Cette nuit-là, les forces arméniennes pénétrèrent dans Khodjaly, une petite ville du Karabakh. Ils y massacrèrent 613 habitants, dont 106 femmes, 63 enfants et 70 personnes âgées. La plupart d'entre eux furent abattus à bout portant, scalpés, brûlés vifs, eurent les yeux crevés, les doigts tranchés, ou furent décapités. Les assaillants s’acharnèrent sur une femme enceinte dont ils transpercèrent le ventre à coups de baïonnette. Ceux qui échappèrent aux tirs empruntèrent le « couloir libre », créé par les forces armées arméniennes, soi-disant pour permettre aux habitants de d'échapper. En réalité, ceux-ci furent pris dans un guet-apens et assassinés.
D’autres cherchèrent à s’enfuir par la forêt, et moururent de froid. Il faisait -10 °C. Les survivants atteignirent la ville d’Aghdam, rasée par la suite par les occupants arméniens. Dans la mosquée transformée en morgue, certains y retrouvèrent les dépouilles de leurs proches parmi les corps que les volontaires de la Croix-Rouge, découvrant les horreurs perpétrés par les Arméniens, avaient recouvert d’un linceul.
1 275 personnes furent faites prisonnières, certaines d'entre elles furent abattues.
Ce mercredi 26 février 2025, cela fait maintenant 33 ans exactement que ce massacre a eu lieu. Au Centre culturel de l’Azerbaïdjan à Paris, c’est un rescapé de l’holocauste de Khodjaly qui prend la parole. Shahsuvar Mirzayev avait alors 14 ans : « peu avant 21h, la ville a été attaquée, des coups de feu provenaient de partout et s'intensifiaient à chaque instant. Les maisons étaient incendiées. Les habitants couraient dans toutes les directions, on entendait des cris, hurlements, tout le monde était terrorisé, c'était le chaos. La situation de Khodjali était de plus en plus désespérante, car elle était encerclée par les soldats arménienne. Nous devions aller vers le sud et traverser le fleuve glacé. Nous étions tous trempés, peu habillés et nous avions froids, Nous étions une vingtaines de personnes lorsque nous nous sommes dirigés vers une petite foret vallonnée et peu épaisse. Au-dessus de nos têtes, il y avait des tirs de mitrailleuses qui nous prenaient pour cible sans jamais s’arrêter. Nous nous sommes tous dispersés et j'ai été séparé des membres de ma famille, je me suis retrouvé seul, au milieu des gens blessés et tués. Il y avait des cadavres partout. Il fallait courir, mais où aller et surtout comment ? J’étais fatigué, mort de froid, je ne sentais plus mes pieds, j'étais épuisé, tétanisé.
Au petit matin, j'ai vu une femme gisant au sol, morte depuis un moment, avec dans ses bras un bébé qui tétait au seins de sa mère, comme s'il voulait s'accrocher à la vie. Je me demande comment l'aider, car moi-même j'étais perdu, J’ai eu l'occasion de croiser ce bébé quelques années plus tard, c'est devenu une magnifique adolescente qui marche déjà dans les pas de ses parents
Dans cette nuit tragique, trois membres de ma famille, qui étaient à mes côtés quelques heures auparavant, ont trouvé la mort. Elle a laissé derrière elle une plaie béante dans nos cœurs. »
« Le massacre de Khojaly est une violation flagrante non seulement de la Loi azerbaïdjanaise, mais aussi du droit international et humanitaire, notamment des conventions de Genève de 1949 et de leurs protocoles additionnels, ainsi que la Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU de 1948 » a rappelé l’ambassadrice d’Azerbaïdjan en France, Madame Leyla Abdullayeva, Pourtant, bien que cet événement reçut à l’époque une importante couverture médiatique internationale, bien qu’il ait été officiellement reconnu par les parlements de 17 pays, les 24 États américains et 2 organisations internationales, il semble aujourd’hui avoir été effacé des mémoires.
« Le monde est resté sans réaction lorsque le cerveau de ce massacre est devenu président de la République d'Arménie » regrette l’ambassadrice. « L’ancien président arménien est cité dans le livre Black Garden de Thomas de Waal, comme ayant déclaré "Avant Khodjaly, les Azerbaïdjanais pensaient que on plaisantait et que les Arméniens étaient des gens qui ne lèveraient pas la main contre la population civile. Nous avons pu briser ce cliché". »
C’est aux déchirants accents de la flûte d’ Agharahim Gouliyev et devant les toiles réalisées par le peintre Rovchan Nur en hommage aux victimes de Khodjaly que s’est achevé cet émouvante cérémonie mémorielle.
« Je suis contre l'injustice, et contre la guerre, que ce soit dans mon pays ou n’importe où dans le monde.
Je fais ce témoignages d'aujourd'hui, afin que les futures générations se souviennent de ce que nous avons vécu" a conclu Shahsuvar Mirzayev .
Pour qu'on n'oublie pas. Pour que personne n'oublie.
Le film de la commémoration, par Maya Baghirova :
Reportage sur Khodjaly :