« Une surprise », « une trahison ». La France ne décolère pas après la rupture unilatérale par l’Australie du « contrat du siècle » qui prévoyait la livraison, à l’horizon 2030, de 12 sous-marins « Attak ». Une simple injonction de Joe Biden aura suffi pour que l’Australie dénonce le marché pour acheter du matériel américain.
C’est vrai que c’est à ne rien y comprendre. L’Australie a toujours refusé le nucléaire, qu’il soit civil ou militaire. Les sous-marins français sont diesel-électriques, les sous-marins américains nucléaires. Les sous-marins américains ne sont pas plus performants que les français et sont plus bruyants. Ils sont plus couteux : trois fois plus chers environ, sans compter les colossales indemnités que l’Australie devra verser à la France. L’Australie devra attendre 10 ans de plus pour les recevoir. Quand on sait que la menace chinoise était l’un des arguments avancés par les américains pour pousser les australiens à choisir leur matériel et, note Hervé Grandjean, porte-parole des Armées, "Quand on sait que la Chine construit en trois ans l'équivalent en tonnage de la Marine française, les dix ans de retard que prend l'Australie lui seront extrêmement préjudiciables",
Tout cela met à mal les prétextes invoqués par l’Australie, d’autant que, comme le rapporte Hervé Grandjean, le 15 septembre, soit le jour même de l'annonce de la rupture du contrat, « les Australiens ont écrit à la France pour dire qu'ils étaient satisfaits des performances atteignables par le sous-marin et par le déroulement du programme »,
Après quelques gestes d’agacement, comme le rappel de ses Ambassadeurs, la France paraît avoir plongé sa tête dans le sable et semble ne plus rien voir. « La France et les Etats-Unis s’engagent à restaurer la confiance », c’est tout ce qu’il ressort de la dernière conversation des présidents français et américain. « Ce n’est pourtant pas la chandeleur, mais Macron a appelé Biden, et s’est finalement écrasé comme une crêpe » ironise la journaliste Natacha Polony.
Voilà peut-être ce qu’il en coûte de délaisser sa souveraineté nationale pour s’abandonner aux belles sirènes américaines. Le Général de Gaulle, puis Jacques Chirac l’avaient bien compris, pas leurs successeurs. Sidérés, ceux-ci réalisent qu’Albion ne mérite plus à elle seule l’attribut de « perfide ». Ses héritiers américains ont pris le relais.
En s’enrôlant, par exemple, derrière l’Amérique dans ses croisades anti-russes, anti-turques, anti-chinoises, la France n’est plus l’actrice, mais la spectatrice du temps qui, en passant, ternit son éclat, assèche son esprit, ride son visage. Comprendra-t-elle trop tard que le Nouveau Monde a pris un coup de vieux, et que l’avenir est ailleurs, dans ces régions qu’ici, on se plait à snober ?
Jean-Michel Brun