Dans quelques jours, cela fera un an que le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président américain Donald Trump ont signé la Déclaration conjointe de Washington, un document destiné à jeter les bases d'une paix durable entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Cette déclaration a été largement considérée comme une avancée diplomatique historique, suscitant l'espoir que des décennies de conflit dans le Caucase du Sud puissent enfin laisser place à une nouvelle ère de stabilité régionale et de coopération.
Cependant, des signatures diplomatiques ne suffisent pas à garantir une paix durable. L'histoire a montré à maintes reprises que les accords de paix ne peuvent réussir que s'ils s'accompagnent d'une véritable volonté politique. Près d'un an après la déclaration, l'optimisme initial a été tempéré par une série de défis politiques, juridiques et géopolitiques non résolus, qui continuent de compliquer le processus de normalisation entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
À ce stade, l'obstacle n'est plus le champ de bataille. Il réside dans un enchevêtrement de différends constitutionnels, de polarisation politique intérieure en Arménie, d'activisme de la diaspora et de survivances d'ambitions géopolitiques qui s'opposent à la logique du règlement de l'après-guerre.
Récemment, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a annoncé que le projet de nouvelle Constitution du pays serait rendu public avant la fin de l'année. Évoquant le calendrier de publication du texte de cette future loi fondamentale, il a précisé qu'il n'était pas encore possible de fixer une date exacte, tout en confirmant que le projet serait publié d'ici la fin de l'année. Malgré ces engagements, aucun projet n'a encore été rendu public et peu de progrès concrets sont visibles dans l'aboutissement de ce processus politiquement sensible.
En outre, une réforme constitutionnelle en Arménie ne relève pas d'une simple décision de l'exécutif. Elle exige un large soutien parlementaire, l'adhésion de l'opinion publique et une gestion d'un paysage politique profondément divisé.
Du point de vue de l'Azerbaïdjan, tant que ces références constitutionnelles demeurent en vigueur, elles créent une incertitude juridique et politique contraire à l'esprit d'un futur traité de paix et pourraient servir de fondement à de nouveaux différends à l'avenir. C'est pourquoi Bakou insiste sur le fait que la question constitutionnelle doit être entièrement réglée avant la signature de l'accord de paix définitif.
À l'issue des élections législatives du 7 juin, le parti « Contrat civil » de Pachinian a conservé sa majorité parlementaire avec 64 sièges. Toutefois, ce résultat reste inférieur à la majorité des deux tiers (70 sièges) requise pour modifier la Constitution. Par conséquent, le gouvernement ne peut procéder seul à une réforme constitutionnelle et doit obtenir le soutien d'autres forces politiques, dont beaucoup demeurent sceptiques, voire ouvertement opposées à une telle réforme. Ainsi, la résistance politique intérieure reste l'un des principaux défis auxquels est confrontée la direction arménienne.
En vertu du droit arménien, tout accord de paix doit être approuvé par la Cour constitutionnelle avant de pouvoir être ratifié. Nikol Pachinian a déjà déclaré que si la Cour concluait que le traité de paix est incompatible avec la Constitution actuelle, il prendrait personnellement l'initiative d'engager une révision constitutionnelle. Cette situation crée un dilemme juridique et politique inédit.
En l'absence d'une réforme constitutionnelle, la Cour constitutionnelle pourrait conclure à l'existence d'incompatibilités entre le traité de paix et la Constitution en vigueur. Dans un tel scénario, la mise en œuvre de l'accord deviendrait juridiquement impossible, malgré l'aboutissement des négociations.
Un gouvernement de la paix, une opposition de la guerre ?
En Arménie, la ligne de fracture entre les partisans de la paix et ceux de la guerre est devenue le principal clivage de la vie politique nationale. Cette lecture a été exprimée avec le plus de clarté par Alen Simonyan, ancien président du Parlement et proche allié de Nikol Pachinian, qui a affirmé que les élections de 2026 offriraient aux électeurs un choix tranché « entre la paix et une guerre possible ».
Les partis d'opposition et divers mouvements politiques continuent de critiquer de nombreux aspects de l'approche du gouvernement à l'égard de l'Azerbaïdjan.
