Un nouveau document publié à Strasbourg sur les relations arméno-azerbaïdjanaises a suscité de vives réactions à Bakou et à Erevan. Derrière une apparente analyse diplomatique, le texte trahit, selon plusieurs observateurs, une approche biaisée et politisée, alimentée par les réseaux du lobbying arménien en Europe.
Un texte à la tonalité ouvertement partisane
Présenté comme une évaluation des relations entre l’Union européenne, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le document s’attarde longuement sur la situation politique intérieure en Arménie. Il dépeint le Premier ministre Nikol Pachinian comme un dirigeant affaibli, menacé par les élections législatives prévues en juin 2026 et par le référendum constitutionnel censé suivre.
Les rédacteurs s’appuient notamment sur les contre-performances du parti au pouvoir, Contrat civil, lors des élections locales de mars dernier — une interprétation jugée exagérée par de nombreux analystes, qui rappellent que la majorité de la population arménienne continue de soutenir la politique de Pachinian, notamment son engagement en faveur de la paix.
Une tentative d’instrumentalisation du processus de paix
Plus préoccupant encore, le texte européen laisse entendre que toute concession supplémentaire d’Erevan à Bakou dans le cadre de la normalisation pourrait être exploitée par l’opposition arménienne comme une arme politique. Le rapport évoque même la possibilité d’un échec du futur référendum constitutionnel, en cas de boycott orchestré.
Cette analyse alimente l’idée selon laquelle la révision constitutionnelle ne serait qu’une réponse à des pressions azerbaïdjanaises — une thèse que Bakou considère comme infondée et dangereuse pour la stabilité régionale.
Derrière ces formulations, le message politique est clair : fragiliser Pachinian et, par ricochet, freiner le processus de paix qui progresse depuis la signature des accords de Washington du 8 août.
L’ombre du lobbying et des intérêts géopolitiques européens
Selon Bakou, cette initiative du Parlement européen n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une longue série de prises de position partiales de l’UE dans le conflit du Caucase du Sud.
En parallèle, Bruxelles cherche à s’imposer comme médiateur, évoquant sa capacité à « renforcer un processus de paix encore fragile » et à contribuer à la délimitation des frontières entre les deux pays. Une ambition que les observateurs azerbaïdjanais jugent opportuniste, soulignant que l’Union européenne tente avant tout de défendre ses propres intérêts économiques — notamment dans le futur corridor transcaucasien TRIPP, qui pourrait relier l’Europe à l’Asie en contournant la Russie et l’Iran.
Une crédibilité européenne en question
Pour Bakou, la position du Parlement européen est d’autant plus discutable que l’UE a longtemps ignoré les revendications légitimes de l’Azerbaïdjan durant le conflit du Karabakh, adoptant une attitude systématiquement favorable à Erevan.
La mission d’observation européenne (EUMA), déployée en Arménie sous prétexte de garantir la sécurité frontalière, est également perçue comme un instrument de collecte d’informations au profit de Bruxelles — une pratique que Bakou qualifie de « diplomatie du binoculaire ».
Une médiation compromise
Dans ces conditions, la perspective d’une implication réelle de l’Union européenne dans le processus de paix paraît hautement improbable. D’autant que le document du Parlement européen, loin de renforcer la confiance, risque d’affaiblir la position du gouvernement arménien et de compromettre les progrès réalisés entre Erevan et Bakou.
Au moment où le Caucase du Sud entre dans une phase de reconstruction et de coopération, les manœuvres politiques de Strasbourg apparaissent comme un contretemps regrettable.
Pour beaucoup, une conclusion s’impose : si l’Europe veut jouer un rôle utile, elle doit cesser de juger et commencer à écouter — car la paix, ici, ne se décrète pas à distance.