DES CHAMPS PETROLIFERES A LA PROTECTION DE LA NATURE: LE RENOUVEAU ENVIRONNEMENTAL DE L'AZERBAIDJAN

Actualités
22 Janvier 2026 19:21
73
DES CHAMPS PETROLIFERES A LA PROTECTION DE LA NATURE: LE RENOUVEAU ENVIRONNEMENTAL DE L'AZERBAIDJAN

Situé au carrefour de l’Europe de l’Est et de l’Asie occidentale, le pays concentre, sur un territoire relativement restreint, d’importantes richesses naturelles, des formations géologiques complexes et une grande diversité climatique. Mais cette singularité s’accompagne d’un lourd héritage : plus d’un siècle d’activité industrielle, notamment dans le secteur pétrolier et gazier, une urbanisation rapide et une pression agricole soutenue ont engendré de sérieux défis environnementaux.

Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan a engagé une nouvelle phase de réformes environnementales, dépassant la simple logique de conservation pour adopter un modèle de durabilité axé sur le climat. Le déploiement à grande échelle des énergies vertes, la restauration des forêts, la sécurisation des ressources en eau, la modernisation de la gestion des déchets et la réhabilitation écologique des territoires sortant d’un conflit armé constituent désormais l’ossature de la politique environnementale nationale. Cet article dresse un panorama de la diversité écologique du pays, de ses principaux défis environnementaux, de ses cadres de conservation, de sa stratégie en matière d’énergies renouvelables, de ses engagements climatiques internationaux et de ses priorités de durabilité à long terme.

Une diversité géographique et écologique exceptionnelle :

Avec une superficie d’environ 86 600 km², l’Azerbaïdjan abrite neuf des onze zones climatiques mondiales, un phénomène géographique rare qui favorise une biodiversité remarquable. Les paysages vont des plaines subtropicales de Lankaran et des zones semi-désertiques de l’Absheron aux prairies alpines et aux sommets glaciaires du Grand Caucase.

Cette diversité soutient plus de 4 500 espèces de plantes supérieures, soit près des deux tiers de la flore de la région du Caucase. Environ 240 espèces végétales, endémiques ou rares, sont inscrites dans le Livre rouge national. Les zones humides et les écosystèmes côtiers constituent par ailleurs des habitats essentiels pour plus de 300 espèces d’oiseaux migrateurs empruntant la voie migratoire Asie centrale–Afrique.

Les forêts couvrent entre 11,8 et 14 % du territoire national, soit plus d’un million d’hectares. Elles jouent un rôle clé dans la régulation des cycles de l’eau, la prévention de l’érosion, la stabilisation des sols et la préservation de la biodiversité. Les forêts d’Hirkan, au sud du pays, abritant des espèces très anciennes protégées comme des reliques, sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, illustrant la coopération de l’Azerbaïdjan avec l’organisation pour la protection d’un patrimoine naturel d’importance mondiale.

Malgré ces atouts, les écosystèmes restent vulnérables aux pressions industrielles et au changement climatique, plaçant la gouvernance environnementale au cœur du développement durable.

Les principaux défis environnementaux :


L’héritage de la pollution pétrolière
L’Azerbaïdjan figure parmi les plus anciens pays producteurs de pétrole au monde et il a hérité de ce fait d’importants dommages environnementaux, en particulier autour de Bakou et de la péninsule d’Absheron. Plus de 10 000 hectares de terres ont été historiquement contaminés par des déchets pétroliers. Depuis le milieu des années 2000, des programmes publics de dépollution ont permis de restaurer ces zones, transformant d’anciens sites industriels en parcs, quartiers résidentiels et espaces verts. Les opérations pétrolières offshore modernes en mer Caspienne fonctionnent désormais selon des normes environnementales de rejet zéro.

La protection de la mer Caspienne
Plus grande étendue d’eau intérieure fermée au monde, la mer Caspienne est essentielle à la sécurité écologique du pays. Les rejets industriels, les marées noires et la surpêche ont longtemps affecté ses écosystèmes. Le déclin des populations d’esturgeons, qui fournissaient autrefois plus de 90 % du caviar mondial, a conduit à des accords régionaux de conservation. L’Azerbaïdjan participe aujourd’hui activement au Programme pour l’environnement de la Caspienne, axé sur la réduction de la pollution marine, la protection des écosystèmes côtiers et la reconstruction du cheptel d’esturgeons.

Pollution de l’air et urbanisation
La croissance urbaine rapide et les émissions liées aux transports ont dégradé la qualité de l’air, notamment à Bakou. Le Plan national pour un air propre impose désormais des normes d’émission industrielles plus strictes et des réglementations sur les carburants alignées sur les standards européens. Les initiatives de verdissement urbain, les ceintures vertes côtières et l’extension des parcs améliorent le microclimat urbain et la qualité de l’air.

