UN POINT D'ACTUALITE SUR LE KAZAKHSTAN ET SES RELATIONS AVEC LE CAUCASE DU SUD

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16 Mars 2026 17:06
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UN POINT D'ACTUALITE SUR LE KAZAKHSTAN ET SES RELATIONS AVEC LE CAUCASE DU SUD

Madia Torebayeva, rédactrice du portail analytique Cronos.Asia, a partagé son analyse sur les perspectives de coopération entre Azerbaïdjan et Kazakhstan, le développement de la Trans-Caspian International Transport Route (TITR) et l’importance géopolitique croissante du « corridor du Milieu ».

Dans un entretien accordé à News.Az, elle a également évoqué le prochain référendum constitutionnel au Kazakhstan, l’engagement économique du pays dans le Caucase du Sud et l’évolution du rôle de l’Organisation des États turciques dans le système contemporain des relations internationales.

« L’accord sur la route transcaspienne peut donner un nouvel élan »

– L’Azerbaïdjan et le Kazakhstan prévoient de signer un accord intergouvernemental sur le développement de la TITR. Quelles perspectives cela ouvre-t-il ?

– Je pense que cet accord intergouvernemental donnera avant tout un nouvel élan aux relations bilatérales entre le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan. Les deux pays ont beaucoup à s’offrir mutuellement.

Il est également clair que la route transcaspienne présente plusieurs avantages pour nos États : elle constitue un corridor commercial stratégique, un moyen de réduire la dépendance à l’itinéraire septentrional et un signal politique adressé à la communauté internationale indiquant qu’une idée autrefois perçue comme visionnaire se transforme progressivement en réalité infrastructurelle.

En novembre dernier, j’ai participé au Forum économique Asie centrale–Union européenne à Tachkent. Lors des discussions, des experts non seulement de l’Union européenne, mais aussi de notre région et du Caucase du Sud ont qualifié le corridor du Milieu de route d’importance critique pour l’économie mondiale. Ils ont également souligné que le développement de ce corridor repose en grande partie sur la coordination visible et l’alignement des positions entre l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan.

Cependant, il serait impossible d’ignorer les risques liés au développement de cette route. Ils sont rarement évoqués, peut-être parce qu’ils ne correspondent pas au récit optimiste qui entoure ce projet. À mon avis, ils ne doivent pas être négligés : sans une évaluation lucide, le projet risque de rester une déclaration séduisante sur le papier.

Le premier risque est environnemental. On parle beaucoup ces derniers temps de la baisse du niveau de la mer Caspienne. Le recul du littoral oblige nos pays à chercher des solutions pour moderniser les infrastructures portuaires. Au Kazakhstan, par exemple, un programme de dragage a été lancé dans les ports d’Aktau et de Kuryk. Cependant, des informations récentes suggèrent également que le niveau de la mer Caspienne pourrait fortement remonter au cours des dix prochaines années, phénomène déjà observé dans les années 1970 et 1980. Nos pays devraient donc envisager la création d’un service commun de surveillance de la mer Caspienne et financer davantage la recherche scientifique. Sans cela, d’importantes ressources pourraient être consacrées à traiter des problèmes actuels sans en éliminer les causes profondes.

Le deuxième risque concerne les capacités techniques et de transport. Si nos pays souhaitent réellement accroître le volume de marchandises transitant par la TITR, ils devront augmenter considérablement leur flotte — tant de porte-conteneurs que de pétroliers. Certaines mesures sont déjà prises. Par exemple, il a été récemment annoncé que le chantier naval de Bakou a commencé la construction de deux nouveaux porte-conteneurs d’une capacité de 780 EVP chacun. Toutefois, les capacités du chantier sont limitées et la construction d’un seul navire peut prendre jusqu’à deux ans. Or, le corridor de transport ne peut pas attendre : il a besoin de navires dès aujourd’hui.

La géographie complique encore la situation. Passer des commandes à l’étranger est actuellement difficile : la route du nord est de fait fermée, tandis que la route du sud reste instable en raison de tensions persistantes. On peut seulement espérer que Bakou et Astana trouveront une solution commune. Une option pourrait être une coopération avec Chine, également intéressée par la TITR, par exemple via la fourniture de sections de navires prêtes à assembler et d’équipements destinés aux chantiers navals de la mer Caspienne.

Le troisième facteur est l’environnement géopolitique extrêmement tendu qui entoure le corridor du Milieu. Il ne s’agit plus de scénarios hypothétiques. Les opérations militaires en Ukraine ont affecté la partie nord de la région caspienne, tandis qu’un conflit se déroule au sud en Iran. Dans ces conditions, le corridor de transport est entouré de zones de conflit, ce qui, pour le dire sobrement, ne contribue pas à sa stabilité.

Il est difficile de prévoir l’évolution de la situation ou de savoir si la route transcaspienne pourrait être perçue comme une menace pour certains pays. Dans une certaine mesure, le seul élément rassurant a été la réaction immédiate de Kassym-Jomart Tokayev aux frappes visant la République autonome du Nakhitchevan, lorsqu’il a exprimé un soutien ferme à l’Azerbaïdjan.

Cela démontre une fois encore la coordination entre les dirigeants de nos deux pays et laisse espérer que la signature prochaine de l’accord intergouvernemental renforcera notre capacité commune à répondre aux risques émergents.

« Un possible tournant institutionnel »

– Le Kazakhstan organise demain un référendum national sur un projet de nouvelle Constitution. Quels changements cela reflète-t-il dans la société ?

– En effet, le 15 mars, le Kazakhstan tiendra un référendum sur un projet de nouvelle Constitution. Toutes les enquêtes sociologiques menées jusqu’à présent indiquent que la population soutient globalement les changements proposés, qui sont nombreux.

