LES MOTIVATION DE D.TRUMP EN ASIE CENTRALE SONT LES AFFAIRES ET LES TERRES RARES

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28 Janvier 2026 15:30
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LES MOTIVATION DE D.TRUMP EN ASIE CENTRALE SONT LES AFFAIRES ET LES TERRES RARES

Aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile de trouver une région ou un pays ayant échappé à l’attention de Donald Trump. Son regard — à la fois politique et commercial — semble se poser presque partout.

Pourtant, à y regarder de plus près, un schéma distinct se dessine. Si l’on met de côté le Venezuela, l’Ukraine, Cuba, la Colombie et le Groenland — tous largement évoqués dans les déclarations de Trump — on constate que l’Asie centrale occupe désormais une place à part dans sa vision du monde. L’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan ne sont plus des acteurs périphériques de la stratégie de Washington : ils s’inscrivent désormais dans un calcul géopolitique et économique plus large.

Une illustration récente en a été l’invitation adressée par Trump aux présidents de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan pour rejoindre son projet de « Conseil de paix » sur Gaza. Le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a rapidement salué l’initiative, la qualifiant d’étape significative vers la résolution de conflits anciens au Moyen-Orient. Selon plusieurs sources, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev aurait également accepté l’invitation.

À première vue, on pourrait y voir une simple tentative de Trump d’élargir son influence internationale en attirant un maximum de dirigeants dans son orbite. Mais une analyse plus approfondie révèle quelque chose de plus stratégique — et de plus révélateur — quant à son approche de l’Asie centrale.

Le véritable tournant a été le sommet C5+1 organisé à Washington à la fin de l’année dernière. Beaucoup a déjà été dit à son sujet, mais ses implications méritent une attention renouvelée.

Lors de ce sommet, Mirziyoyev a fait une déclaration frappante à la Maison-Blanche, affirmant qu’aucun des prédécesseurs de Trump n’avait entretenu des liens aussi étroits avec l’Asie centrale. Il est même allé jusqu’à déclarer : « En Ouzbékistan, nous vous appelons le président du monde. » Le président kazakh Tokaïev n’a pas été moins élogieux, décrivant Trump comme un dirigeant « envoyé par les cieux ».

Un tel langage est remarquable — et politiquement révélateur.

Dans le même temps, les relations des États-Unis avec certains pays de la région demeurent complexes. Le Kirghizstan, par exemple, a été confronté à un durcissement des restrictions de visas américains et à une pression accrue sur ses secteurs bancaire et énergétique en raison de ses liens avec la Russie. Malgré cela, Bichkek a accepté de confier à une entreprise américaine un projet ferroviaire de 3,7 milliards de dollars. De manière symbolique, le prochain sommet C5+1 doit se tenir à Bichkek en février, un signal clair que Washington considère le Kirghizstan comme faisant partie de son agenda régional à long terme.

Malgré tout, ce sont le Kazakhstan et l’Ouzbékistan qui se trouvent au cœur de la stratégie de Trump en Asie centrale.

À l’issue du sommet de Washington, Trump s’est lui-même vanté du fait que l’Ouzbékistan investirait près de 35 milliards de dollars dans des secteurs américains sur trois ans, et plus de 100 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. L’Ouzbékistan a également accepté d’acheter 22 Boeing 787-9 Dreamliner pour sa compagnie aérienne nationale et a signé un accord de 8,5 milliards de dollars pour l’achat de petits réacteurs nucléaires modulaires américains.

L’élément le plus paradoxal de cette relation reste peut-être l’accord de l’Ouzbékistan pour importer 100 000 tonnes de coton américain — alors même qu’il figure parmi les plus grands producteurs mondiaux de coton. Cela suggère que la politique, et non l’économie, motive au moins une partie de ces transactions.

Les accords du Kazakhstan avec Washington ont été encore plus ambitieux. Rien qu’en novembre, Astana a signé 29 contrats d’une valeur totale de 17 milliards de dollars, dont une commande de 18 Boeing Dreamliner pour Air Astana. Un autre accord de 2,5 milliards de dollars prévoit la localisation de la production de machines agricoles John Deere au Kazakhstan, ainsi que la création d’un centre régional de pièces détachées.

Mais un accord surpasse tous les autres : le développement de l’un des plus grands gisements de tungstène au monde, situé au Kazakhstan. Dans le cadre de cet accord, l’entreprise américaine Cove Capital obtiendra une participation de 70 % dans une coentreprise avec la société publique kazakhe Tau-Ken Samruk.

Il ne s’agit pas d’un simple projet minier. C’est un mouvement stratégique qui s’inscrit parfaitement dans l’obsession mondiale de Trump pour les terres rares et les minerais critiques.

Cette logique s’est déjà manifestée en Ukraine et au Groenland. L’Asie centrale vient désormais s’ajouter à ce tableau.

L’Ouzbékistan, de son côté, a signé deux accords clés relatifs aux métaux des terres rares — avec Denali Exploration Group et Re Element Technologies — accordant à des entreprises américaines des droits préférentiels pour le développement de ces ressources.

Selon des responsables ouzbeks, le pays dispose de gisements de 28 types d’éléments de terres rares, dont le lithium, le graphite, le germanium, le tungstène, le vanadium, le tantale et le niobium. Pourtant, Mirziyoyev a reconnu publiquement que l’Ouzbékistan n’a pu actuellement explorer que 40 % de son territoire.

Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement ce que fait l’Ouzbékistan, mais aussi ce qu’il ne fait pas. Tachkent a choisi de ne pas coopérer avec Rosgeologia, l’agence géologique russe, malgré des décennies de données et d’expertise héritées de l’époque soviétique. À la place, le pays s’est résolument tourné vers des partenaires américains.

Ce choix en dit long sur la vision de l’avenir qu’entretient l’Ouzbékistan — et sur l’opportunité que Trump y perçoit.

Tout cela mène à une conclusion simple : l’intérêt de Trump pour l’Asie centrale ne peut que s’intensifier. Et cet intérêt n’a rien à voir avec la démocratie, la gouvernance ou le développement. Il s’agit fondamentalement du contrôle de ressources stratégiques.

Les avions Boeing, les banques et les universités comptent, mais ils restent secondaires. Le véritable enjeu, ce sont les métaux des terres rares.

Ce qui nous amène à l’Afghanistan.

Souvent absent des discussions sur l’Asie centrale, l’Afghanistan est considéré comme détenant les plus grandes réserves de terres rares au monde. Son histoire avec les États-Unis est profondément complexe et douloureuse, mais sa richesse géologique est indéniable.

Penser qu’un tel pays pourrait échapper à l’attention de Donald Trump serait naïf.

Si son comportement passé peut servir d’indicateur, l’Afghanistan ne sera pas oublié — surtout lorsque les terres rares entrent en jeu.