LE "GROUPE D'INITIATIVE DE BAKOU" S'APPRETE A PORTER LA VOIX DES SIKHS SUR LA SCENE INTERNATIONALE

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16 Mars 2026 16:29
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LE "GROUPE D'INITIATIVE DE BAKOU" S'APPRETE A PORTER LA VOIX DES SIKHS SUR LA SCENE INTERNATIONALE

Le Groupe d’initiative de Bakou s’apprête à porter la voix des Sikhs sur la scène internationale

Par Tural Heybatov

L’Azerbaïdjan, qui s’est engagé à lutter contre le néocolonialisme et à défendre les droits des peuples opprimés, affirme poursuivre la mise en œuvre de cet engagement.

Le Groupe d’initiative de Bakou (BIG), en collaboration avec la Fédération sikh, a présenté au Club de la presse de Genève un rapport intitulé « Répression transnationale par l’Inde ». Ce document met en lumière les persécutions transnationales visant la communauté sikh et d’autres groupes ethniques par les autorités indiennes.

La cérémonie de présentation s’est tenue en présence du directeur général du Club de la presse de Genève, ainsi que d’experts en droit international, de défenseurs des droits humains et de représentants de grands médias internationaux, dont la BBC et l’AFP.

Long de 58 pages et fondé sur des éléments factuels, le rapport détaille la répression systématique menée par les autorités indiennes contre les militants sikhs, y compris ceux vivant à l’étranger. Selon le document, les autorités recourent à la violence, à la surveillance, à l’intimidation, aux menaces et à d’autres formes de persécution politique afin de réduire au silence les voix critiques venant de l’extérieur du pays.

Lors de la présentation, des représentants sikhs ayant subi ces persécutions ont partagé leurs expériences personnelles, souvent tragiques, illustrant ce qu’ils décrivent comme une politique délibérée de répression de la part du gouvernement indien, lequel considérerait toute opinion divergente comme hostile. Selon eux, l’objectif de cette politique est d’instaurer un climat de peur et de panique.

Le rapport décrit également en détail les actions de diplomates indiens visant à intimider des militants sikhs vivant au Canada et dans d’autres pays. L’un des exemples les plus choquants cités est l’assassinat de Hardeep Singh Nijjar au Canada il y a trois ans, un événement qui avait provoqué un grave scandale diplomatique. Selon le rapport, les services de renseignement canadiens avaient averti Nijjar d’une menace réelle pesant sur sa vie, sans que cela ne permette d’éviter le drame. Après le meurtre, le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait publiquement affirmé que le gouvernement indien était impliqué dans l’assassinat.

Le 18 juin 2023, Hardeep Singh Nijjar, citoyen canadien, a été tué dans la province canadienne de Colombie-Britannique. Installé au Canada, il poursuivait son engagement pour les droits des Sikhs, ce qui avait suscité la colère des autorités indiennes. Le Canada abrite une importante communauté sikh et est devenu l’un des principaux centres du mouvement en faveur de la création d’un État indépendant appelé « Khalistan ». À la suite du meurtre de Nijjar, Ottawa a accusé le gouvernement indien d’être impliqué et a expulsé un diplomate indien jugé responsable. En représailles, l’Inde a révoqué l’immunité diplomatique de 41 diplomates canadiens et les a expulsés du pays.

Une autre affaire jugée tout aussi choquante concerne le projet d’assassinat visant l’activiste sikh Gurpatwant Singh Pannun aux États-Unis. En novembre 2023, le ministère américain de la Justice a engagé des poursuites dans le cadre d’un complot d’assassinat. Celui-ci aurait été orchestré par des individus liés aux services de sécurité et de renseignement indiens. Un acteur clé de l’affaire, Nikhil Gupta, a plaidé coupable d’avoir participé à l’organisation du meurtre et à des opérations de blanchiment d’argent.

Le rapport indique également qu’au Royaume-Uni la pression exercée sur les militants sikhs s’est récemment intensifiée. Après des manifestations devant l’ambassade d’Inde à Londres, les actions coordonnées avec la National Investigation Agency indienne se seraient multipliées. Les domiciles de dizaines de dissidents sikhs vivant au Royaume-Uni ont été perquisitionnés, et leurs proches ont été impliqués dans des enquêtes. La communauté sikh considère ces mesures comme faisant partie d’un mécanisme plus large de pression et de chantage.

À l’issue de la conférence organisée à Genève par le Groupe d’initiative de Bakou, une déclaration finale a été adoptée. Celle-ci appelle les Nations unies à surveiller étroitement et à enquêter sur les cas de répression transnationale visant les militants sikhs et les communautés de la diaspora. Elle appelle également à soutenir les efforts visant à garantir la responsabilité et la transparence dans les affaires d’intimidation, de menaces, de persécution ou de violence menées au-delà des frontières nationales, et à renforcer la protection internationale des diasporas, des défenseurs des droits humains et des militants politiques.

