Le débat sur le port de vêtements religieux dans les établissements scolaires azerbaïdjanais soulève plusieurs questions à la fois : la liberté de religion, le droit à l’éducation, les exigences relatives aux uniformes scolaires et le caractère laïque des institutions publiques. Pour évaluer la situation avec précision, il importe de distinguer le contenu des réglementations adoptées de leur application dans la pratique, tout en tenant compte de l’expérience d’autres pays.
L’Azerbaïdjan n’est pas le seul pays à majorité musulmane à restreindre le port de signes religieux dans la tenue scolaire. Des exigences similaires existent au Kazakhstan et en Ouzbékistan. Au Tadjikistan, les restrictions sont plus larges et dépassent le seul cadre du système éducatif. Toutefois, l’existence de règles comparables ne signifie pas que les situations juridiques de ces pays soient identiques.
Ce qui a changé en Azerbaïdjan
Le 21 septembre 2026, le Conseil des ministres d’Azerbaïdjan a modifié les exigences relatives à la tenue vestimentaire des élèves dans les établissements publics d’enseignement général. En vertu de cette résolution, les éléments vestimentaires supplémentaires qui compromettent l’uniformité du code vestimentaire scolaire prescrit ou sont incompatibles avec le principe de laïcité de l’enseignement général ne sont pas autorisés. Dans le même temps, les conseils pédagogiques des établissements peuvent autoriser le port de vêtements traditionnels nationaux, ainsi que de certains de leurs éléments, lors d’événements consacrés à l’histoire, à la culture et aux valeurs nationales et spirituelles.
Le mot « hijab » n’est pas explicitement mentionné dans cette disposition. Il est donc plus exact de parler des exigences relatives à l’uniforme scolaire et au caractère laïque de l’enseignement, tout en examinant séparément la manière dont ces règles peuvent s’appliquer aux couvre-chefs religieux.
En juillet 2026, des modifications ont également été apportées à la loi sur l’enseignement général, imposant aux élèves et aux enseignants des établissements publics de respecter les règles vestimentaires. La loi précise que les exigences applicables aux enseignants sont définies séparément. Par conséquent, les règles concernant les élèves de sexe féminin ne peuvent pas être automatiquement étendues aux enseignantes.
Cette distinction revêt une importance pratique. Le signalement d’un refus d’accès aux cours opposé à une élève, une décision concernant une enseignante et le libellé d’un texte réglementaire constituent trois éléments distincts, qui nécessitent chacun une vérification spécifique.
Kazakhstan : des restrictions fondées sur les règles relatives à l’uniforme scolaire
Au Kazakhstan, les exigences obligatoires concernant l’uniforme scolaire sont définies par l’arrêté n° 26 du ministère de l’Éducation et des Sciences, en date du 14 janvier 2016. Ce texte interdit l’intégration, dans l’uniforme scolaire, d’éléments vestimentaires reflétant une appartenance religieuse. Cette disposition sert de fondement aux restrictions visant le port du hijab par les élèves.
L’approche kazakhstanaise est liée au caractère laïque du système éducatif. La règle est formulée de manière à s’appliquer à l’ensemble des confessions religieuses, même si le débat public porte le plus souvent sur le voile islamique.
Les différends concernant son application persistent néanmoins. En septembre 2026, des conflits ont été signalés entre des établissements scolaires et des familles qui contestaient l’obligation faite aux élèves de retirer leur hijab. Ces situations montrent que l’existence d’une règle formelle ne suffit pas, à elle seule, à résoudre les questions relatives à l’accès des enfants à l’éducation ou aux procédures de règlement des désaccords.
Ouzbékistan : les éléments religieux expressément mentionnés
En Ouzbékistan, les règles officielles relatives à la tenue des élèves dans les établissements publics prévoient que ceux-ci ne doivent pas porter de couvre-chef à l’intérieur des bâtiments scolaires, à l’exception de certaines manifestations. Le texte interdit également explicitement l’intégration, dans l’uniforme scolaire, d’éléments reflétant une appartenance religieuse ou confessionnelle. Parmi les exemples cités figurent le hijab, la kippa et d’autres attributs religieux.
Sur le plan de la formulation, les règles ouzbèkes sont plus précises que la résolution adoptée en Azerbaïdjan en septembre 2026 : le hijab y est expressément mentionné. Toutefois, la seule comparaison des textes juridiques ne permet pas d’établir que ces exigences sont appliquées de la même manière dans tous les établissements scolaires.
Pour comparer la situation avec celle de l’Azerbaïdjan, le point essentiel réside dans le mécanisme réglementaire lui-même : les deux pays imposent des exigences vestimentaires dans les établissements publics d’enseignement général.
Tadjikistan : des restrictions qui dépassent le cadre scolaire
Au Tadjikistan, les restrictions visant les vêtements religieux dans les établissements d’enseignement existent depuis de nombreuses années. En 2024, le pays a adopté une législation interdisant l’importation, la vente, la promotion et le port de vêtements considérés comme « étrangers à la culture nationale ». Cette formulation a notamment été appliquée au hijab.
Le cas tadjik se distingue par l’étendue des mesures concernées. Celles-ci relèvent d’une réglementation plus générale de l’habillement, tandis que la résolution azerbaïdjanaise examinée ici s’applique aux élèves des établissements publics.
Pour cette raison, regrouper toutes ces mesures sous l’appellation unique d’« interdiction du hijab » manque de précision. Il convient de préciser le champ d’application de chaque restriction, les personnes concernées et le texte juridique sur lequel elle repose.
Ce que révèle la comparaison
L’expérience de ces trois pays d’Asie centrale confirme que des restrictions visant les vêtements religieux dans les établissements d’enseignement existent également dans des sociétés à majorité musulmane. Les exigences imposées en Azerbaïdjan ne constituent donc pas un phénomène isolé.
Toutefois, la comparaison internationale ne saurait se substituer à l’évaluation d’une mesure particulière. Celle-ci dépend de la clarté des règles, de la cohérence de leur application, de l’existence de procédures de recours et des conséquences éventuelles pour la scolarité des enfants.
Les partisans de ces restrictions considèrent qu’un code vestimentaire uniforme permet de préserver le caractère laïque des établissements scolaires et de maintenir un cadre commun pour les élèves. Leurs opposants invoquent la liberté de religion et soulignent le risque que les différends liés à la tenue vestimentaire entraînent des absences en cours ou des interruptions de scolarité. Ce débat ne peut être réduit à la seule question de l’attitude de l’État à l’égard de la religion.
Dans le cas de l’Azerbaïdjan, la conclusion la plus précise est que le pays a clarifié ses exigences en matière de tenue scolaire en les rattachant aux principes d’uniformité vestimentaire et de laïcité de l’enseignement. Des mécanismes comparables existent au Kazakhstan et en Ouzbékistan, tandis que le Tadjikistan applique des restrictions de portée plus générale.
Toute évaluation plus approfondie de la pratique azerbaïdjanaise dépendra des décisions concrètes prises par les établissements scolaires et des procédures suivies pour les adopter. C’est en tenant compte de ces circonstances, parallèlement au contenu de la législation, qu’il sera possible d’examiner la question sur le fond, sans slogans politiques ni généralisations excessives.