Le sommet des BRICS qui s’est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026 s’est conclu par l’adoption d’une déclaration en 140 points. Le document présente des axes de coopération dans les domaines politique, financier, technologique et social. Les dirigeants se sont accordés sur des positions communes concernant plusieurs conflits et questions économiques, même si nombre de ces initiatives nécessitent encore d’être développées. (Déclaration finale)
Il s’agissait de la quatrième présidence de l’Inde au sein des BRICS, après celles de 2012, 2016 et 2021. Au cours de cette période, le groupe s’est considérablement élargi : outre ses membres à part entière, il compte désormais 10 pays partenaires, parmi lesquels le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, la Biélorussie, le Vietnam, la Malaisie et le Nigeria. Ce mécanisme élargit les possibilités de coopération tout en maintenant la distinction entre le statut de partenaire et celui de membre à part entière. (Note d’information du gouvernement indien)
Les préparatifs du sommet ont compris plus de 400 événements organisés dans 30 villes indiennes. La déclaration finale a donc rassemblé les travaux menés tout au long de la présidence par les ministres, les banques centrales, les groupes d’experts et les représentants du monde des affaires. (Déclaration finale)
Le poids économique des BRICS est particulièrement visible dans le commerce. S’exprimant le 11 septembre, le ministre indien du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, a déclaré que les exportations de marchandises des pays du groupe étaient passées d’environ 900 milliards de dollars en 2003 à près de 6 000 milliards de dollars en 2024. Leur part dans les exportations mondiales de marchandises a doublé au cours de cette période, pour atteindre près de 24 %. Ces chiffres concernent les exportations vers le marché mondial, y compris vers des acheteurs extérieurs aux BRICS. (The Economic Times)
Les échanges commerciaux entre ces économies ont eux aussi atteint une échelle considérable. Selon une étude de la CNUCED publiée en mars 2026 et portant sur 10 pays, les exportations de marchandises à l’intérieur du groupe ont totalisé 1 170 milliards de dollars en 2024, soit plus de 13 fois leur niveau de 2003. Cela reflète la croissance à long terme des échanges entre les économies étudiées, y compris durant les périodes précédant leur adhésion au groupe. (CNUCED)
La dépendance à l’égard des échanges avec les autres membres varie néanmoins considérablement. En 2024, le Brésil, la Russie et l’Indonésie ont destiné plus de 30 % de leurs exportations de marchandises aux pays des BRICS. L’Iran, l’Éthiopie, la Russie et l’Inde ont, quant à eux, réalisé plus de 40 % de leurs importations de marchandises auprès de ces pays. La Chine est restée le premier exportateur et importateur dans le commerce intra-BRICS. Ces différences permettent de comprendre pourquoi l’intérêt commun pour l’élargissement des marchés coexiste avec des désaccords concernant l’accès aux marchés et la répartition des bénéfices. (CNUCED)
La situation au Moyen-Orient a constitué le principal défi diplomatique du sommet. Les participants sont convenus d’appeler à la plus grande retenue et au règlement des différends par la voie diplomatique. Selon Reuters, parvenir à une position commune a été compliqué par la présence de l’Iran et des Émirats arabes unis au sein des BRICS, compte tenu de leurs relations différentes avec Washington et de l’impact du conflit régional sur les deux pays. Dans le contexte de la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, parvenir à un consensus constituait en soi un résultat politiquement important. (Reuters)
The Indian Express a rapporté que parvenir à un compromis entre les parties iranienne et émiratie avait nécessité près de 100 heures de négociations. Les diplomates indiens ont reçu l’aide de la Chine, de la Russie, du Brésil et de l’Égypte. Cela illustre la difficulté croissante de la prise de décision collective au sein d’un groupe élargi : une crise internationale affecte désormais directement les relations entre ses propres membres. Pour New Delhi, préserver une position commune est devenu l’une des réalisations les plus importantes de sa présidence. (The Indian Express)
La déclaration a également appelé au respect du cessez-le-feu à Gaza et à un accès humanitaire sans entrave, soutenu l’adhésion de la Palestine à part entière à l’ONU et approuvé une réforme du Conseil de sécurité destinée à renforcer la représentation des pays en développement. (Déclaration finale)
Ces accords constituent une base pour poursuivre le travail diplomatique. Toutefois, un appel commun à la paix ne suffit pas à lui seul à mettre fin aux hostilités. La valeur pratique du forum dépendra de la capacité des membres à maintenir les contacts, à proposer des solutions acceptables pour les parties concernées et à contribuer à leur mise en œuvre. C’est là que réside la différence entre l’adoption d’une déclaration et la capacité à influer sur le cours d’un conflit.
