Lorsque les trois pays du Caucase du sud se sont déclarés indépendants de la Russie, le partage des territoires s’est opéré selon les limites administratives antérieures organisées sous la forme de gouvernorats ( préfectures). L’Azerbaïdjan contemporain se formera des gouvernorats d’Elisabethpol (aujourd’hui Gandja) et de Bakou. L’Arménie de l’époque s’est formée, elle, sur la base du gouvernorat d’Erivan. L’une et l’autre de ces pays naissants comportaient de fortes minorités d’Azerbaïdjanais et d’Arméniens sur leurs territoires respectifs. Au moment de la déclaration de son indépendance, l’Azerbaïdjan était en partie occupé dans sa moitié orientale par un gouvernement bolchevique à forte composante d’Arméniens, connue sous le nom de « Commune de Bakou » et dirigée par Stepan Chaoumian, tandis que la partie occidentale s’articulait autour de la ville de Gandja (ex-Elisabethpol), capitale temporaire du nouvel Etat. La première des tâches était donc de réunir ces deux parties. Cette partie orientale autour de Bakou, dirigée par une coalition arméno-bolchevique, s’est caractérisée par des brutalités de nature ethnique contre la population azerbaïdjanaise, allant de l’extermination physique pure et simple au déplacement forcé consécutif à une politique de terreur contre les populations civiles. A Gandja, au contraire, la nouvelle République démocratique d’Azerbaïdjan intégrait dans son Parlement et son personnel ministériel de nombreux Arméniens. Là est la première différence de taille dans la philosophie politique qui animait les deux entités fraîchement formées.
A l'ouest de cette fragile frontière, sur le territoire de la nouvelle Arménie naissante, au contraire, l’attitude des autorités politiques sera marqué par une politique d’exclusion violente de sa population azerbaïdjanaise, encore majoritaire dans de nombreux départements du pays. C’est du sort et du destin de ces populations azerbaïdjanaises sur le territoire nouvellement formé de l’Arménie indépendante qu’il sera question dans la série de trois articles que nous vous proposons aujourd’hui. (NDT).
L'installation des Arméniens sur le territoire de l'Azerbaïdjan du Nord s'inscrit dans un processus de longue durée, amorcé sous le règne de l'empereur Pierre Ier. C'est en effet ce dernier qui fut le premier à considérer les Arméniens sous un angle politique, en soulignant « les avantages qu'offrent les liens moraux unissant les nations chrétiennes à la Russie ».
Lorsque l'Empire russe entreprend la conquête du Caucase du Sud au début du XIXᵉ siècle, il place de grands espoirs dans la population arménienne. Ce choix s'explique avant tout par le fait que les Arméniens, qui constituaient une part importante de la population chrétienne de l'Orient musulman, vivaient principalement sur le territoire de la Perse qadjare, ainsi qu'en très grand nombre dans l'Empire ottoman, principaux adversaires de la Russie dans la lutte pour le contrôle du Caucase.
Il a été conçu une politique de déplacement et réinstallation massive des Arméniens dans le Caucase du Sud qui débute sous le règne de Nicolas Ier, à la suite des guerres russo-persane (1826-1828) et russo-ottomane (1828-1829). Ce projet est mis en œuvre aux dépens des populations turciques musulmanes autochtones et de leurs possessions territoriales. Les Arméniens sont principalement incités à s’établir sur les territoires des anciens khanats azerbaïdjanais d'Erivan et du Nakhitchevan, ainsi qu'au Karabagh.
Les promoteurs de cette politique s'appuient notamment sur les dispositions du « décret suprême » du Sénat du 21 mars 1828, qui stipule : « En vertu du traité conclu avec la Perse le 10 février 1828, nous ordonnons que les khanats d'Erivan et du Nakhitchevan soient désormais désignés, dans tous les actes officiels, sous le nom de région arménienne. » Ainsi, l'objectif principal de la politique coloniale est atteint : créer, sur un territoire conquis, une base de soutien au pouvoir impérial et un avant-poste stratégique destiné à faciliter l'expansion future vers l'Iran et la Turquie, dans une région dont la population, par sa religion, sa langue et son identité ethnique, demeure étrangère à la Russie.
