L’ERREUR STRATEGIQUE DE L’INDE DANS LE CAUCASE DU SUD : ENTRE CONFRONTATION ET PRAGMATISME AZERI

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12 Novembre 2025 12:44
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L’ERREUR STRATEGIQUE DE L’INDE DANS LE CAUCASE DU SUD : ENTRE CONFRONTATION ET PRAGMATISME AZERI

Une politique indienne marquée par la méfiance

Pendant la présidence de l’Azerbaïdjan au sein du Mouvement des non-alignés, l’Inde s’est opposée à plusieurs initiatives soutenues par Bakou, notamment à l’adoption d’une déclaration de solidarité après l’attaque contre l’ambassade d’Azerbaïdjan à Londres, ainsi qu’à la création d’une organisation de jeunesse du mouvement. En 2022, New Delhi s’est également prononcée contre la participation de Bakou au sommet des BRICS.

Dans le même temps, l’Azerbaïdjan n’a pas manqué de noter le renforcement de la coopération militaire entre l’Inde et l’Arménie. Entre 2022 et 2023, Erevan a signé avec New Delhi des contrats d’armement dépassant 1,5 milliard de dollars, incluant notamment les systèmes de roquettes Pinaka, les canons ATAGS, les systèmes de défense aérienne Akash-1S et divers équipements antimissiles et antichars.

Enfin, lors d’un sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai à Tianjin, l’Inde s’est opposée à l’adhésion de l’Azerbaïdjan à cette structure régionale.

Une absence de logique stratégique

Ces prises de position sont difficiles à justifier d’un point de vue rationnel. L’Azerbaïdjan n’a aucun différend avec l’Inde, et ses relations étroites avec le Pakistan ne visent pas à s’opposer à une tierce partie. Pourtant, New Delhi semble avoir adopté une ligne de confrontation, privilégiant une politique de soutien à Erevan au détriment de son dialogue avec Bakou.

Or, la nouvelle réalité géopolitique du Caucase du Sud — marquée par la normalisation des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie et le développement de corridors de transport transrégionaux — commence à inciter certains cercles indiens à reconsidérer cette posture.

L’appel à un changement de cap

Dans une analyse publiée par le Vivekananda International Foundation, un think tank indien influent, son directeur Arvind Gupta appelle New Delhi à revoir sa politique à l’égard de Bakou. Selon lui, l’Inde doit reconnaître les transformations majeures à l’œuvre en Eurasie et renforcer ses liens avec des acteurs clés tels que l’Azerbaïdjan, la Turquie, l’Iran et la Russie — notamment dans le cadre du corridor international de transport Nord–Sud et du port iranien de Chabahar.

Gupta souligne également le manque de contacts politiques bilatéraux de haut niveau, malgré une coopération économique et humaine croissante : plus de 240 000 touristes indiens ont visité l’Azerbaïdjan en 2024, et ONGC Videsh, la compagnie pétrolière publique indienne, a investi 1,2 milliard de dollars dans les champs pétrolifères Azeri–Chirag–Guneshli et dans l’oléoduc Bakou–Tbilissi–Ceyhan. Les échanges commerciaux bilatéraux atteignent près d’un milliard de dollars par an.

Pour Gupta, il est temps de relancer les consultations diplomatiques, de réactiver les commissions mixtes et de créer de nouveaux mécanismes de coopération. Un rapprochement avec Bakou et Ankara permettrait à l’Inde de mieux s’intégrer dans la dynamique eurasiatique en pleine mutation.

Bakou reste pragmatique

Face à l’attitude indienne, Bakou a choisi la retenue. L’Azerbaïdjan, fidèle à une diplomatie fondée sur les intérêts plutôt que sur les émotions, se garde de toute réaction excessive. Sa politique s’appuie sur une confiance tranquille : celle d’un pays qui construit, stabilise et relie.

Aujourd’hui, le Caucase du Sud se transforme en espace de coopération et de transit, grâce notamment aux projets initiés par Bakou — le corridor du Milieu reliant l’Europe et l’Asie, ainsi que le corridor Nord–Sud. Ces infrastructures redessinent la carte économique de l’Eurasie. Ignorer l’Azerbaïdjan, c’est désormais se priver d’une participation à ce nouvel ordre régional.

Conclusion : un choix décisif pour New Delhi

L’Inde se trouve à la croisée des chemins : poursuivre une politique de confrontation sans issue, ou reconnaître les réalités géopolitiques nouvelles. L’Azerbaïdjan, quant à lui, reste ouvert au dialogue — à condition qu’il repose sur le respect mutuel et la raison.

Dans la nouvelle Eurasie, ce ne sont plus ceux qui s’accrochent aux rancunes du passé qui gagnent, mais ceux qui bâtissent. Et aujourd’hui, Bakou bâtit — avec pragmatisme et vision.