Sur le plan de la politique économique, les participants ont plaidé pour un rôle accru des pays en développement au sein du FMI et de la Banque mondiale. Cette approche figurait également dans la déclaration publiée par les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales avant le sommet. Ils ont appelé à des institutions financières internationales plus représentatives et plus responsables, tout en exprimant leur inquiétude face aux restrictions commerciales unilatérales. Pour les BRICS, l’enjeu est leur capacité à peser sur les règles du financement du développement et sur les processus décisionnels. (Reuters)
Concernant les paiements, le paragraphe 90 de la déclaration prévoit la poursuite des travaux sur l’interopérabilité des canaux de paiement et l’utilisation des monnaies nationales dans le commerce et l’investissement. Le document reconnaît les différences entre les approches nationales. Cette formulation ne signifie pas le lancement d’une monnaie unique ni la création d’un système de paiement commun pleinement opérationnel. (Déclaration finale)
Des idées plus ambitieuses ont été présentées lors du forum des entreprises du 11 septembre. Vladimir Poutine a proposé de développer une plateforme d’investissement impliquant le secteur privé. Le président iranien Massoud Pezeshkian a suggéré la création d’une compagnie commune de réassurance des BRICS, dotée d’un capital de 10 milliards de dollars, afin de contribuer à protéger les grands projets et à attirer les investisseurs. Le statut de ces initiatives est important : elles restent à l’état de propositions, et la création des institutions concernées nécessiterait des décisions distinctes de la part des pays participants. (Financial Express)
Le groupe dispose déjà d’une institution financière aux résultats mesurables : la Nouvelle Banque de développement (NDB). Selon la NDB, à la fin de 2025, elle avait approuvé le financement de 139 projets pour une valeur totale de 42,9 milliards de dollars. Son portefeuille couvre l’énergie, les transports, l’approvisionnement en eau, les projets environnementaux ainsi que les infrastructures sociales et numériques. Il s’agit de la valeur cumulée des financements approuvés ; celle-ci ne doit pas être interprétée comme des sommes déjà intégralement versées aux emprunteurs ni comme un nouveau programme annoncé lors du sommet. (Nouvelle Banque de développement)
Une décision prise en juin 2026 illustre l’ampleur de certaines opérations : la NDB a approuvé un prêt pouvant atteindre 1 milliard de dollars pour moderniser les infrastructures urbaines de huit grandes municipalités sud-africaines. De tels programmes montrent comment la coopération financière peut avoir des effets sur la vie quotidienne. Ils offrent également une mesure plus concrète des performances de la banque : la réalisation des projets et l’amélioration des infrastructures dans les pays emprunteurs. (Reuters)
D’autres détails concernant la levée de fonds de la banque ont été rendus publics avant la réunion des dirigeants. Le 8 septembre, la NDB a fixé les conditions d’une émission obligataire de 7 milliards de yuans sur le marché chinois, comprenant une tranche de 5,5 milliards de yuans à trois ans et une tranche de 1,5 milliard de yuans à cinq ans. Le montant cumulé des émissions d’obligations Panda de la banque a ainsi atteint 94,5 milliards de yuans. Cette opération démontre l’existence d’un canal permettant de lever des capitaux dans la monnaie nationale d’un membre des BRICS. (Annonce de la NDB)
Autre résultat concret de la présidence indienne : le lancement du Portail de connaissances BRICS–NDB à Mumbai, le 10 septembre. Il vise à faciliter l’échange de documents techniques et d’expériences entre les groupes de travail et la banque. L’initiative est passée du stade de proposition en février à celui d’approbation par les responsables financiers en août, avant son lancement en septembre. Cette séquence montre comment des accords multilatéraux peuvent se transformer en outils opérationnels. (Nouvelle Banque de développement)