À la suite de la réinstallation massive des Arméniens venus de la Perse qadjare entre 1828 et 1829, 6 946 familles, soit 35 560 personnes, s'établissent en Azerbaïdjan du Nord. Après la signature du traité d'Andrinople entre les Empires russe et ottoman, un nouveau mouvement migratoire est organisé à partir des territoires ottomans. Entre 1829 et 1830 seulement, plus de 14 000 familles arméniennes, représentant plus de 84 000 personnes, sont transférées vers le Caucase du Sud, principalement en Azerbaïdjan du Nord.
La majorité d'entre elles s'installe dans la « région arménienne », c'est-à-dire dans les territoires correspondant aux futurs gouvernorats du Nakhitchevan et d'Erivan. En concentrant les nouveaux arrivants dans ces espaces, la Russie favorise la constitution d'un important foyer de peuplement arménien, notamment sur le territoire du gouvernorat d'Erivan, créé en 1849.
Ce processus de réinstallation se poursuit tout au long du XIXᵉ siècle et jusqu'au début du XXᵉ siècle. Sous l'effet principalement de ces migrations organisées, la population arménienne du Caucase du Sud augmente d'environ un million de personnes en près d'un siècle. La plupart des nouveaux arrivants s'établissent dans le gouvernorat d'Erivan où, selon les données disponibles pour 1917, les Arméniens représentent 669 871 habitants sur une population totale de 1 120 242 personnes, soit 59,8 % de la population.
Le Gouvernement provisoire, arrivé au pouvoir en Russie après la révolution de Février 1917, puis les bolcheviks qui lui succèdent en octobre de la même année, poursuivent dans une large mesure la politique de la Russie impériale concernant la question arménienne. Celle-ci se traduit notamment par des tentatives visant à créer une autonomie arménienne sur les territoires ottomans.
Toutefois, après la signature de l'armistice d'Erzincan entre le Commissariat transcaucasien et le commandement de l'armée ottomane au début du mois de décembre 1917, qui ouvre la voie au retrait des troupes russes du front caucasien, les espoirs arméniens commencent à s'effondrer. L'évolution ultérieure de la situation régionale, et plus particulièrement le traité de Brest-Litovsk signé le 3 mars 1918 entre la Russie et les puissances de la Quadruple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie et Turquie), compromet définitivement le projet de « l'Arménie turque ». L'article 4 du traité prévoit en effet que la Russie « fera tout ce qui est en son pouvoir pour assurer l'évacuation immédiate des provinces de l'Anatolie orientale et leur restitution ordonnée à la Turquie ».
Privés de la perspective de créer leur propre État dans les territoires ottomans après le retrait des forces russes, les milieux politiques arméniens profitent du climat général d'anarchie et d'impunité pour reporter leurs ambitions sur les gouvernorats d'Erivan et d'Elizavetpol, situés en Azerbaïdjan du Nord. Ils disposent alors d'importantes forces militaires.
À la fin de la Première Guerre mondiale, le corps national arménien, constitué de soldats arméniens issus de l'ensemble des fronts russes et renforcé par des volontaires recrutés parmi la population arménienne, comprend une trentaine de bataillons totalisant environ 12 000 hommes. Ces unités, fortes d'une solide expérience militaire, mènent une série d'opérations visant à chasser la population musulmane du gouvernorat d'Erivan.
Selon l'auteur, l'extermination physique de civils, les massacres, les violences, les actes d'intimidation et la propagation de rumeurs destinées à semer la panique sont utilisés afin de contraindre les populations autochtones à quitter des terres où leurs ancêtres vivaient depuis des siècles. Ce processus permettrait, selon cette analyse, la création de zones de peuplement arménien de plus en plus étendues, continuellement renforcées par l'arrivée de réfugiés arméniens venus de Turquie.
Plus tard, l'un des dirigeants du parti Dachnaktsoutioun, O. Katchaznouni, écrira que ces réfugiés « inondaient les districts des Arméniens de Russie par dizaines, voire par centaines de milliers ». Ce flux important est orienté non pas de manière aléatoire, mais concentré dans les régions où existent déjà des noyaux de peuplement : les gouvernorats d'Erivan et d'Elizavetpol, ainsi que le Karabagh, le Zanguezour et les environs du lac Göytcha.