Si le texte est approuvé, le président ne pourra exercer qu’un seul mandat de sept ans. Après trente ans d’absence, la fonction de vice-président, responsable devant le chef de l’État et dotée de responsabilités importantes, sera rétablie. Les membres de la Cour constitutionnelle, le procureur général et le médiateur des droits de l’homme seront également limités à un seul mandat.

Mais le changement le plus significatif pourrait être l’apparition d’un parlement monocaméral — le Kurultaï. Ses députés seraient élus pour cinq ans exclusivement sur des listes de partis. Autrement dit, le Kazakhstan pourrait mettre fin au « ping-pong » législatif entre les chambres basse et haute, qui a parfois empêché l’adoption de certaines lois pendant des années.

Il s’agirait en quelque sorte d’introduire un modèle scandinave pour le pouvoir législatif. Dans le contexte géopolitique actuel, un tel système permettrait au pays de réagir plus rapidement aux défis internes et externes.

« Une présence encore modeste dans le Caucase du Sud »

– Comment évaluez-vous l’activité politique et économique du Kazakhstan dans le Caucase du Sud ?

– À mon avis, elle reste encore insuffisante. Néanmoins, certains contours de la présence du Kazakhstan dans la région commencent à se dessiner — non plus comme un partenaire ponctuel, mais comme un acteur permanent.

Par exemple, l’an dernier, le Kazakhstan a envoyé son premier chargement de céréales vers Erevan via l’Azerbaïdjan, et par la suite Bakou a levé les restrictions sur le transit de marchandises vers Arménie. Grâce à l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan ne rencontre pas non plus de difficultés majeures pour travailler avec la Géorgie. J’ai personnellement vu des produits kazakhs dans des magasins de Tbilissi et de Batoumi. Leur présence reste modeste, mais ce sont des signaux importants montrant que les facteurs économiques encouragent progressivement les acteurs politiques à adopter une approche plus pragmatique.

En revanche, lors de mes visites à Bakou, je n’ai pas vu de produits kazakhs, et j’ai constaté une situation similaire à Erevan. Il s’agit peut-être d’un domaine où la coopération économique dispose encore d’une marge de progression considérable.

Quant à l’attractivité du marché kazakh pour les pays du Caucase du Sud, elle est plus difficile à évaluer. Le Kazakhstan cherche actuellement davantage à attirer des investissements directs destinés à créer des industries à forte valeur ajoutée. À cet égard, il présente des similitudes avec l’Azerbaïdjan, qui figure aujourd’hui parmi les trois principaux investisseurs de la région eurasiatique, légèrement derrière le Kazakhstan.

Selon la Banque eurasiatique de développement, en juillet 2025, le volume cumulé des investissements directs étrangers de l’Azerbaïdjan atteignait 3,2 milliards de dollars répartis sur 41 projets.

Au Kazakhstan, la création d’entreprises conjointes est de plus en plus recherchée — non seulement dans le secteur pétrolier et gazier, mais aussi dans la construction mécanique, l’industrie légère, l’énergie et d’autres domaines. La période où l’économie du pays reposait principalement sur l’exportation de matières premières touche progressivement à sa fin. La volonté de développer une coopération industrielle plus complexe et plus diversifiée devient de plus en plus manifeste.

Dans le même temps, le Kazakhstan s’intéresse également à l’importation de légumes primeurs, de fruits et de produits laitiers en provenance des pays du Caucase du Sud. Ces marchandises sont particulièrement demandées dans les régions occidentales du pays, où la logistique depuis cette direction est particulièrement pratique.

« Un acteur international en formation »

– Quel rôle joue aujourd’hui l’Organisation des États turciques dans les relations internationales ?

– À Cronos.Asia, nous suivons attentivement ces évolutions. Il ne serait pas exagéré de dire que le rôle de l’Organisation des États turciques dépasse désormais largement celui d’une simple plateforme culturelle ou civilisationnelle.

L’organisation a été créée à l’origine comme un espace de coopération globale. Ces dernières années, elle s’est progressivement transformée en mécanisme de coordination politique et économique. Cette évolution est devenue particulièrement visible après le sommet de l’an dernier dans l’ancienne ville de Gabala, où le format OTS+ a été introduit. Lors de cette rencontre, des plans ont été annoncés pour organiser des exercices militaires conjoints en 2026. On observe également que les ministres des Affaires étrangères des États membres publient de plus en plus de déclarations communes sur des questions internationales importantes.

Tout cela montre que l’organisation se transforme progressivement en un acteur international plus clairement identifié. L’un de ses avantages est qu’elle ne cherche pas à remplacer d’autres alliances ou organisations. Sa principale force réside dans la création d’un niveau supplémentaire de coordination — dans les domaines de la logistique, du commerce, de la diplomatie et de la culture — pour ses États membres.

Pour le Kazakhstan, qui mène traditionnellement une politique étrangère multivectorielle, cela est particulièrement important, car cela élargit sa marge de manœuvre sur la scène internationale.

« De la symbolique à l’efficacité »

– Comment le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan peuvent-ils synchroniser leurs approches au sein de l’organisation ?

– Je répondrai brièvement. Pour nos deux pays, la synchronisation des approches au sein de l’Organisation des États turciques n’est pas seulement une question d’unité culturelle. Elle concerne avant tout une approche pragmatique visant à harmoniser la logistique, simplifier les procédures douanières, coordonner les tarifs de transport, accélérer la numérisation et renforcer la coopération énergétique.

Si l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan parviennent à créer des conditions favorables à la mise en œuvre de ces initiatives — éventuellement dans le cadre du même accord intergouvernemental que nous avons évoqué — alors l’Organisation des États turciques ne sera plus seulement un club symbolique de solidarité turcique, mais un véritable instrument d’influence, au moins à l’échelle régionale.