuses et symbolisme sacré.
Le schéma de composition et la technique de sculpture dépendaient entièrement de l’individualité créative de chaque maître. Malgré la diversité et l’originalité des sujets, les reliefs funéraires conservent souvent un caractère plat et stylisé, particulièrement perceptible dans la représentation des figures humaines. Tous les personnages sont généralement disposés sur un même plan et figurés de face, sans tentative de rendre la perspective ni les vues de profil. Ces monuments révèlent une prédominance marquée de la frontalité et de la statique, les rattachant aux traditions de l’art archaïque. Dans le même temps, au fil des siècles, la sculpture sur pierre azerbaïdjanaise commence à développer des reliefs dotés d’un sens plus affirmé du volume, dépassant progressivement la planéité et l’expression graphique linéaire.
Selon les historiens de l’art Leonid Bretanitski et Boris Vejmarn, ces images montrent que l’islam, bien qu’ayant imposé des restrictions importantes au développement des arts visuels — en particulier de la sculpture et de la peinture monumentale —, n’a pas été en mesure de les éliminer complètement de la vie quotidienne et de la conscience artistique du peuple.
Les sandugas ornés de reliefs à thème narratif présentent un intérêt en tant qu’objets artistiques et en tant que précieux témoignages épigraphiques. Les inscriptions qu’ils portent, réalisées en écriture arabe, sont disposées sur les surfaces ou les faces terminales des monuments et exécutées dans des styles calligraphiques ornementaux tels que le nastaliq, le naskh et le thuluth. Ces inscriptions reflètent non seulement l’histoire de la formation et du développement de la sculpture sur pierre en Azerbaïdjan, mais constituent également un outil essentiel pour la datation précise des monuments. Ensemble, reliefs et épigraphie forment une couche culturelle intégrée, offrant un regard renouvelé sur l’héritage des tailleurs de pierre et sur l’évolution historique de l’art sur les terres d’Azerbaïdjan.