Les organisations internationales doivent, selon les participants, prendre des mesures concrètes afin de traduire en justice les responsables de ces actes de violence.

Les participants à l’événement de Genève ont remercié le Groupe d’initiative de Bakou pour son soutien dans la mise en lumière de ce qu’ils qualifient de politiques répressives transnationales du gouvernement indien et pour avoir attiré l’attention de la communauté internationale sur ces persécutions.

La conférence de presse, diffusée en direct sur plusieurs plateformes, a par ailleurs été la cible de cyberattaques. La retransmission a été interrompue à plusieurs reprises et la connexion internet sur place a été coupée. Dès lors, selon certains participants, les interrogations portent moins sur les services de renseignement indiens que sur la responsabilité des autorités suisses.

Pour rappel, en janvier dernier, à l’initiative du Groupe d’initiative de Bakou, la première conférence internationale intitulée « Racisme et violence contre les Sikhs et autres minorités ethniques en Inde : la réalité actuelle » s’est tenue à Bakou. À la suite de cet événement, le chef de la Fédération sikh du Canada, Bual Moninder Singh, et sa famille ont commencé à recevoir des menaces de mort. Malgré cela, les représentants sikhs affirment rester déterminés et ne pas envisager de reculer.

En décembre dernier, des militants sikhs et des membres de l’organisation Sikhs for Justice (SFJ) ont organisé des manifestations à Washington, Londres, Toronto, Vancouver, Milan et Melbourne pour protester contre la politique du gouvernement indien. Ils accusent New Delhi d’être impliqué dans les meurtres de l’activiste sikh Hardeep Singh Nijjar et de la personnalité publique bangladaise Osman Hadi, connue pour ses critiques virulentes à l’égard de la politique du Premier ministre Narendra Modi. L’objectif principal de ces manifestations était d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la responsabilité de l’Inde dans ces crimes.

Ces mobilisations, organisées sous le slogan « Le terrorisme transnational de l’Inde – de Dhaka à Washington », ont vu des militants accuser le gouvernement indien de mener des actions de terrorisme politique à l’échelle internationale. Selon eux, sous la direction du Premier ministre Narendra Modi, l’Inde mènerait une politique de répression transnationale destinée à réduire au silence ses détracteurs et à préserver sa sphère d’influence.

Les Sikhs représentent environ 2 % de la population indienne. Malgré ce poids démographique relativement faible, cette communauté joue un rôle important dans la politique, l’armée et l’économie du pays. On estime notamment qu’environ 20 % des effectifs de l’armée indienne sont sikhs. La communauté est réputée très structurée et dispose d’une diaspora influente dans plusieurs pays majeurs, notamment aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

L’histoire des Sikhs est largement marquée par la lutte pour leurs droits. Lors de la partition de l’Inde, ils avaient soutenu le Congrès national indien (INC), espérant que ses promesses de fédéralisme et de protection des minorités seraient respectées. Cependant, ces engagements ne furent pas tenus. Dans le contexte troublé de la partition, les Sikhs furent victimes de violences et près de 40 % de la communauté furent contraints de fuir l’Inde, malgré leur rôle essentiel dans la lutte pour l’indépendance du pays.

Les autorités indiennes ont ensuite cherché à assimiler la communauté sikh et à affaiblir son identité. Cette politique a contribué à radicaliser le climat politique dans la région, qui est devenue un foyer permanent de contestation. En 1973, les Sikhs ont réclamé une autonomie accrue pour leur État, demande rejetée par le gouvernement du Congrès national indien. En 1982, les manifestations ont pris une ampleur encore plus grande, entraînant une répression massive et une forte dérive autoritaire.

Après l’assassinat de la Première ministre Indira Gandhi en 1984, des émeutes anti-sikhes ont éclaté dans plusieurs quartiers de la capitale et dans d’autres villes du pays. Jusqu’à 17 000 personnes auraient été tuées lors de ces violences, et des dizaines de milliers de Sikhs se sont retrouvés sans abri. Des émeutiers ont pris d’assaut des quartiers sikhs, tuant les habitants, détruisant maisons et commerces. Des personnes ont été assassinées dans les rues et certains témoignages évoquent des victimes brûlées vives. La police a été accusée de complicité, et des responsables politiques de haut rang auraient participé à l’organisation des pogroms.

Dans les années qui ont suivi, le gouvernement indien a lancé plusieurs tentatives d’enquête sur ces massacres. Toutefois, les travaux des commissions mises en place n’ont pas abouti à la condamnation des principaux responsables.