L'économiste américaine Fiona Scott Morton, nommée pour devenir économiste en chef à la direction générale de la concurrence de la Commission européenne, a fait savoir, mercredi 19 juillet, qu'elle se retirait du processus de recrutement en raison d'une "controverse politique". Sa nomination par la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, avait provoqué une levée de boucliers à travers l'Union européenne (UE), plusieurs responsables dénonçant le recrutement d'une non-Européenne, longtemps employée par des géants de l'industrie technologique américaine.
Dans une lettre envoyée à Margrethe Vestager, que cette dernière a dévoilé mercredi matin sur Twitter, Fiona Scott Morton se dit "honorée" d'avoir été sélectionnée pour ce poste qu'elle refuse à cause du manque de "soutien" du reste de l'Union européenne. "Il m'est apparu que la meilleure chose à faire était de me retirer et de ne pas prendre le poste d'économiste en chef", a écrit l'économiste qui avait conseillé le gouvernement de Barack Obama, mais aussi les entreprises Apple, Meta et Microsoft.
Des élus européens de tous bords dénonçaient à la fois un risque de conflit d'intérêts et celui d'une ingérence américaine au cœur des institutions européennes. La nomination de Fiona Scott Morton survient au moment où l'UE doit mettre en œuvre de nouvelles législations ambitieuses pour réguler le secteur du numérique, après l'adoption des récents règlements DMA (Digital Markets Act) et DSA (Digital Services Act). Le président français Emmanuel Macron, comme de nombreux parlementaires européens, a lui aussi émis des réserves concernant cette nomination, se disant "dubitatif" mardi, au sortir d'un sommet à Bruxelles.
La nomination de cette ancienne de l’administration Obama, à un poste clé, où elle aurait été notamment chargée de la régulation des géants de la tech, a fini donc par susciter une vaste polémique, depuis son annonce mardi dernier.
Outre sa nationalité - les institutions communautaires sont censées embaucher des ressortissants de l’UE - son parcours professionnel a été vivement critiqué : elle a auparavant travaillé comme consultante pour des sociétés technologiques américaines, comme Amazon, Microsoft et Apple, puis pour la division antitrust du département de la justice américain.