L'opposition politique arménienne demeure fermement opposée au cadre actuel du processus de paix avec l'Azerbaïdjan. Les partis d'opposition ont à plusieurs reprises accusé le Premier ministre Nikol Pachinian de mener une politique de capitulation, de consentir à des concessions unilatérales et de compromettre la sécurité nationale de l'Arménie. Ces accusations ont alimenté la polarisation politique intérieure et compliqué les efforts du gouvernement en faveur de la normalisation des relations avec l'Azerbaïdjan.
Un autre facteur souvent évoqué par les décideurs de la région est l'influence des organisations de la diaspora arménienne.
L'histoire nous enseigne que le lobby arménien et ses soutiens au sein des institutions occidentales ont longtemps constitué des obstacles à la paix. Dès 1992, la tristement célèbre section 907 du Freedom Support Act a privé l'Azerbaïdjan d'une aide américaine, renforçant ainsi l'occupation par l'Arménie de territoires azerbaïdjanais et prolongeant une guerre meurtrière. Aujourd'hui, plusieurs décennies plus tard, les mêmes forces seraient à l'œuvre, déterminées à remettre en cause ce qui est irréversible : le rétablissement par l'Azerbaïdjan de son intégrité territoriale.
Les organisations de la diaspora arménienne, disposant d'importantes ressources financières et animées, selon cette analyse, par une vision révisionniste de l'Histoire, continuent d'encourager Erevan à adopter des politiques de confrontation. Plutôt que de favoriser le rapprochement ou d'investir dans le développement de l'Arménie, la diaspora aurait constamment soutenu la militarisation et l'intransigeance.
En réalité, les organisations de la diaspora, à l'instar de nombreux réseaux transnationaux de plaidoyer dans le monde, sont capables d'influencer le débat public et les discussions sur la politique étrangère. Leur impact sur le processus de paix demeure donc un sujet de débat politique permanent plutôt qu'un fait faisant l'objet d'un consensus.
Cet aspect est important pour le document de paix, car un traité n'est durable que s'il repose sur un consensus politique solide. Si un accord signé est perçu par près de la moitié de l'électorat arménien comme une capitulation imposée sous la contrainte, il restera vulnérable à une remise en cause au moindre changement de conjoncture politique. De ce point de vue, l'exigence de l'Azerbaïdjan d'obtenir des garanties constitutionnelles reflète la reconnaissance du même problème sous un autre angle. En l'absence d'un consensus intérieur arménien en faveur de la paix, une simple signature sur un document pourrait ne pas suffire.
Un document de paix ne peut être dissocié du contexte géopolitique régional dans lequel il s'inscrit. L'un des principaux points de désaccord demeure la volonté de l'Azerbaïdjan de mettre en place le « corridor de Zanguezour », une liaison de transport extraterritoriale traversant le territoire arménien afin de relier l'Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan.
Malgré les désaccords politiques, les considérations économiques constituent l'un des arguments les plus solides en faveur d'une paix durable. Une meilleure connectivité régionale pourrait créer de nouvelles voies de transport reliant le Caucase du Sud à l'Europe, à l'Asie centrale et au Moyen-Orient. Le développement des échanges commerciaux, des investissements dans les infrastructures et du commerce transfrontalier pourrait générer des bénéfices économiques importants tant pour l'Arménie que pour l'Azerbaïdjan.
Les milieux d'affaires privilégient généralement la prévisibilité à l'instabilité. Les investisseurs sont nettement plus enclins à engager des capitaux à long terme lorsque les risques sécuritaires régionaux diminuent. À ce titre, un accord de paix pourrait transformer non seulement les relations bilatérales, mais aussi l'architecture économique plus large du Caucase du Sud.
Près d'un an après la Déclaration conjointe de Washington, les fondements de la paix paraissent incontestablement plus solides qu'ils ne l'étaient encore il y a seulement quelques années. Néanmoins, des obstacles importants subsistent.
Les questions liées à une éventuelle réforme constitutionnelle en Arménie ou à la polarisation politique intérieure continuent d'influencer le rythme du processus de normalisation.
En définitive, le succès ou l'échec de ce processus de paix dépendra non pas du caractère symbolique des cérémonies diplomatiques, mais du respect constant des engagements pris et de la reconnaissance par l'Arménie de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan.
Par Ulviyya Poladova