Pour la plupart des gens, la retraite rime avec ralentissement. Pour Sarsenbaï Kotyrashov, elle marque au contraire le début d’une aventure hors du commun. À 76 ans, ce voyageur kazakh s’est lancé dans la quatrième étape de ses expéditions au long cours - cette fois à travers l’Europe.
Son itinéraire débute en Serbie et se poursuit par la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne avant d’atteindre la France. Au cours des deux prochains mois, Kotyrashov prévoit de parcourir environ 2 800 kilomètres à pied, franchissant les Carpates puis les Alpes, tout en découvrant au fil de la route de nouveaux paysages, villes et cultures.
Mais pour Kotyrashov, le voyage ne se résume pas à la distance parcourue. Il s’agit avant tout de curiosité, de réflexion et d’un désir profond de découvrir le monde pas à pas.
« J’ai vécu 76 ans et je me suis rendu compte que, pendant la majeure partie de ma vie, je n’avais vu qu’Almaty, Astana et Karagandy. J’ai donc décidé qu’il était temps de découvrir le monde. Et j’ai choisi de voyager à pied, car quand on marche, on remarque beaucoup plus de choses : la nature, les paysages, les animaux et les plantes. On a aussi le temps de penser, de réfléchir et de comprendre », a confié Kotyrashov.
Ce n’est pas sa première aventure de longue distance.
Il y a quatre ans, Kotyrashov a traversé à pied les 17 régions du Kazakhstan, parcourant environ 8 000 kilomètres. Par la suite, il a voyagé d’Atyraou jusqu’à Istanbul en passant par la Russie et la Géorgie. En 2024, il est parti d’Öskemen, franchissant les montagnes de l’Altaï et la Mongolie avant d’atteindre Pékin.
Pour lui, l’essence du voyage réside dans les rencontres humaines.
« Le plus important pour moi, c’est de rencontrer des gens. Il est fascinant de découvrir différentes cultures, traditions et formes d’hospitalité », explique-t-il.
Ces rencontres débouchent souvent sur des échanges autour de l’artisanat et des traditions. Forgeron de métier, Kotyrashov s’efforce également de rencontrer des artisans tout au long de son parcours.
« Les artisans m’intéressent beaucoup, car je suis moi-même forgeron. J’aime voir comment travaillent les forgerons dans d’autres pays, comment leur métier évolue et ce qu’ils créent. Dans de nombreux endroits, c’est une profession en train de disparaître », souligne-t-il.
Si Kotyrashov découvre d’autres cultures au fil de son périple, il se considère aussi comme un passeur de sa propre culture. Il évoque souvent l’héritage nomade du Kazakhstan et sa place dans l’histoire du monde.
« Je parle aux gens de nos ancêtres nomades et de leur contribution à la civilisation mondiale. J’évoque la domestication du cheval, l’invention de la yourte et le rôle des nomades sur la Route de la soie. Je leur parle aussi de l’Homme d’or et du patrimoine artistique de notre peuple », raconte-t-il.
« Plus je compare les cultures, plus j’apprécie les atouts de nos traditions nomades. Les Kazakhs ont préservé la bienveillance, l’hospitalité et la résilience au fil des siècles dans la steppe eurasiatique », ajoute-t-il.
Kotyrashov voyage avec une simple petite valise à roulettes contenant un sac de couchage, une tente, des vêtements, des outils et une petite réserve de nourriture.
La marche au long cours lui offre également un temps précieux pour réfléchir.
« Quand on marche, on a beaucoup de temps pour penser. Bien sûr, je me concentre d’abord sur la route - m’assurer de rester sur mon itinéraire et de ne pas gêner la circulation. Mais le reste du temps, je réfléchis à ma vie, je repense aux personnes rencontrées en chemin et à ce que j’ai appris. Comme je ne tiens pas de journal écrit, je répète ces pensées dans ma tête pour que les souvenirs restent avec moi », conclut Kotyrashov.