Dans une interview exclusive accordée au quotidien turc Daily Sabah, M. Rubinyan a souligné : "L'Arménie est prête à normaliser pleinement ses relations, à ouvrir ses frontières et à établir des relations diplomatiques dès aujourd'hui".
La volonté politique de la partie turque est nécessaire, a-t-il dit, affirmant que l'Arménie n'avait pas de conditions préalables.
"Nous avons obtenu les résultats suivants : avec l'ambassadeur (Serdar) Kılıc, nous avons concrétisé notre accord visant à permettre le commerce direct de fret aérien entre nos deux pays. C'est chose faite. Nous avons également commencé à rétablir les vols directs entre Istanbul et Erevan. Mais notre principal accord a été d'ouvrir notre frontière terrestre mutuelle entre la Turquie et l'Arménie aux ressortissants de pays tiers et aux détenteurs de passeports diplomatiques", a expliqué M. Rubinyan.
Il a évoqué qu'un accord sur l'ouverture de la frontière terrestre l'année suivante avait été conclu en 2022.
"De notre côté, nous avons préparé notre infrastructure, nous avons fait les rénovations nécessaires, mais malheureusement cela ne s'est pas produit", a ajouté M. Rubinyan, soulignant que l'Arménie souhaite concrétiser cet accord et attend que la Turquie s'engage plus avant.
La frontière terrestre entre les deux pays n'a été rouverte que brièvement, pour la première fois depuis 30 ans, en février 2023, afin de faciliter le passage de l'aide humanitaire vers les régions turques frappées par le tremblement de terre.
Après la deuxième guerre du Karabakh, qui a débuté entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie en septembre 2020 et a duré 44 jours, la glace a été brisée entre Ankara et Erevan. En décembre 2021, les deux nations ont nommé des envoyés spéciaux pour aider à normaliser les relations et en février 2022, la Turquie et l'Arménie ont repris leurs premiers vols commerciaux après une interruption de deux ans. Serdar Kılıc a été nommé représentant pour le processus du côté turc, tandis que M. Rubinyan a été nommé pour l'Arménie.
Décrivant le processus de normalisation comme "complexe" en raison des nuances historiques et des sensibilités, M. Rubinyan a insisté que le respect des points convenus était vital pour ce processus afin d'établir la confiance entre les deux communautés.
"Néanmoins, nous poursuivons notre processus de normalisation bien que notre dernière réunion officielle remonte à juillet 2022", a ajouté M. Rubinyan, précisant que trois réunions - deux à Ankara et une à Téhéran il y a quelques mois - avaient eu lieu par la suite.
Interrogé sur les raisons du blocage actuel des relations, M. Rubinyan a précisé : "Je peux dire qu'il n'y a pas de statu quo du côté arménien".
"Si la Turquie et l'Arménie font preuve de volonté politique, les autres facteurs ne devraient pas avoir d'importance. En outre, si le processus arméno-turc progresse, il ne fait aucun doute que cela aura une influence positive sur l'évolution de la situation dans le Sud-Caucase et dans l'ensemble de la région, y compris sur le processus de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan", a-t-il prédit.
Niant l'existence d'une quelconque pression extérieure visant à entraver la normalisation des liens entre l'Arménie et Ankara ou Bakou, il a déclaré qu'au contraire, ces processus bénéficiaient d'un soutien international considérable. "C'est l'Arménie qui fait pression sur la communauté internationale pour qu'elle nous facilite la tâche et nous aide à atteindre cet objectif".
L'Arménie souhaite vivement l'ouverture de routes commerciales et la connectivité dans la région, a-t-il poursuivi, rappelant que le Premier ministre arménien Nikol Pachinyan a récemment présenté le projet "Carrefour de la paix" pour contribuer à la prospérité et à la stabilité de la région.
"Nous voulons transformer notre région, le Sud-Caucase, célèbre pour ses conflits de longue date, en un carrefour de la paix. Notre position est très simple et repose sur les principes du droit international. Nous voulons débloquer toutes les communications dans la région, sur la base de la souveraineté, de la juridiction, de l'égalité et de la réciprocité", a-t-il renchéri, précisant que cela s'appliquait également à la route prévue pour relier l'exclave autonome de Nakhitchevan de l'Azerbaïdjan au reste de son territoire.
En ce qui concerne un éventuel rôle de la Russie dans les routes commerciales, M. Rubinyan a souligné que Bakou et surtout Erevan, en tant qu'États souverains, sont capables d'assurer la sécurité de ces routes sur leurs territoires respectifs. "En fait, nous avons créé une unité spéciale au sein du service de sécurité nationale, dont la tâche est de fournir une sécurité supplémentaire pour les communications qui traversent notre pays".
"Le déblocage de la frontière entre l'Arménie et la Turquie présente également un énorme potentiel. Nous avons également une liaison ferroviaire, qui est fermée depuis 31 ans maintenant. Je ne vois pas pourquoi elle devrait rester bloquée".
M. Rubinyan a également évoqué les pourparlers en cours entre Bakou et Erevan. L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont réussi à se mettre d'accord sur les principes de base d'un traité de paix, s'est-il félicité.