L’agenda technologique a progressé grâce à cinq initiatives proposées par Xi Jinping. La Chine a appelé à une coopération dans les domaines de l’intelligence artificielle open source, de la facilitation du commerce et des investissements, de l’industrie numérique, de la fabrication intelligente et de la formation des talents scientifiques et techniques. Parmi les propositions figuraient une communauté consacrée aux modèles d’IA open source, un partenariat entre zones économiques spéciales, une plateforme cloud numérique et une alliance destinée à former des ingénieurs. Pékin a également annoncé la création d’un forum des BRICS sur le commerce des services pour 2027. (Discours de Xi Jinping)
Ces propositions établissent un lien entre l’agenda technologique, l’industrie manufacturière et le commerce extérieur. L’accès aux logiciels, la formation de spécialistes et l’adoption de normes compatibles pourraient faciliter les projets communs. Leur impact économique dépendra toutefois des conditions de participation, du financement et de la capacité des entreprises de différents pays à utiliser concrètement les nouveaux mécanismes. La simple annonce d’une plateforme ne suffira pas.
L’Inde a mis l’accent sur la résilience face aux crises et sur les solutions pratiques. Narendra Modi a annoncé la création d’un système d’alerte précoce concernant les maladies infectieuses et appelé à traduire les engagements en actions concrètes. Parmi les menaces qu’il a identifiées figuraient les perturbations des chaînes d’approvisionnement ainsi que l’utilisation des technologies et des minerais critiques comme instruments de pression. (Associated Press)
Les documents publiés sous la présidence indienne ont également présenté un réseau de coopération dans le domaine de l’agriculture numérique, des centres d’excellence en agroécologie et un cadre volontaire de coopération logistique. Leurs objectifs comprennent le partage des connaissances, l’utilisation des outils numériques et le renforcement de la résilience de la production. Ces domaines offrent des possibilités de coopération progressive, même lorsque les positions politiques des membres divergent. (Gouvernement indien)
Les discussions bilatérales ont également revêtu une grande importance. Lors de leur rencontre du 12 septembre, Modi et Xi Jinping ont discuté des questions commerciales, de l’élargissement des échanges et du maintien de la paix dans les zones frontalières. Le compte rendu chinois des discussions a souligné que la coopération concernait les intérêts de plus de 2,8 milliards de personnes dans les deux pays. L’ampleur de cette relation explique pourquoi la gestion des différends entre l’Inde et la Chine est importante pour l’ensemble de l’agenda des BRICS. (Ministère chinois des Affaires étrangères)
Lors des discussions entre Modi et Poutine le 11 septembre, les deux parties ont réaffirmé leur objectif de faire passer le commerce russo-indien d’environ 70 milliards de dollars à 100 milliards de dollars d’ici à 2030. Il s’agit d’un objectif bilatéral qui ne doit pas être attribué au groupe dans son ensemble. Il illustre néanmoins la manière dont des objectifs précis de coopération économique peuvent être définis en marge des réunions multilatérales. (Reuters)
La Chine assumera la présidence et accueillera le prochain sommet en 2027. (Déclaration finale)
D’ici là, les résultats de New Delhi pourront être évalués à partir de plusieurs indicateurs pratiques : les progrès réalisés dans les solutions de paiement, la mise en œuvre des projets d’infrastructure, l’accès à la coopération technologique et le maintien des canaux diplomatiques entre les membres. Les échanges commerciaux, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, ainsi que les financements approuvés, d’un montant de plusieurs dizaines de milliards de dollars, témoignent d’une solide base économique. La prochaine étape pour les BRICS consiste à transformer cette interdépendance en une coopération plus résiliente, permettant aux projets conjoints de perdurer malgré les périodes de désaccord politique.
Par Abulfaz Babazadeh