Les attaques informationnelles visant la raffinerie de pétrole de Koulevi se poursuivent. Le 13 juillet, le quotidien économique allemand « Handelsblatt » a publié un article accusant une nouvelle fois cette raffinerie géorgienne de contribuer au contournement des sanctions contre la Russie, en transformant du pétrole brut russe en essence, gazole et autres produits pétroliers.
Pourtant, la société Black Sea Petroleum, qui exploite la raffinerie de Koulevi, avait déjà annoncé officiellement qu’elle cesserait de traiter du pétrole russe d’ici août-septembre 2026, afin de passer à des approvisionnements en provenance d’autres pays.
Au début de l’année 2026, la Commission européenne avait même envisagé d’inclure le terminal pétrolier de Koulevi dans le 20ᵉ paquet de sanctions contre la Russie. Elle y a finalement renoncé, après avoir reçu des autorités géorgiennes des informations jugées complètes sur le fonctionnement de la raffinerie et du terminal pétrolier. Les nouvelles publications de « Handelsblatt » interviennent toutefois au moment où la Russie est confrontée à une aggravation de sa crise des carburants, provoquée par les frappes de drones ukrainiens contre ses raffineries.
Parallèlement, la situation se détériore en Crimée ukrainienne occupée par la Russie, soumise à ce qui est présenté comme un blocus quasi total de son approvisionnement en carburant et en énergie. Les pénuries de carburant y sont devenues critiques ; dans plusieurs localités, les coupures d’électricité durent plusieurs jours et des interruptions des réseaux de téléphonie mobile ont même commencé dans le nord de la péninsule, notamment à Djankoï et dans ses environs. Selon l’expert militaire russe Maksim Klimov, la situation aurait pu être encore plus grave pour Moscou si l’Ukraine avait attendu que la péninsule soit remplie de touristes avant de lancer une campagne massive de frappes de drones contre la logistique des carburants, les infrastructures énergétiques et les communications. Un tel scénario aurait pu provoquer un mouvement de panique aux conséquences imprévisibles. Kiev a finalement lancé son opération juste avant la saison touristique, compromettant ainsi son déroulement dans les territoires occupés.
Les attaques informationnelles contre la raffinerie de Koulevi se poursuivent donc. L’installation est une nouvelle fois accusée d’aider la Russie à contourner les sanctions en raffinant du pétrole brut russe en essence, gazole et autres produits pétroliers.
Le blocus des carburants imposé à la Crimée occupée pourrait n’être que la première étape d’une opération plus vaste visant à exercer une pression similaire sur l’ensemble du sud de la Russie. Si le conflit ne devait pas être « gelé », l’Ukraine disposerait, selon cette analyse, des moyens nécessaires pour mener une telle stratégie, d’autant plus que l’Union européenne finance la production de drones ukrainiens et lui donne accès à des technologies occidentales.
La crise énergétique oblige déjà la Russie à importer des carburants. Ceux-ci ne proviennent plus seulement de la Biélorussie voisine, mais également de l’Inde, pays vers lequel Moscou a exporté massivement son pétrole brut ces dernières années. Leur acheminement vers la Russie pourrait cependant devenir problématique. Après avoir ciblé en mer d’Azov des navires russes transportant du carburant vers la Crimée, les Forces ukrainiennes des systèmes sans pilote (SBS) auraient étendu leurs opérations à la mer Noire. Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026, au moins vingt pétroliers russes y auraient été touchés. L’essence et le gazole importés risquent ainsi de ne plus parvenir aux ports russes de la mer Noire, surtout si cette campagne se poursuit avec la même intensité que celle menée contre les pétroliers et les ferries qui tentaient de contourner le « blocus des carburants » de la Crimée via la mer d’Azov et le détroit de Kertch.
La perspective d’un blocus généralisé des approvisionnements en carburant dans le sud de la Russie est donc présentée comme crédible. Une issue potentielle existerait toutefois : acheminer les carburants importés par voie maritime jusqu’aux ports géorgiens, puis les transporter à travers le territoire géorgien vers le Caucase du Nord. Théoriquement, cette route permettrait d’atténuer la pénurie d’essence en Russie. Les produits raffinés à Koulevi pourraient également être redirigés vers le marché russe.
À l’Ouest, on mesurerait parfaitement le potentiel de cette « voie géorgienne » et la possibilité que la raffinerie de Koulevi puisse approvisionner le marché russe. Les menaces de sanctions visant le terminal pétrolier de Koulevi ainsi que les récentes publications consacrées à cette raffinerie auraient ainsi pour objectif d’adresser un avertissement clair aux autorités de Tbilissi : ne pas envisager d’utiliser cette voie de contournement.
Il est également possible que Moscou réfléchisse à un moyen d’obvier à un éventuel blocus des carburants en passant par la Géorgie. En tout cas, le ministère russe des Affaires étrangères a récemment adopté un ton beaucoup plus conciliant à l’égard de Tbilissi. Sa porte-parole, Maria Zakharova, a déclaré que les pays occidentaux tentaient de s’immiscer sans ménagement dans les affaires intérieures de la Géorgie en raison de la politique indépendante menée par ses dirigeants. Selon elle, la volonté des autorités géorgiennes de défendre des intérêts nationaux suscite l’irritation de leurs adversaires étrangers. Elle a également affirmé que le développement souverain de la Géorgie était perçu par Washington et Bruxelles comme un défi direct à leur influence mondiale, ce qui expliquerait le recours à des moyens de pression économiques et politiques contre les autorités géorgiennes.
Pourtant, il y a encore peu de temps, ce même ministère russe des Affaires étrangères exigeait de la Géorgie qu’elle reconnaisse de facto les autorités séparatistes d’Abkhazie et de la région de Tskhinvali, et qu’elle signe avec elles un accord de non-recours à la force. Le retour de cette rhétorique favorable à la Géorgie au sein de la diplomatie russe apparaît donc hautement symbolique et difficilement fortuit. Mais Tbilissi n’a guère d’intérêt à accentuer ses tensions avec les pays occidentaux pour venir en aide à une Russie qui occupe toujours une partie de son territoire et refuse d’aborder la question de leur retrait de ces territoires.
À l’inverse, le Kremlin continue de vouloir faire de l’Abkhazie géorgienne occupée une « station balnéaire modèle », alors que la saison touristique s’annonce décevante en Crimée annexée. Malgré la grave crise des carburants qui touche le territoire russe, l’Abkhazie occupée continue d’être approvisionnée en essence depuis la Russie, donnant l’image d’une véritable « vitrine Potemkine ». Le rôle de « Potemkine » serait joué par Sergueï Kirienko, chef adjoint de l’administration présidentielle russe et responsable des territoires occupés.
Selon des informations circulant sur les réseaux sociaux, des touristes russes quitteraient aujourd’hui l’Abkhazie avec le réservoir de leur véhicule rempli d’essence et de gazole. Une réalité qui aurait semblé inimaginable il y a encore peu et qui, selon cette analyse, montre que si la guerre russo-ukrainienne se poursuit, aucun scénario ne peut être exclu - y compris celui où l’approvisionnement en carburant du sud de la Russie deviendrait fortement dépendant de la Géorgie.
Par Vakhtang Djokhadzé