SAUVER LA MER CASPIENNE - ENTRETIEN

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17 Octobre 2026 17:56
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SAUVER LA MER CASPIENNE - ENTRETIEN

Les dirigeants de l’Azerbaïdjan, de l’Iran, du Kazakhstan, du Turkménistan et de la Russie ont abordé, lors du Sommet écologique de la Caspienne, organisé au Turkménistan, le problème de l’assèchement alarmant de la mer Caspienne, le plus grand plan d’eau fermé du monde, dont l’importance est considérable pour l’ensemble de la région.

La situation écologique de la mer Caspienne devient critique

Comme l’a souligné le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev dans son intervention au sommet, le niveau de la mer Caspienne baisse depuis de nombreuses années. Ces derniers temps, le phénomène s’est nettement accéléré et la situation continue de se dégrader. La superficie du plan d’eau se réduit sensiblement : la surface totale de la mer a déjà diminué de plus de 20 000 kilomètres carrés. Si la tendance actuelle se poursuit, les conséquences pourraient être catastrophiques. Car le problème de l’abaissement du niveau de la Caspienne ne se limite pas à ses seules dimensions écologiques.

« La baisse du niveau de la mer touche directement les intérêts de nos États. Elle affecte la vie des populations des régions côtières, l’économie et les transports. Nous constatons le recul du littoral, la transformation des écosystèmes ainsi que des difficultés dans le fonctionnement des ports et d’autres infrastructures côtières. En raison de la baisse du niveau de la mer Caspienne, quelque 30 000 hectares de terres ont émergé dans la seule partie azerbaïdjanaise de la Caspienne », a déclaré le président Aliyev.

De fait, la situation écologique de la mer Caspienne devient critique. Un écosystème unique est en train de disparaître, la population de phoques de la Caspienne diminue, la navigation et la pêche sont affectées, tandis que des ports cessent leurs activités, avec des répercussions négatives sur l’économie des villes côtières.

Depuis le milieu des années 1990, le niveau de la Caspienne baisse en moyenne de 10 centimètres par an. Au cours des dernières décennies, il a diminué de près de trois mètres, passant, en 2025-2026, sous le niveau historiquement bas enregistré en 1977.

Dans ce contexte, le sommet organisé à Türkmenbachy suscite l’espoir de voir enfin les efforts destinés à sauver la Caspienne sortir de l’impasse.

Rovshan Abbasov, spécialiste des questions environnementales, souligne que l’un des principaux résultats du sommet de Türkmenbachy a été l’adoption de la proposition de l’Azerbaïdjan visant à créer une commission intergouvernementale consacrée à la baisse du niveau de la mer Caspienne, au niveau des vice-Premiers ministres.

« Cette commission devra déterminer les causes de l’abaissement du niveau de la mer et élaborer un ensemble de mesures pour y remédier. À l’avenir, le Sommet écologique de la Caspienne pourrait éventuellement se transformer en une plateforme de coopération permanente », a indiqué l’expert.

Selon lui, deux facteurs principaux expliquent la baisse du niveau de la Caspienne : les changements climatiques mondiaux et l’activité humaine, notamment les prélèvements d’eau excessifs et croissants dans les fleuves qui se jettent dans la mer.

Rovshan Abbasov :

« L’assèchement de la mer et la désertification qui en découle sont devenus parmi les menaces environnementales et socio-économiques les plus graves de la région. Le recul de la mer transforme radicalement le mode de vie dans l’ensemble du bassin caspien. La baisse du niveau de l’eau perturbe l’équilibre des écosystèmes côtiers. Une grave pénurie d’eau touche toute la région. Or, toutes les villes, grandes et petites, s’approvisionnent en eau à partir des fleuves qui se jettent dans la Caspienne.

Une rénovation en profondeur des réseaux d’alimentation en eau des villes est indispensable. À titre d’exemple, presque tout le réseau de distribution d’eau de Bakou passe sous terre par d’anciennes canalisations métalliques, qui présentent de nombreuses fuites », souligne l’expert.

À ses yeux, les pertes d’eau sont également considérables lorsque l’eau des fleuves est utilisée pour irriguer les terres agricoles et répondre à d’autres besoins du secteur agricole.

« Tous les pays riverains de la Caspienne doivent adopter des techniques d’irrigation modernes, conçues pour économiser l’eau et réduire les coûts, notamment l’irrigation au goutte-à-goutte et l’irrigation souterraine. Cela nécessite des investissements importants dans les bassins de la Volga, de l’Oural et de la Koura », précise-t-il.

Selon l’expert, la première mission de la commission intergouvernementale sera d’élaborer un plan d’action destiné à empêcher que le niveau de la Caspienne ne continue de baisser.

« Cette feuille de route doit constituer un dispositif durable, assorti d’échéances précises. C’est un travail complexe, qui nécessitera le concours de spécialistes internationaux. Parallèlement, il faudra élaborer un plan d’adaptation locale, dans le cadre d’efforts et d’actions communs », explique-t-il.

Rovshan Abbasov souligne également que la baisse du niveau de la Caspienne est étroitement liée à la succession de réservoirs construits sur le principal fleuve qui l’alimente : la Volga.

« Les autorités russes pourraient déverser dans la Caspienne une petite partie de l’eau stockée dans ces réservoirs. Même si l’effet resterait limité, cela pourrait contribuer à améliorer quelque peu la situation. Le problème, toutefois, est que ces réservoirs sont intégrés à l’économie russe : ils jouent un rôle dans l’agriculture, la navigation, la production d’électricité, entre autres activités.

La superficie totale des réservoirs en Russie dépasse 30 000 kilomètres carrés. Il va de soi que si ne serait-ce qu’un tiers de cette eau avait rejoint la Caspienne, nous ne serions pas confrontés à une situation aussi dramatique.

Il est possible que la Russie accepte de libérer un certain volume d’eau dans la Caspienne. Mais, dans les conditions actuelles, il faudra s’attaquer au recul du niveau de la mer en économisant l’eau des fleuves, en réduisant les surfaces d’évaporation et en prenant d’autres mesures de ce type. J’espère qu’un objectif stratégique sera adopté — par exemple, relever le niveau de la Caspienne d’un demi-mètre par rapport à son niveau actuel d’ici à 2040 — et que les travaux nécessaires pour atteindre cet objectif seront clairement définis », estime-t-il.

Quant à l’influence du réchauffement climatique sur la baisse du niveau de la Caspienne, cette question devra être traitée dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, adopté le 12 décembre 2015 lors de la 21e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, à Paris.

Tous les pays riverains de la Caspienne ont pris des engagements en matière de réduction des émissions, de neutralité climatique et d’adaptation aux conséquences négatives du changement climatique, entre autres.

Par Jeyhun Nadjafov