LES FRAPPES AU NAKHITCHEVAN POURRAIENT AGITER DES AZERBAIDJANAIS DU SUD

Analyses
6 Mars 2026 13:12
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LES FRAPPES AU NAKHITCHEVAN POURRAIENT AGITER DES AZERBAIDJANAIS DU SUD

Dans une escalade spectaculaire du conflit régional, la neutralité de l’Azerbaïdjan a été mise à l’épreuve lorsque l’aéroport de Nakhitchevan a été visé par des drones et des missiles vers 11 heures, tirs qui auraient été lancés depuis l’Iran. L’attaque, qui a fait des victimes, marque le premier débordement direct de la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis sur le territoire azerbaïdjanais, alors que la confrontation entre dans son sixième jour.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, s’exprimant dans les médias azerbaïdjanais, a assuré que l’Azerbaïdjan n’était pas la cible visée. Mais la frappe soulève des interrogations troublantes : si Bakou s’est délibérément tenu à l’écart du conflit, pourquoi se retrouve-t-il désormais dans sa ligne de mire ? Contrairement aux États du Golfe, où la présence de bases militaires américaines offrait à l’Iran un prétexte affiché pour ses actions, l’Azerbaïdjan n’en abrite aucune. Cet élément fragilise toute justification logique de l’attaque. Au-delà d’une violation du droit international, cette frappe constitue également une rupture des relations de bon voisinage.

L’histoire diplomatique récente souligne d’ailleurs cette contradiction. Après la mort de l’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev s’était personnellement rendu à l’ambassade d’Iran à Bakou pour présenter ses condoléances. Par ailleurs, le poste frontière d’Astara a servi de corridor humanitaire : depuis le 28 février, plus de 1 200 civils, dont 37 ressortissants étrangers, ont été évacués via le territoire azerbaïdjanais. Dans ce contexte, l’attaque a naturellement nourri les doutes de l’opinion publique : si la politique de l’Azerbaïdjan est neutre et humanitaire, pourquoi le pays - et en particulier le Nakhitchevan - devrait-il subir des frappes iraniennes ?

L’expert militaire Adalat Verdiyev a déclaré à Azernews que le ciblage du Nakhitchevan était délibéré et motivé par des considérations stratégiques.

« L’Iran a attaqué pour couper la connexion entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan. L’Azerbaïdjan n’a pas de liaison terrestre avec cette enclave ; elle n’est accessible que par voie aérienne. Durant la première guerre du Karabakh, l’Arménie avait tenté une stratégie similaire, mais elle avait échoué », explique-t-il.

Le Nakhitchevan offre également à l’Azerbaïdjan une frontière terrestre avec la Turquie, ce qui renforce encore son importance stratégique. Le 4 mars, la Turquie elle-même a été visée par un missile tiré depuis le territoire iranien et intercepté au-dessus de l’espace aérien syrien. Bien que Téhéran ait nié toute responsabilité et affirmé que la Turquie n’était pas la cible, l’incident a accru les soupçons quant aux intentions iraniennes.

Selon Verdiyev, l’Iran tenterait de déplacer le champ de bataille hors de son propre territoire en frappant des États neutres.

« L’Iran est au bord de la défaite face aux États-Unis et à Israël. Plutôt que d’affronter directement les porte-avions américains ou les agents du Mossad, il lance des frappes de drones et de missiles contre des pays neutres comme la Turquie et l’Azerbaïdjan. Il existe de nombreuses preuves photographiques et vidéo des dégâts. L’Azerbaïdjan et la Turquie ont tous deux le droit de répondre, mais toute riposte interviendra au moment et de la manière appropriés », affirme-t-il.

Les actions de l’Iran reflètent à la fois une forme de désespoir militaire et un calcul politique. Avec 30 à 40 millions d’Azéris vivant en Iran, le régime fait face à des pressions internes croissantes. Le mécontentement populaire, nourri par la fatigue de la guerre et l’opposition grandissante au pouvoir clérical, s’intensifie. Dans ce contexte, viser l’Azerbaïdjan risque d’aliéner davantage encore la population azérie d’Iran et pourrait s’avérer contre-productif.

Verdiyev est allé plus loin, appelant les Azerbaïdjanais du Sud à se soulever contre le régime clérical :

« La population iranienne doit désormais se dresser contre ce régime déshonorant. Il ne doit plus poursuivre ses activités ; l’État doit être démantelé et les responsables punis », a-t-il conclu.

Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a condamné l’attaque, soulignant qu’elle viole le droit international et contribue à l’instabilité régionale. Il est clair que l’Azerbaïdjan recherche la paix, non la guerre. L’État n’interfère pas dans les affaires intérieures d’autrui et n’entreprend pas d’actions contraires au droit international. Assurer la stabilité et la paix dans la région demeure une priorité fondamentale.

La frappe contre le Nakhitchevan met en lumière la fragilité de la sécurité régionale et les risques de débordement du conflit. En ciblant des États neutres, l’Iran ne fait pas seulement vaciller sa crédibilité diplomatique ; il risque également de provoquer des mesures de représailles de la part de pays qui, jusqu’à présent, avaient évité toute implication directe.

Pour l’Azerbaïdjan, cet incident soulève des questions cruciales sur la viabilité de sa neutralité. Alors que Bakou s’est positionné comme un acteur humanitaire, cette attaque pourrait l’obliger à réviser sa posture sécuritaire. Les prochains jours diront si l’Azerbaïdjan et la Turquie optent pour une riposte militaire ou s’ils continuent de privilégier la voie diplomatique afin de contenir l’escalade.