UBER FILES : MACRON "ASSUME À FOND " AU NOM DE L'EMPLOI

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13 Juillet 2022 18:26
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UBER FILES  : MACRON "ASSUME À FOND " AU NOM DE L'EMPLOI

« Moi je suis extrêmement fier (...), il est très difficile de créer des emplois sans entreprises ni entrepreneurs », « Je le referais demain et après-demain », a assuré le chef de l'État après une visite du site de l'entreprise STMicroelectronics près de Grenoble.

Dans le cadre des « Uber Files », une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber, transmis anonymement au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et à 42 médias partenaires, dont le journal Le Monde qui a révélé l'affaire en France, a conclu à l'existence d'un « deal » secret entre Uber et Emmanuel Macron quand il était à Bercy. Par ailleurs, Mark MacGann, l'ancien lobbyiste en Europe de l'entreprise, à l'époque « conseiller senior du conseil d'administration », avait ensuite contribué en 2016 à lever des fonds pour la campagne du futur président.

Les oppositions ont continué mardi d'accuser le chef de l'Etat d'avoir défendu les intérêts d'Uber à l'époque où l'entreprise développait son implantation en France, alors qu'il était ministre de l'Economie de François Hollande (2014-2016).

Emmanuel Macron « a été payé de ses services », a ainsi estimé mardi sur BFMTV la députée LFI Danièle Obono.

La Nupes va demander une commission d'enquête parlementaire, a de son côté confirmé le patron du PS Olivier Faure.

« Voilà un ministre qui (...) a en douce, en cachette, bâti un deal avec l'entreprise dont tout le monde sait qu'elle a été celle du moins-disant social, qui a été le cheval de Troie de la destruction d'une partie de notre code du travail », a-t-il critiqué sur LCI.

Le Rassemblement national veut, lui, lancer une mission d'information, a annoncé son président Jordan Bardella, qui juge que Emmanuel Macron a été à Bercy « le point d'entrée d'intérêts privés en France ».

« On introduit une espèce d'ambiance qui consisterait à dire que voir des chefs d'entreprise, en particulier étrangers, ce serait mal. Mais je l'assume à fond, et en vous regardant! », a riposté M. Macron. « J'ai vu des chefs d'entreprise, l'horreur! Je les ai vus, ça a toujours été officiel, avec des collaborateurs. J'en suis fier! S'ils ont créé des emplois en France, je suis hyper-fier de cela ».

« Comme le dirait un de mes prédécesseurs, cela m'en touche une sans faire bouger l'autre », a insisté le chef de l'Etat en référence à la fameuse boutade de Jacques Chirac.

« J'ai fait venir des entreprises, j'ai aidé des entrepreneurs français, j'ai surtout aidé des jeunes, à qui on n'offrait pas d'emplois, qui venaient de quartiers difficiles, qui n'avaient pas d'opportunités de job à en trouver pour la première fois de leur vie, et pour des milliers d'entre eux », a plaidé le président Macron.

« Ensuite », a-t-il poursuivi devant les journalistes, « nous avons régulé ces emplois, en fermant, en verrouillant au niveau français et européen. (...) Quand je suis devenu président, on a régulé le secteur sans aucune complaisance. On est le premier pays qui a régulé les plates-formes et ensuite on l'a poussé au niveau européen ».

Le système de VTC qui a fait la fortune d'Uber et d'autres acteurs apparus dans les années 2010 avait suscité à l'époque la fronde des taxis.

« On a aidé les taxis comme pas possible pendant la crise », a assuré mardi M. Macron. « J'ai toujours respecté ce métier-là, mais on avait un système qui était fermé administrativement. On ne donnait pas assez de licences ».

L'argumentation n'a guère convaincu les partis d'opposition, qui pointent du doigt la confusion des genres, et le lien entre l'aise apportée à Uber et le financement de la campagne prsidentielle de Macron

« "Hyper-fier" de piétiner le droit du travail, d'encourager la dérégulation et de soutenir une firme championne de l'évasion fiscale : le Président persiste et signe », a tweeté, le communiste Fabien Roussel.

« Quel scandale ! », s’est exclamé le député du PS Arthur Delaporte, qui se demandent comment « les entreprises du capitalisme mondial qui font de l’optimisation fiscale et paupérisent les salariés aient eu porte ouverte à Bercy ». « Macron, qui est l’ami de la finance, est devenu le lobbyiste d’Uber »,

« On savait que Macron jouait un rôle dans les pratiques tentaculaires de l’entreprise, mais jusqu’où est allé son travail de VRP caché d’Uber ? Quelles ont été les contreparties ? A-t-il fait pression sur l’appareil d’État pour défendre la multinationale ? », se demande également la députée LFI Danièle Simonnet.

Bruxelles sceptique sur le respect des règles du lobbying en France

Dans son rapport annuel sur l'état de droit, qui concerne les 27 pays de l'Union, la Commission Européenne, dans le chapitre consacré à la France, demande à Paris de "garantir que les règles sur les activités de lobbying sont systématiquement appliquées à tous les acteurs concernés, notamment aux plus hautes fonctions de l'exécutif". Selon elle, "un grand nombre de préoccupation persistent" en la matière.

Après le fiasco du Stade de France, l’affaire Abad, et le revers des législatives, le temps est à l'orage pour l'exécutif. De nouveaux dysfonctionnements risqueraient de le placer dans une situation intenanle, contenu de la fragilité de sa majorité parlementaire.