Le représentant du président de l’Azerbaïdjan, Elchin Amirbayov, a exposé la position de son pays sur la coopération énergétique avec l’Europe dans un entretien accordé au quotidien italien La Repubblica.
L’échange a porté sur plusieurs questions liées à l’énergie, notamment la capacité du Corridor gazier méridional, la connectivité régionale et la fiabilité de l’Azerbaïdjan en tant que fournisseur énergétique. Selon Amirbayov, il ne s’agit plus seulement d’une relation entre deux pays, mais d’un enjeu concernant l’ensemble de l’Union européenne.
AzerNEWS reproduit l’entretien :
-En 2025, l’Italie a été la principale destination européenne du pétrole et du gaz naturel azerbaïdjanais, et la Première ministre Giorgia Meloni se rendra à Bakou le 5 mai précisément pour discuter des approvisionnements. Envisagez-vous de les augmenter, notamment dans le contexte du blocage du détroit d’Ormuz et de la réduction progressive de la dépendance européenne aux hydrocarbures russes ?
« Nos deux pays sont liés depuis 2020 par un partenariat stratégique multidimensionnel. Cette visite en est la démonstration. Nous estimons qu’il existe un potentiel considérable pour renforcer notre coopération dans de nombreux secteurs, à commencer par l’énergie, où l’Italie demeure notre principal partenaire.
En 2025, l’Azerbaïdjan a fourni 9,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel à l’Italie, qui constitue également la première destination de nos exportations de pétrole brut, sur un total de 12,5 milliards de mètres cubes livrés à dix États membres de l’Union européenne - soit une hausse de 53 % par rapport à 2021.
Malgré la volatilité des marchés et les turbulences géopolitiques, l’Azerbaïdjan reste un fournisseur fiable et responsable. »
-L’Azerbaïdjan serait-il en mesure d’augmenter ses exportations de gaz vers l’Italie même sans modernisation du gazoduc transadriatique (TAP) ? Un doublement de capacité ne serait-il pas nécessaire ?
« La capacité actuelle du Corridor gazier méridional (SGC), dont le TAP fait partie, est entièrement réservée. Il ne s’agit plus seulement d’une question bilatérale avec l’Italie : c’est désormais un sujet qui concerne l’architecture énergétique européenne dans son ensemble.
Une première extension est déjà en cours : depuis janvier dernier, le TAP a ajouté 1,2 milliard de mètres cubes de capacité annuelle supplémentaire, dont un milliard destiné à l’Italie.
Toute augmentation supplémentaire des volumes exportés nécessitera cependant de nouveaux investissements en amont, tant dans le développement des gisements que dans les infrastructures de transport. Ces investissements seraient dans l’intérêt stratégique de l’Union européenne, car ils renforceraient la diversification des approvisionnements, amélioreraient la sécurité énergétique à long terme et réduiraient la vulnérabilité de l’Europe face aux chocs extérieurs. »
-En janvier dernier, en marge de la sixième réunion de la Commission intergouvernementale Italie-Azerbaïdjan, il a été décidé d’adopter un plan d’action pour le développement du partenariat économique bilatéral. Existe-t-il déjà une feuille de route ? Et quels secteurs couvrira-t-elle ?
« La Commission intergouvernementale fournit une orientation stratégique. L’adoption d’un plan d’action servira de boussole au développement du partenariat économique entre l’Italie et l’Azerbaïdjan.
Le plan prévoit 65 événements sur la période 2026-2027 dans 18 domaines prioritaires, parmi lesquels l’énergie, la transition verte, la numérisation, l’investissement, les transports, l’industrie, l’agriculture, la science, l’éducation et la culture.
La feuille de route existe déjà : elle est concrète et ambitieuse. »
-L’Italie est votre principal partenaire commercial et aussi un pays de transit pour vos exportations de gaz vers l’Allemagne et l’Autriche. Quel était l’objectif de votre visite ici ?
« L’objectif est de contribuer à un dialogue politique bilatéral actif et régulier entre nos pays, ainsi qu’à un échange de vues avec nos interlocuteurs sur les principales questions figurant à notre agenda bilatéral, régional et multilatéral, y compris les relations de l’Azerbaïdjan avec l’Union européenne et l’OTAN.
Nous partagerons également notre évaluation de l’état actuel et des perspectives du processus de paix et de normalisation avec l’Arménie, car l’année 2026 pourrait s’avérer décisive pour formaliser la paix et tourner juridiquement la page du conflit précédent.
L’importante visite de la Première ministre Meloni en Azerbaïdjan donne encore davantage de poids à cette occasion de discuter de divers sujets d’intérêt commun. »
-Vous avez également rencontré des responsables au Vatican. Comment évoluent vos relations avec le Saint-Siège ?
« Nos relations avec le Saint-Siège poursuivent une trajectoire ascendante, tant sur le fond que dans leur portée. Elles reposent sur le respect mutuel ainsi que sur un engagement commun et constant en faveur du dialogue interculturel et de la compréhension interreligieuse.
Le dialogue politique de haut niveau entre nos États se poursuit et demeure d’excellente qualité. Cela est dû avant tout à la Fondation Heydar Aliyev d’Azerbaïdjan, qui entretient depuis plus de quinze ans une coopération fructueuse et multidimensionnelle avec le Saint-Siège ainsi qu’avec ses institutions religieuses, scientifiques et académiques.
Nous sommes fiers de notre modeste contribution aux projets de conservation et de restauration de sites religieux et culturels au Vatican, notamment la basilique Saint-Pierre, les musées du Vatican, la Bibliothèque apostolique vaticane et les catacombes.
La coopération s’étend aujourd’hui à des domaines tels que la science, les archives et la santé. Un autre signe important de cette dynamique est la construction à Bakou d’une seconde église catholique dédiée à saint Jean-Paul II, dont l’achèvement est prévu en 2027.
Pris ensemble, tous ces éléments témoignent de l’engagement constant de l’Azerbaïdjan en faveur du multiculturalisme, de la tolérance religieuse et du dialogue entre les civilisations, ainsi que d’une diplomatie fondée sur le respect, l’empathie et la responsabilité. »
-Votre pays entretient des liens sécuritaires étroits avec Israël, tandis que l’Iran accueille une importante communauté d’origine azerbaïdjanaise et constitue une voie essentielle vers l’enclave du Nakhitchevan. La guerre à vos frontières affecte-t-elle vos relations stratégiques avec ces deux pays ?
« Non, l’Azerbaïdjan entretient des relations importantes à la fois avec Israël et avec l’Iran, et notre approche reste mesurée et équilibrée.
Nous soutenons fermement la désescalade et l’engagement diplomatique, et espérons que le cessez-le-feu sera davantage consolidé, réduisant ainsi notamment le risque d’extension du conflit au Caucase du Sud. »
-Existe-t-il des répercussions possibles pour le projet TRIPP (Trump Route for International Peace and Prosperity), promu par le président américain Donald Trump, qui relierait votre pays à l’enclave du Nakhitchevan via le territoire arménien ?
« C’est une source de préoccupation réelle, car toute nouvelle escalade pourrait compromettre le climat politique ainsi que les conditions pratiques nécessaires à la mise en œuvre de projets ambitieux de connectivité régionale et de sécurité énergétique.
Dans le cadre plus large du corridor de Zanguezour, qui relie à la fois l’Azerbaïdjan à l’Arménie et l’Asie à l’Europe, la mise en œuvre du projet TRIPP est cruciale pour renforcer l’actuel esprit de paix dans le Caucase du Sud, et nous espérons que les incertitudes actuelles n’entraîneront pas de retards majeurs. »