Il y a quelques années encore, la formule SCO+ était perçue avant tout comme un complément diplomatique au sommet principal de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Aujourd’hui, la situation évolue. Ce format élargi acquiert progressivement sa propre logique politique et géoéconomique, devenant une plateforme réunissant des États qui ne sont pas membres de l’OCS mais qui souhaitent coopérer avec ses principales économies et contribuer à l’élaboration de nouvelles règles d’interaction à travers l’Eurasie.
Le sommet de Bichkek, le 1er septembre 2026, a illustré l’ampleur de cette transformation. À la suite de la réunion du Conseil des chefs d’État des pays membres de l’OCS, une réunion SCO+ s’est tenue, réunissant des représentants de 18 États et de sept organisations internationales. Parmi les invités figuraient notamment l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Turquie, la Mongolie, le Laos, le Vietnam, l’Égypte et d’autres pays. La composition même des participants met en évidence un point essentiel : SCO+ dépasse progressivement le cadre qui avait été défini pour l’organisation au moment de sa création.
Au cours du dernier quart de siècle, l’OCS elle-même a connu une profonde transformation. Créée en 2001 comme mécanisme de coopération entre la Chine, la Russie et plusieurs États d’Asie centrale, l’organisation a depuis considérablement élargi ses membres. Elle regroupe aujourd’hui la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Bélarus.
L’OCS cherche clairement à s’élargir, mais cela soulève une question importante : qu’en est-il des États qui ne souhaitent pas, ou ne sont pas en mesure, de devenir membres de l’organisation, mais qui disposent d’un potentiel économique, de transport, énergétique ou politique important pour les États membres de l’OCS ? Le format SCO+ apporte une réponse. Il permet de préserver le noyau de l’organisation tout en élargissant les frontières de la coopération. L’Eurasie est beaucoup plus vaste qu’une poignée de pays, et certains États sont devenus indispensables à cette participation. L’Azerbaïdjan en est un exemple.
Les experts décrivent SCO+ comme une sorte de dimension extérieure de l’organisation.
Il convient de rappeler que lors du sommet de l’OCS de 2025 à Tianjin, en Chine, les partenaires de dialogue avaient été invités à la réunion SCO+, notamment l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Cambodge, les Maldives, le Myanmar, le Népal, la Türkiye, l’Égypte, le Turkménistan et d’autres États. Les dirigeants de l’ONU, de la CEI, de l’ASEAN, de l’OTSC, de l’UEE, de la CICA, de l’ECO et de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures avaient également participé à la réunion. L’invitation d’organisations internationales revêt une importance particulière. Alors que le sommet traditionnel de l’OCS constitue principalement un dialogue entre les États membres, SCO+ évolue vers un dialogue à l’échelle continentale.
Selon les experts, la principale caractéristique de l’Eurasie contemporaine est que les liens économiques et de transport ne correspondent plus depuis longtemps aux frontières des différents blocs politiques. La Chine souhaite accéder aux marchés européens. Les États d’Asie centrale cherchent à diversifier leurs itinéraires de transport. La Russie recherche de nouvelles orientations pour ses relations économiques extérieures. La Turquie renforce sa position de plaque tournante du transit entre l’Asie et l’Europe. L’Azerbaïdjan développe son rôle de plateforme de transport et d’énergie. L’Inde s’intéresse à des routes commerciales alternatives vers l’Europe et l’Asie centrale. L’Iran occupe une position géographique unique entre la mer Caspienne, le golfe Persique, l’Asie du Sud et le Caucase. Dans l’ensemble de l’espace de l’OCS, les intérêts de toutes ces parties convergent et s’entremêlent - un phénomène exceptionnellement rare dans les relations internationales.
Pour l’Azerbaïdjan, l’importance de cette plateforme est particulièrement considérable. Bakou n’est pas membre de l’OCS, mais développe depuis plus d’une décennie des relations avec l’organisation. En 2015, l’Azerbaïdjan a obtenu le statut de partenaire de dialogue de l’OCS et, depuis lors, son engagement avec les États membres de l’organisation s’est considérablement renforcé.
Dans le même temps, la position géographique de l’Azerbaïdjan accroît objectivement son importance pour l’OCS. Le pays se trouve au croisement des intérêts de la Chine, de l’Asie centrale, du Caucase du Sud et de la Turquie. Par conséquent, la participation de Bakou à SCO+ n’est pas seulement une question de protocole ; elle revêt une importance économique concrète - non seulement pour l’Azerbaïdjan lui-même, mais surtout pour ses partenaires. L’un des domaines de coopération les plus prometteurs dans le cadre de ce format est celui des transports, et l’Azerbaïdjan se trouve au cœur de ce réseau.
Prenant la parole lors de la réunion de Bichkek, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré que Bakou, qui avait récemment présidé pendant quatre ans le Mouvement des non-alignés, continuerait à contribuer au renforcement des principes du multilatéralisme dans les affaires internationales. Le président azerbaïdjanais a participé à la réunion SCO+ au palais des congrès Yrys Ordo à Bichkek, le 1er septembre.
Le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a appelé à renforcer le rôle du format SCO+ en tant que plateforme de coopération interrégionale dans les domaines du développement économique, des technologies, de l’adaptation au changement climatique et de la gouvernance mondiale. Il a également proposé de créer, dans le cadre de SCO+, un réseau de partenariat entre les organisations régionales afin de faciliter les échanges d’expérience et de coordonner les approches sur les questions traitées au sein des Nations unies.
Une autre proposition de Mirziyoyev prévoit la création d’une banque ouverte de projets et de technologies interrégionaux couvrant la gestion des ressources naturelles, les énergies vertes, les services numériques et les soins de santé.
Le président iranien Masoud Pezeshkian s’est également prononcé en faveur de l’avancement de ce nouveau format. Selon lui, grâce à sa vaste portée géographique ainsi qu’à son potentiel économique et politique, SCO+ peut jouer un rôle important dans la construction d’un monde multipolaire et faciliter le dialogue entre les pays qui participent activement à la définition du futur ordre international.
Pour les États invités, SCO+ offre la possibilité d’engager un dialogue avec la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, l’Asie centrale et d’autres acteurs majeurs de l’économie eurasienne sans avoir à modifier leur statut actuel en matière de politique étrangère. Il s’agit d’un avantage considérable. Dans le monde actuel, tous les États ne souhaitent pas rejoindre de nouvelles alliances ou de nouveaux blocs. Beaucoup préfèrent mener une politique étrangère à plusieurs vecteurs et participer simultanément à plusieurs formats différents. Le format élargi réunit des États dont les orientations en matière de politique étrangère sont très diverses. De plus, parmi ses participants figurent des pays qui entretiennent des relations étroites non seulement avec la Chine et la Russie, mais aussi avec les États-Unis et l’Europe.
Pour cette raison, transformer SCO+ en un bloc militaro-politique rigide irait à l’encontre de la nature même du format. Sa force potentielle réside dans sa capacité à réunir des États qui ne sont pas nécessairement d’accord sur toutes les questions, mais qui partagent des intérêts communs dans les domaines du commerce, des transports, de l’énergie, des investissements et de la sécurité régionale.
Le sommet de 2026 à Bichkek démontre que ce format n’était pas un simple arrangement diplomatique ponctuel. Il a été maintenu et acquiert un rôle de plus en plus établi au sein du cadre plus large de l’OCS.
L’Eurasie devient progressivement toujours plus interconnectée, et SCO+ est, comme le dit l’expression, arrivé au bon moment.
Par Tural Heybatov