LA FRANCE ET LA TURQUIE BLOQUENT LES EFFORTS DE L’OTAN, QUI SOUHAITERAIT RENFORCER SES LIENS AVEC LES PAYS DU CAUCASE DU SUD

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5 Octobre 2026 11:20
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LA FRANCE ET LA TURQUIE BLOQUENT LES EFFORTS DE L’OTAN, QUI SOUHAITERAIT RENFORCER SES LIENS AVEC LES PAYS DU CAUCASE DU SUD

Une initiative visant à intensifier la coopération de l’OTAN avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan est en train de s’enliser en raison d’un différend entre la France et la Turquie, au moment même où la Russie desserre son emprise sur la région.

Selon trois diplomates de l’OTAN, qui ont demandé à rester anonymes, la France a refusé d’approuver un nouveau programme de partenariat avec Bakou, invoquant notamment l’emprisonnement d’un ressortissant français. En retour, la Turquie a bloqué le renouvellement parallèle du programme de l’Arménie, par solidarité avec son proche allié, l’Azerbaïdjan, ont-ils précisé.

Les deux pays du Caucase cherchent à renforcer leur coopération avec l’OTAN dans les domaines des exercices militaires, de la formation militaire et d’autres secteurs, ont indiqué cinq diplomates de l’Alliance. En conséquence, les deux programmes sont dans l’impasse depuis plus d’un an, ont-ils ajouté.

L’impasse qui dure depuis plusieurs mois au sein de l’OTAN a pris une nouvelle dimension après que la France a bloqué, la semaine dernière, le renouvellement des sanctions de l’UE contre la Russie et les alliés de Vladimir Poutine. Paris n’a levé son opposition qu’après que Bruxelles a supprimé les restrictions visant le milliardaire russo-ouzbek Alisher Ousmanov, ce qui a incité l’Azerbaïdjan à libérer plusieurs prisonniers, dont un ressortissant français.

La France fait désormais face à des pressions pour lever son veto à un renforcement des liens entre l’OTAN et Bakou, après la libération des prisonniers par le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev.

« S’ils ne le lèvent pas, ce ne serait pas une décision politique judicieuse et ils ne se comporteraient pas non plus comme un allié agissant dans l’intérêt de l’Alliance », a déclaré l’un des diplomates de l’OTAN. « Pour l’Arménie, c’est très dangereux - nous pensons qu’il est bon de l’avoir à proximité. »

Un deuxième diplomate de l’OTAN a déclaré : « Il y a de la frustration - cessez d’utiliser l’OTAN pour régler des problèmes bilatéraux. »

L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont tous deux pris leurs distances avec la Russie ces dernières années et cherchent à renforcer leurs liens avec l’Europe. Erevan a suspendu sa participation à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance de défense dirigée par Moscou, a adopté une loi en faveur de l’adhésion à l’Union européenne et fait l’objet de restrictions commerciales et de sévères critiques de la part de Moscou en réaction à cette orientation.

La France entretient depuis longtemps des relations étroites avec l’Arménie, tandis que Bakou s’est appuyé sur son alliance étroite avec la Turquie pour contrebalancer l’influence russe dans la région.

Un responsable turc a déclaré : « La question n’est certainement pas un différend entre la Turquie et la France ou entre la Turquie et l’Arménie », ajoutant : « Nous sommes prêts depuis assez longtemps à approuver ensemble les documents des PIPP de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan… dans le but d’obtenir rapidement l’approbation des deux. »

Les partenariats de l’OTAN - appelés Programmes de partenariat individualisés et adaptés (Individually Tailored Partnership Programmes, ou ITPP) — constituent le principal instrument de l’Alliance pour le dialogue politique et la coopération militaire avec les pays qui n’en sont pas membres. Ils sont renouvelés tous les quatre ans et leur niveau d’ambition dépend de la volonté des pays partenaires de s’intégrer à l’Alliance.

Ce retard a contraint l’OTAN à prolonger temporairement les anciens programmes de partenariat de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, pourtant devenus obsolètes, alors que les négociations sur les nouveaux programmes étaient presque finalisées, ont indiqué trois des diplomates.

Les nouveaux programmes permettraient aux deux pays de participer à des exercices militaires conjoints, renforceraient la formation entre forces armées et intensifieraient la coopération culturelle, allant jusqu’à la mise en place de cours d’anglais locaux, ont-ils ajouté.

Certains craignent que ce retard ne compromette également les efforts de l’Arménie pour se rapprocher de l’Occident, compte tenu des risques pris par Erevan en réorientant sa politique étrangère au détriment de ses liens avec la Russie.

« C’est une source de préoccupation… nous créons des attentes chez certains pays, puis nous ne les satisfaisons pas - ce qui est de nature ensuite à susciter du ressentiment », a déclaré le troisième diplomate de l’OTAN, ajoutant que rapprocher Bakou et Erevan de l’Alliance pourrait contribuer à consolider la paix fragile entre les deux pays.

Maintenant qu’« il y a la paix entre les deux pays, c’est une bonne occasion pour l’OTAN de les pousser davantage de notre côté », a ajouté le diplomate.

La délégation française auprès de l’OTAN a refusé de commenter. Les missions arménienne et azerbaïdjanaise auprès de l’OTAN n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Un responsable de l’OTAN s’exprimant au nom de l’organisation a déclaré que l’Alliance « entretient des relations bien établies avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, fondées sur un dialogue politique et une coopération pratique dans un large éventail de domaines », notamment la planification de la défense, l’éducation et la lutte contre les menaces hybrides. « Nous sommes prêts à faire progresser ces deux partenariats », a-t-il ajouté.

Par Victor Jack