CINEMA: " DANS LES MONTAGNES-LUI" - UNE ODE COMIQUE AU CAUCASE

Actualités
18 Avril 2026 11:03
60
CINEMA: " DANS LES MONTAGNES-LUI" - UNE ODE COMIQUE AU CAUCASE

Dans son deuxième long métrage, le réalisateur balkar Said Tolgurov ancre le spectateur dans les paysages montagneux à couper le souffle de Kabardino-Balkarie.

Dans les montagnes. Lui (2026) suit deux ethnographes musicaux — Albert (Albert Mamiev) et Eldar (Eldar Hagazheev) — qui se lancent dans une expédition mi-road trip, mi-randonnée, à la recherche du dernier interprète d’une ancienne chanson circassienne.

Après une scène d’ouverture abstraite, la caméra accompagne les deux hommes - incarnés, comme leurs noms l’indiquent, par des amis du réalisateur plutôt que par des acteurs professionnels - jusqu’à un petit village, sans qu’ils soient réellement préparés à ce qui les attend. Vêtus de chemises hawaïennes et l’esprit insouciant, ils tombent des nues en apprenant, à leur arrivée chez le musicien, que « grand-père est parti dans les montagnes pour mourir », comme leur explique sa petite-fille. Son ajout - « il fait ça tout le temps » - ne les rassure guère, mais pose les bases d’une comédie solidement installée.

Profitant d’une belle journée d’été, Albert et Eldar décident de suivre les traces du vieil homme et s’engagent à leur tour dans les montagnes. Leurs tenues improbables ne tardent pas à attirer l’attention d’un véritable randonneur (interprété par Tolgurov lui-même), qui propose de les aider dans leur quête.

À partir de là, le film se déploie au rythme de leur progression, les trois hommes savourant la beauté du paysage tout en s’adonnant à des discussions profondes : que signifie être circassien ou balkar lorsqu’on ne parle pas la langue ? Comment les hommes peuvent-ils préserver leur masculinité à une époque marquée par la baisse du taux de testostérone ? Et en quoi les réseaux sociaux façonnent-ils un monde sans silence, où toute introspection devient impossible ? Malgré ces interrogations parfois ardues, le film conserve un ton léger, notamment grâce aux excentricités du personnage de Tolgurov, que ses compagnons comparent à un azheghafe, figure traditionnelle circassienne capable d’évoluer en dehors des normes sociales.

La randonnée est ponctuée de scènes mettant en avant des musiciens circassiens, esquissant le type de travail collecté par les ethnographes. D’abord déconcertants, ces intermèdes musicaux offrent néanmoins un espace de respiration, permettant de revenir sur les réflexions précédentes tout en explorant les contours d’une culture en pleine renaissance.

Les dernières minutes du film renouent avec l’abstraction de l’ouverture. Cette fois, cependant, les séquences s’étirent peut-être un peu trop, au risque de briser l’élan construit au cours des cent minutes précédentes. Quant à la fin ouverte, elle pourrait laisser certains spectateurs sur leur faim.