Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš s’est rendu au Kazakhstan dans le cadre de sa tournée dans des pays hors d’Europe, illustrant la volonté croissante de Prague de trouver de nouveaux relais économiques en dehors de l’Union européenne.
La visite de Babiš à Astana, accompagné d’une délégation d’environ 50 grandes entreprises, marque l’entrée des relations tchéco-kazakhes dans une phase plus concrète. Les discussions portent principalement sur l’énergie, la coopération industrielle, les transports et les nouveaux investissements. Plus largement, ce déplacement reflète non seulement un agenda bilatéral, mais aussi la stratégie plus vaste de la Tchéquie visant à diversifier ses approvisionnements en matières premières et à renforcer sa présence en Asie centrale.
Les bases économiques de cette stratégie sont déjà établies. Selon les estimations kazakhes, les échanges commerciaux bilatéraux ont dépassé 1,5 milliard de dollars, pétrole compris. Hors pétrole, le commerce a progressé de 13 %, atteignant environ 700 millions de dollars. À titre de comparaison, les importations tchèques en provenance du Kazakhstan en 2025 ont été estimées à environ 1,02 milliard de dollars, tandis que les exportations tchèques ont atteint 855 millions de dollars. Ces chiffres témoignent d’une croissance régulière et d’un élargissement progressif de la structure des échanges.
L’énergie demeure le principal moteur de cette relation. Le Kazakhstan figure parmi les principaux fournisseurs de pétrole de la Tchéquie, avec plus d’un million de tonnes livrées chaque année via la route Trieste-TAL. L’uranium constitue un autre pilier, tout comme la coopération entre Kazatomprom et ČEZ, de plus en plus perçue comme un élément de l’agenda européen de sécurité énergétique. Dans ce contexte, l’insistance de Babiš sur la nécessité de sécuriser des fournisseurs stables de pétrole et de gaz apparaît moins comme un message diplomatique que comme une stratégie pragmatique.
Cependant, la visite montre également que les relations dépassent désormais le simple cadre des matières premières. Environ 200 entreprises à capitaux tchèques sont actives au Kazakhstan, tandis que les investissements tchèques cumulés dépassent 350 millions de dollars. Rien qu’en 2025, les flux bruts d’investissements directs tchèques ont augmenté de 39 %, atteignant 59 millions de dollars. Cela traduit non seulement une intensification des échanges, mais aussi une présence industrielle croissante.
La localisation industrielle constitue un autre axe majeur. Les discussions avec Skoda Transportation sur la modernisation des transports urbains à Astana et Almaty, les projets liés à Kazakhstan Temir Zholy ainsi que les échanges avec Czechoslovak Group dans le secteur de l’industrie de défense témoignent d’une volonté d’approfondir la coopération industrielle. Les six accords signés lors du forum économique représenteraient, selon les participants, plusieurs dizaines de millions de dollars.
La logistique apparaît également comme un signal important. La hausse de 18 % des volumes de fret ferroviaire au premier trimestre 2026, combinée à l’intérêt tchèque pour le corridor transcaspien, montre que le Kazakhstan est perçu non seulement comme un marché, mais aussi comme une plateforme de transit. Pour Prague, cela ouvre un accès à des chaînes d’approvisionnement eurasiatiques plus larges.
La technologie s’est par ailleurs imposée comme un nouveau domaine de coopération. Les entretiens entre Babiš et le Premier ministre kazakh Olzhas Bektenov ont porté sur la numérisation, les GovTech, l’intelligence artificielle et la transformation des minerais critiques. Cette évolution élargit la relation au-delà du commerce traditionnel et s’inscrit dans la volonté du Kazakhstan de diversifier son économie hors du secteur extractif.
Les perspectives des relations tchéco-kazakhes semblent stables et pragmatiques. Leur principal atout réside dans la complémentarité des deux économies : le Kazakhstan apporte ses ressources et un marché en expansion, tandis que la Tchéquie fournit technologies, équipements et savoir-faire industriel. À l’avenir, la coopération devrait s’approfondir grâce à une diversification progressive - du commerce des matières premières vers la production conjointe, les plateformes de services et les transferts de technologies.
La Tchéquie semble avoir trouvé au Kazakhstan un partenaire industriel fiable, tandis que le Kazakhstan voit dans la Tchéquie un partenaire européen prêt à investir dans la technologie et les secteurs non liés aux ressources naturelles. La prochaine étape dépendra de la rapidité de mise en œuvre des accords signés et de la capacité des entreprises à s’adapter à un environnement économique mondial en mutation.