Sécurité des ressources en eau
Près de 70 % des ressources en eau douce de l’Azerbaïdjan proviennent de l’extérieur de ses frontières, faisant de la sécurité hydrique une priorité stratégique. Depuis 2023, des programmes publics ont étendu l’irrigation goutte-à-goutte, modernisé les canaux, construit de nouveaux réservoirs et amélioré les stations d’épuration. Ces mesures réduisent les pertes d’irrigation, améliorent l’accès à l’eau potable et renforcent la résilience agricole.

Dégradation des terres et désertification
Le surpâturage, la déforestation et des pratiques agricoles non durables ont entraîné une érosion des sols et une désertification localisée. Des initiatives nationales de réhabilitation privilégient désormais le reboisement, le pâturage contrôlé et la conservation des sols.

Forêts, reboisement et captation du carbone

Reconnaissant le rôle central des forêts dans la résilience climatique, l’Azerbaïdjan a fait de leur expansion une priorité nationale depuis 2023. Dans le cadre de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) actualisée au titre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le pays s’est engagé à accroître les surfaces forestières de 30 000 hectares d’ici 2026. À l’horizon 2030, l’objectif est de restaurer 170 000 hectares de forêts dégradées, en cohérence avec l’initiative mondiale du Bonn Challenge.

Des campagnes nationales de plantation, des pépinières modernes et des programmes communautaires soutiennent ces ambitions, contribuant à la prévention de l’érosion, à la protection de l’agriculture, au renforcement de la biodiversité et à l’augmentation de la capacité nationale d’absorption du carbone.

Réhabilitation écologique des territoires post-conflit

L’Azerbaïdjan a lancé des programmes complets de réhabilitation environnementale dans les régions anciennement touchées par les conflits. Les évaluations ont mis en évidence la déforestation, la pollution des rivières, les dommages causés par l’exploitation minière illégale et la dégradation des sols.

Les projets en cours incluent le reboisement à grande échelle, la restauration des écosystèmes fluviaux et humides, la remise en état des sols, le développement d’infrastructures fondées sur les énergies renouvelables et la création d’implantations intelligentes sans déchets. Ces initiatives lient étroitement reconstruction et résilience environnementale à long terme au Karabagh et dans le Zanguezour oriental.

Transition énergétique verte

En 2023, le Karabagh et le Zanguezour oriental ont été officiellement désignés zones d’énergie verte. Les nouvelles implantations y sont conçues comme des villes et villages intelligents fonctionnant grâce à l’énergie solaire, éolienne et hydraulique, via des réseaux intelligents et des normes de construction à haute efficacité énergétique.

Parallèlement, l’Azerbaïdjan a signé des accords stratégiques avec des partenaires des Émirats arabes unis, d’Arabie saoudite et d’Europe pour la construction de grandes centrales solaires et éoliennes, notamment le long de la côte de la Caspienne. L’objectif national est de produire au moins 30 % de l’électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030.

Gestion des déchets et économie circulaire

Depuis 2023, les systèmes modernes de gestion des déchets se sont fortement développés. L’usine de valorisation énergétique des déchets de Bakou traite chaque année des centaines de milliers de tonnes de déchets ménagers, produisant de l’électricité tout en réduisant la pression sur les décharges. De nouvelles installations de stockage sanitaire, de traitement des déchets dangereux et des projets pilotes de tri sélectif encouragent le recyclage et la transition vers une économie circulaire.

Protection de la biodiversité et participation publique

Les aires naturelles protégées couvrent plus de 10 % du territoire national. Le parc national de Shahdag protège les écosystèmes alpins, celui d’Hirkan les forêts-reliques, la réserve de Gobustan les paysages semi-désertiques et le parc national d’Agh Gol des zones humides d’importance internationale. Les programmes de conservation des gazelles et du léopard du Caucase ont donné des résultats encourageants grâce à la restauration des habitats et au suivi scientifique.

L’éducation environnementale est désormais intégrée aux programmes scolaires, tandis que des réseaux de bénévoles organisent régulièrement des campagnes de plantation d’arbres et de nettoyage du littoral caspien, renforçant la culture de durabilité.

Coopération internationale et perspectives

Dans le cadre de l’Accord de Paris, l’Azerbaïdjan s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 35 % d’ici 2030 par rapport à 1990. L’accueil de la COP29 à Bakou en 2024 a marqué une étape majeure de sa diplomatie environnementale, mettant l’accent sur le financement climatique, l’investissement vert et l’accélération de la transition énergétique.

À l’avenir, la politique environnementale du pays évolue d’une gestion réactive de la pollution vers une planification durable de long terme. L’expansion des énergies renouvelables, l’augmentation du couvert forestier, l’amélioration de la gestion des eaux, le développement de l’économie circulaire et l’intégration de la résilience écologique dans la reconstruction post-conflit figurent parmi les priorités majeures.

En conciliant réformes internes et engagements climatiques internationaux, l’Azerbaïdjan fait de la protection de l’environnement non seulement une responsabilité écologique, mais aussi un fondement de la résilience économique, de la sécurité nationale et du développement durable à long terme.