AU KIRGHIZISTAN, LA SŒUR DE TCHINGHIZ AÏTMATOV APPELLE A RENONCER AUX CELEBRATIONS DU CENTENAIRE DE L'ECRIVAIN

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27 Janvier 2026 12:47
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AU KIRGHIZISTAN, LA SŒUR DE TCHINGHIZ AÏTMATOV APPELLE A RENONCER AUX CELEBRATIONS DU CENTENAIRE DE L'ECRIVAIN

Dans un message publié sur les réseaux sociaux et relayé par l’agence Kazinform, elle explique sa démarche par la circulation croissante, sur Internet et dans l’espace public, d’informations négatives entourant la mémoire de son frère. À ses yeux, l’organisation de festivités nationales pourrait raviver des débats sur l’utilisation des fonds publics. « On dira encore que l’argent consacré au centenaire aurait pu être dépensé autrement », écrit-elle, appelant le gouvernement à réorienter les moyens prévus vers l’amélioration des conditions de vie des citoyens ordinaires.

Pour Rosa Aïtmatova, un tel geste constituerait une forme d’hommage plus fidèle à l’esprit de l’écrivain que des cérémonies officielles. Elle invite également la société kirghize à faire preuve d’unité et de retenue, dénonçant ce qu’elle perçoit comme des tentatives de division autour d’une figure pourtant centrale de la culture nationale. « Il n’est pas nécessaire de glorifier ni de salir la mémoire de Tchinghiz Aïtmatov. Qu’il repose en paix », écrit-elle encore, allant jusqu’à assumer symboliquement sur elle-même les critiques ou les reproches qui pourraient viser son frère.

Cette prise de position tranche avec les hommages rendus ces dernières années à l’auteur de "Jamila" et du "Premier maître". En 2023, le Kirghizistan avait célébré avec solennité le 95ᵉ anniversaire de la naissance de celui dont l’œuvre, traduite dans de nombreuses langues, a profondément marqué la littérature mondiale et contribué à faire connaître l’Asie centrale bien au-delà de ses frontières. Des artistes kazakhstanais avaient également pris part au VIᵉ Festival international « Aïtmatov et le théâtre », soulignant la portée régionale et internationale de son héritage.

À travers son appel, Rosa Aïtmatova pose une question sensible : comment honorer la mémoire d’un écrivain devenu symbole national sans transformer cet hommage en objet de discorde ? Sa réponse, résolument sobre, privilégie la discrétion et la solidarité sociale, au risque de bousculer les réflexes commémoratifs d’un État en quête de figures fédératrices.