Ainsi, officiellement « en raison de conditions météorologiques défavorables », la réunion de la Commission d’Helsinki du Congrès américain, prévue le 28 janvier 2026 et consacrée à l’examen du « durcissement des répressions de la part du Rêve géorgien contre la dissidence », a été annulée. Or, ces mêmes conditions météorologiques n’ont nullement empêché, le 28 janvier 2026, une délégation de collaborateurs du Congrès des États-Unis de se rendre à Tbilissi et de rencontrer la ministre géorgienne des Affaires étrangères, Maka Botchorichvili.
« Les membres de la délégation ont confirmé le soutien bipartisan inconditionnel des États-Unis à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie, soulignant notamment le rôle actif du Congrès américain à cet égard. Au cours des discussions, la délégation a également mis en avant le rôle de la Géorgie tant dans les enjeux politiques et sécuritaires mondiaux que régionaux. La ministre des Affaires étrangères a, de son côté, réaffirmé la volonté et la disponibilité de la Géorgie à renouer ses relations avec les États-Unis et à renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays », indique un communiqué du ministère géorgien des Affaires étrangères.
Lors de la rencontre, une attention particulière a été accordée au rôle de la Géorgie en tant que maillon de liaison régional. Dans ce contexte, le potentiel de transport du Corridor médian a également été abordé. Par ailleurs, la délégation des collaborateurs du Congrès américain a rencontré le chef de l’administration gouvernementale, Levan Jorjoliani, ainsi que des représentants des partis d’opposition pro-occidentaux.
Rappelons qu’en septembre 2025, la Commission d’Helsinki du Congrès américain avait tenu des auditions sur la Géorgie sous un intitulé pour le moins éloquent : « D’un partenaire à un problème : le virage antiaméricain de la Géorgie ». Des représentants de l’opposition géorgienne pro-occidentale y étaient intervenus, dont l’ancienne présidente Salomé Zourabichvili. Les intervenants avaient alors insisté sur la nécessité d’adopter le projet de loi MEGOBARI Act, prévoyant des sanctions à l’encontre des membres du gouvernement géorgien, ainsi que sur une révision complète des relations entre les États-Unis et la Géorgie, incluant l’ensemble des programmes d’aide.
Or, lors de la visite actuelle de la délégation de collaborateurs du Congrès américain, il a au contraire été question de la restauration des relations entre la Géorgie et les États-Unis. Cela alors même que, à la veille de cette visite, des représentants de l’opposition géorgienne exprimaient l’espoir que la réunion annulée du 28 janvier 2026 de la Commission d’Helsinki, tout comme le processus suspendu d’adoption du MEGOBARI Act, seraient relancés.
Entre-temps, ce ne sont pas les prétendues « répressions du Rêve géorgien » qui se sont imposées comme thème central des rencontres entre les collaborateurs du Congrès américain et les représentants de l’opposition géorgienne pro-occidentale, mais bien l’importance du Corridor médian pour la Géorgie et de la « Trump Route ». C’est ce qu’a indiqué l’un des dirigeants du parti d’opposition Lelo — Géorgie forte, Badri Japaridzé, en soulignant l’intérêt croissant des États-Unis pour la Géorgie.
Selon lui, pour la sécurité de la Géorgie et le bien-être du peuple géorgien, il est essentiel que l’accord de partenariat suspendu entre la Géorgie et les États-Unis soit rétabli. Badri Japaridzé a également précisé que les discussions avaient porté sur le projet de corridor de transport « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), ainsi que sur la nécessité de faire en sorte que « la Géorgie ne reste pas en dehors de cette initiative d’une importance capitale ».
« Les États-Unis doivent être impliqués dans le développement des infrastructures clés en Géorgie, en particulier dans la construction et l’exploitation d’un port en eau profonde. Ils doivent garantir que ce corridor sera sécurisé lors de son passage sur le territoire géorgien et que la souveraineté du pays sera protégée. Seuls les États-Unis disposent de la puissance nécessaire pour garantir la souveraineté de la Géorgie », a déclaré Badri Japaridzé.
Aussi les forces intéressées par l’établissement de relations constructives entre Washington et Tbilissi sont-elles parvenues à surmonter l’inertie d’une politique de soutien à une « révolution » et à un changement de pouvoir en Géorgie, politique initiée sous l’administration de Joe Biden. Jusqu’à récemment, aux États-Unis, persistait en effet une inertie significative en faveur de ce que l’on appelait la « lutte révolutionnaire » de l’opposition géorgienne.
Rappelons qu’après l’élection de Donald Trump à la présidence, le 6 mai 2025, la Chambre des représentants du Congrès américain avait voté en faveur de l’adoption du projet de loi MEGOBARI Act, dirigé contre le Rêve géorgien. Toutefois, l’avancée accélérée de ce texte en 2025 avait été bloquée par le sénateur républicain Markwayne Mullin. En août 2025, selon le média The Hill, il était également parvenu à convaincre le chef de la majorité au Sénat, John Thune, de retirer le MEGOBARI Act du paquet de la loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA).
En réaction, une campagne d’information a été lancée contre Markwayne Mullin — ainsi que contre le donateur républicain, le magnat du pétrole Steve Nikandros — par l’intermédiaire de plusieurs médias, dont The Hill, les accusant de soutenir le Rêve géorgien et d’entraver l’adoption du MEGOBARI Act. Toutefois, comme le montrent les événements récents, les adversaires du gouvernement géorgien actuel aux États-Unis ne sont pas parvenus à inverser la tendance générale.
Objectivement, l’administration de la Maison-Blanche n’a pas besoin d’une « révolution » en Géorgie, susceptible de compliquer la promotion des intérêts américains dans la région et de freiner la mise en œuvre du projet « Trump Route ». Tout porte à croire que, de la part de l’appareil du Congrès américain, une « recommandation » sans équivoque a été transmise à l’opposition géorgienne pro-occidentale : mettre un terme à la « lutte révolutionnaire » et se concentrer sur le soutien à la coopération entre les États-Unis et la Géorgie dans le cadre du Corridor médian et du projet « Trump Route ».