RENCONTRE ERDOGAN- ZELENSKY AU PALAIS DE DOLMABAHÇE : SÉCURITÉ MARITIME EN MER NOIRE ET MARCHÉ DE L’ARMEMENT

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5 Novembre 2026 09:13
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RENCONTRE ERDOGAN- ZELENSKY AU PALAIS DE DOLMABAHÇE : SÉCURITÉ MARITIME EN MER NOIRE ET MARCHÉ DE L’ARMEMENT

La rencontre entre les présidents turc et ukrainien, qui s’est tenue le 31 octobre au palais de Dolmabahçe, à Istanbul, est intervenue dans un contexte de dégradation de la situation sécuritaire en mer Noire. Selon des experts, ces entretiens étaient porteurs de nombreux messages sur les plans militaire, diplomatique et logistique.

Adil Kodjal, président de l’Association internationale des médias numériques et expert en relations internationales, a estimé que cette rencontre à Istanbul s’inscrivait dans le cadre des efforts visant à renforcer les capacités logistiques et la sécurité militaire de l’Ukraine avant l’arrivée de l’hiver. Selon lui, les discussions entre Recep Tayyip Erdoğan et Volodymyr Zelensky étaient également nécessaires pour Ankara, tant pour préserver la stabilité en mer Noire que pour affirmer son rôle sur la scène diplomatique internationale.

Lors de la conférence de presse organisée à l’issue de la rencontre au palais de Dolmabahçe, Erdoğan a attiré l’attention sur les attaques visant des navires marchands en mer Noire au cours de l’année écoulée. Le président turc a déclaré que la montée des tensions dans la région et les attaques contre des navires civils ne profiteraient à personne.

Citant les propos d’Erdoğan - « Nous ne pouvons en aucun cas accepter de telles attaques, quels qu’en soient les auteurs et quelles que soient les raisons invoquées pour les justifier » - Adil Kodjal y voit un avertissement explicite adressé par Ankara aussi bien à Kiev qu’à Moscou.

« Dès les premiers jours de la guerre, la Turquie a appliqué la convention de Montreux relative au régime des détroits afin d’empêcher une escalade des tensions en mer Noire. Il s’agissait avant tout d’une mesure concrète prise par Ankara pour renforcer la sécurité maritime de l’Ukraine. Cependant, au cours de l’année écoulée, la guerre s’est étendue à la mer Noire et des dizaines de navires marchands liés à la Turquie ont été la cible d’attaques de drones et de missiles. La Turquie n’entend pas garder le silence sur cette question », a déclaré l’expert.

Selon Adil Kodjal, l’accent mis par Erdoğan sur la nécessité de « parvenir à la paix en Ukraine », lors de la conférence de presse, mérite également une attention particulière. Il rappelle que, depuis 2022, Ankara mène une politique qui consiste à soutenir l’intégrité territoriale de l’Ukraine tout en maintenant ouverts les canaux de dialogue avec la Russie.

L’expert estime que si les États européens n’avaient pas fait obstacle aux premiers pourparlers russo-ukrainiens, organisés à Istanbul en 2022, un accord de cessez-le-feu aurait, à tout le moins, pu être conclu à cette occasion.

« La déclaration de Zelensky selon laquelle les possibilités diplomatiques de négociations avec la Russie ont été examinées à Istanbul montre qu’un espoir, certes fragile, demeure. Il n’est pas exclu que la Turquie assume à nouveau, comme par le passé, le rôle d’organisatrice d’une plateforme de négociations entre Moscou et Kiev », a souligné l’expert.

Au cours de l’année écoulée, la guerre s’est étendue à la mer Noire et des dizaines de navires marchands liés à la Turquie ont été la cible d’attaques de drones et de missiles.

Pour Adil Kodjal, la composition des délégations ayant pris part à la rencontre témoigne également de sa portée stratégique. Côté turc, étaient notamment présents le ministre de la Défense, Yaşar Güler, le directeur de l’Organisation nationale du renseignement, İbrahim Kalın, ainsi que le président de la Direction des industries de défense, Haluk Görgün. La délégation ukrainienne comptait, quant à elle, le chef du Service de renseignement extérieur, Roustem Oumerov.

Selon l’expert, cette configuration montre que la visite ne relevait pas d’une simple démarche diplomatique de courtoisie. La présence de hauts responsables militaires et des services de renseignement des deux pays témoignerait, au contraire, de la profondeur de la coopération militaire et du renseignement entre Ankara et Kiev.

Par ailleurs, la presse britannique rapporte que la Turquie aurait livré à l’Ukraine des systèmes antidrones au début de l’année 2026. Selon ces informations, les systèmes de défense antiaérienne turcs « Korkut » auraient permis à Kiev de renforcer ses capacités défensives.

Produits par la société Aselsan, les systèmes « Korkut » sont considérés comme des équipements efficaces pour neutraliser des cibles aériennes, notamment des missiles de croisière et des drones, devenus une menace permanente dans le conflit ukrainien.

Selon des informations non officielles, l’Arabie saoudite et le Qatar auraient signé en mai dernier avec la Turquie des contrats portant sur l’acquisition de systèmes de défense antiaérienne « Korkut ».

Le directeur général d’Aselsan, Ahmet Akyol, a déclaré le mois dernier, lors d’un entretien accordé à une chaîne de télévision locale, que les systèmes « Korkut » avaient été vendus à neuf pays différents, sans toutefois en révéler les noms. Il a précisé que l’armée turque utilisait également ces équipements. Ahmet Akyol a par ailleurs indiqué que de nouveaux contrats d’exportation portant sur les systèmes antiaériens « Korkut » seraient annoncés dans les prochains mois.

Selon des informations non officielles, l’Arabie saoudite et le Qatar auraient signé en mai de cette année des contrats avec la Turquie pour l’acquisition de systèmes « Korkut ». L’Irak serait également intéressé par l’achat de cet équipement.

Rappelons que depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne en 2022, la Turquie a fourni à l’Ukraine un large éventail d’équipements militaires et de systèmes d’armement, parmi lesquels les drones Bayraktar TB2, des missiles à guidage laser, des obus d’artillerie et des mitrailleuses.

Par Ruslan Bachirli