Il y a quelque temps, la France évoquait la perspective d’une « normalisation des relations » entre Bakou et Paris, après des décennies de profondes tensions entre les deux pays. Cette déclaration faisait suite à la grâce présidentielle accordée, le 23 septembre 2026, par le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev au ressortissant français Martin Ryan, condamné à dix ans de prison pour espionnage. Mais que se passe-t-il aujourd’hui ? La patrie de Napoléon s’en prend une nouvelle fois à l’Azerbaïdjan à coups de déclarations injurieuses. Chaque fois que Bakou fait un pas en avant, Paris en fait deux en arrière.
Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a de nouveau formulé des accusations infondées à l’encontre de l’Azerbaïdjan lors d’une intervention, le 13 octobre, au Forum mondial de l’OCDE sur le renforcement de la confiance et de la démocratie. Ces propos montrent que la partie française peine toujours à renoncer à une rhétorique de confrontation dans ses relations avec l’Azerbaïdjan.
Mais qu’a donc fait l’Azerbaïdjan pour déplaire à cette France si « démocratique » ? Paris accuse injustement Bakou de s’ingérer dans les luttes menées par les populations de Nouvelle-Calédonie et d’autres territoires français d’outre-mer pour défendre leurs droits. Il est toujours plus facile de rejeter la faute sur autrui que de chercher les causes de ses propres difficultés.
Pendant des siècles, la France a compté parmi les plus grandes puissances coloniales du monde. Elle a contrôlé des territoires en Afrique, en Asie, en Amérique du Nord et du Sud, dans les Caraïbes, en Océanie et dans l’océan Indien. La domination coloniale s’est caractérisée par l’exploitation des ressources naturelles, la restriction des droits des populations locales et la répression des mouvements indépendantistes. Si la plupart des anciennes colonies ont accédé à l’indépendance au XXe siècle, les débats sur l’héritage du colonialisme et la persistance de l’influence française se poursuivent encore aujourd’hui.
L’Azerbaïdjan ne prend part à cette histoire qu’à travers les débats internationaux consacrés à l’héritage colonial. Lancée en 2023, l’Initiative de Bakou pour la décolonisation vise notamment à attirer l’attention sur la situation des territoires toujours placés sous le contrôle d’autres États et à défendre le droit des peuples à l’autodétermination.
Mais, chers amis français, depuis quand dire la vérité est-il devenu illégal ? Les responsables français qui invoquent la démocratie, les droits de l’Homme et l’État de droit feraient bien de commencer par veiller à l’application cohérente de ces principes dans les propres politiques de leur pays.
Par ailleurs, la France soutient l’Arménie de manière constante depuis plusieurs décennies. Ce soutien se manifeste par l’appui politique apporté à Erevan, la coopération militaro-technique et les déclarations officielles de Paris sur la situation dans le Caucase du Sud. Bakou a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude, estimant que cette approche compromet la capacité de la France à jouer un rôle de médiateur neutre dans le règlement du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et risque de peser sur les perspectives de paix dans la région.
Pendant de nombreuses années, l’Azerbaïdjan s’est efforcé de bâtir avec la France une relation pragmatique. Paris était perçue non seulement comme une grande puissance européenne, mais aussi comme un possible trait d’union culturel et économique. Les investissements azerbaïdjanais dans l’art et l’architecture français, la coopération avec des entreprises du secteur énergétique et la régularité du dialogue diplomatique témoignaient tous de cette volonté de maintenir un équilibre dans les relations bilatérales.
Pourtant, du point de vue de Bakou, chaque tentative de rapprochement s’est heurtée à un recul français, en particulier après la deuxième guerre du Qarabagh, en 2020, à l’issue de laquelle l’Azerbaïdjan a repris le contrôle de territoires occupés depuis longtemps.
Les prises de position répétées de Paris en faveur de l’Arménie ont progressivement érodé la neutralité autrefois associée à son rôle au sein du Groupe de Minsk de l’OSCE. Les déclarations françaises mettent souvent l’accent sur les griefs arméniens, tout en passant sous silence les destructions subies par les villes et le patrimoine azerbaïdjanais au cours des trois décennies d’occupation.
La tendance persistante de la France à présenter l’Arménie comme une « victime » contraste avec la légitimité internationale croissante de l’Azerbaïdjan. Au cours des trois dernières années, Bakou a participé à des négociations sur la délimitation de la frontière et défendu un programme de paix, notamment avec l’appui d’intermédiaires européens. Même le président français Emmanuel Macron, lors de sa brève rencontre avec le président Ilham Aliyev à Copenhague l’an dernier, a reconnu les progrès accomplis sur la voie de la normalisation.
Plus tôt cette année, le président Ilham Aliyev avait fait part de la volonté de Bakou de réinitialiser ses relations avec la France, après plusieurs années d’escalade des tensions politiques entre les deux pays.
Selon les statistiques du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, les exportations françaises vers l’Azerbaïdjan ont dépassé les 311 millions d’euros en 2025. Les investissements français sont présents de longue date dans le pays. Par ailleurs, l’Université franco-azerbaïdjanaise (UFAZ) a célébré son dixième anniversaire en 2026.
Ainsi, malgré la crise politique, les fondements économiques, éducatifs et institutionnels des relations entre les deux pays demeurent intacts. Tous ces éléments montrent que l’importance de l’Azerbaïdjan pour la France dépasse largement le seul prisme arménien.
Dans ces conditions, une question légitime se pose : dans quelle mesure le désir de normalisation affiché par Paris est-il sincère, si les responsables français continuent de tenir des propos accusatoires alors même que Bakou a pris des initiatives concrètes en faveur du rapprochement ?
Pour l’Azerbaïdjan, il est essentiel que la France considère le Caucase du Sud non pas à travers le prisme de ses préférences politiques et de son soutien historique à Erevan, mais à la lumière des véritables intérêts de la stabilité régionale.
L’attitude de Paris à l’égard de l’Initiative de Bakou pour la décolonisation est tout aussi révélatrice. L’Azerbaïdjan ne saurait être contraint de renoncer aux débats internationaux sur le droit à l’autodétermination au seul motif que cette question déplaît à la France. Si Paris considère véritablement les principes démocratiques comme universels, il est logique d’attendre que le droit des peuples à exprimer leurs revendications politiques bénéficie de la même attention, quel que soit l’endroit où ils vivent.
Bakou a déjà montré qu’il était prêt à prendre des mesures susceptibles d’ouvrir la voie au dialogue. Désormais, beaucoup dépend de la capacité de Paris à répondre à cette volonté par des actes concrets.
Par Ulviyya Poladova