Le commandement militaire du Commissariat transcaucasien informe régulièrement les autorités de la situation critique de la population musulmane du gouvernorat d'Erivan, confrontée à des attaques armées. Dans un télégramme adressé au Commissariat le 30 janvier 1918, le chef d'état-major du front du Caucase, le général Levandovski, fait état d'affrontements sanglants entre musulmans et Arméniens. Il avertit alors : « Si nous ne parvenons pas, dès maintenant, à empêcher ces affrontements sanglants entre les populations musulmane et arménienne dans ce gouvernorat, il est fort probable que ces troubles se propagent rapidement à l'ensemble de la région. »
Le journal Azerbaijan décrit ultérieurement ces événements dans son édition du 25 septembre 1918 :
« Lorsque le retrait de l'armée russe priva les Arméniens de leur principal soutien, on pouvait penser que les Dachnaks réviseraient leur politique et chercheraient à établir de bonnes relations avec les musulmans du Caucase. Il n'en fut rien. Au lieu de rejoindre le front, les unités arméniennes demeurèrent dans le gouvernorat d'Erivan, détruisant des centaines de villages musulmans par le feu des armes, tandis que des réfugiés arméniens étaient installés sur les territoires ainsi vidés de leurs habitants. L'immense district de Surmali est progressivement débarrassé de sa population musulmane. Le Nakhitchevan est ravagé. »
Pour mesurer l'ampleur des opérations visant, selon l'auteur, à expulser la population musulmane du gouvernorat d'Erivan, il suffit d'examiner la Liste des villages musulmans détruits et abandonnés dans le gouvernorat d'Erivan avant mars 1918. Ce document recense 199 villages situés dans les districts d'Erivan, de Surmali, d'Etchmiadzin et de Novobayazet, qui auraient été détruits par des unités armées arméniennes et abandonnés par leur population azerbaïdjanaise.
La question des atrocités commises contre les Arméniens et des violences exercées à l’encontre de la population civile musulmane dans les territoires mentionnés ci-dessus fut soulevée à plusieurs reprises lors des réunions des factions réunies ainsi que de la faction musulmane du Sejm (assemblée) transcaucasien, institué en février 1918 à Tiflis.
Lors de la séance conjointe des factions du Sejm, le 2 mars 1918, les interventions des membres de la faction musulmane - G. Agayev, M. Maharramov, Sh. Rustambayov et M. B. Rzayev - attirèrent particulièrement l’attention sur les violences perpétrées par des groupes arméniens entre le 17 et le 21 février 1918 dans le gouvernement d’Erivan, où 21 villages musulmans furent entièrement détruits.¹²
Le 10 avril 1918, lors d’une réunion de la faction musulmane du Sejm transcaucasien, le député Mir Hidayat Seyidov présenta un rapport sur les derniers événements survenus dans le gouvernement d’Erivan. Il y affirma que les massacres systématiques de musulmans, déclenchés deux mois auparavant, se poursuivaient sans interruption et s’étaient encore intensifiés ces derniers jours, comme en témoignaient les télégrammes récemment reçus.
Selon son rapport, les massacres commis par les unités militaires arméniennes répondaient à un objectif précis : vider le territoire de sa population musulmane afin d’y installer les réfugiés arméniens venus de l’Empire ottoman et de constituer une continuité territoriale destinée à une future Arménie autonome.¹³ Cette politique aurait ainsi posé les bases territoriales de la création du premier État arménien du Caucase du Sud et ouvert la voie à de nouvelles revendications territoriales envers les États voisins.
Pendant toute la durée d’existence du Sejm (du 10 février au 26 mai 1918), les membres de la faction musulmane réclamèrent à plusieurs reprises l’adoption de mesures efficaces pour mettre un terme aux exactions des groupes arméniens contre la population musulmane de Transcaucasie. Toutefois, leurs protestations restèrent sans effet, les factions arménienne et géorgienne disposant ensemble des deux tiers des sièges au sein du Sejm.
Après le partage du Caucase du Sud entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Arménie à la fin du mois de mai 1918, les frontières des nouveaux États furent, dès l’origine, déterminées de manière décisive par des facteurs géopolitiques et militaires extérieurs. Elles furent d’abord fixées dans le cadre des relations avec l’Empire ottoman, puis reçurent une reconnaissance juridique avec le traité de Batoumi signé en juin 1918.
À la suite de cet accord, le territoire de la République d’Ararat comprenait les districts d’Erivan et d’Etchmiadzin, couvrant une superficie totale de 10 000 km² et regroupant environ 400 000 habitants.¹⁴ Entre 1918 et 1920, l’Arménie chercha toutefois à étendre ses frontières en s’appuyant sur le principe de l’occupation effective, dans le but d’exercer son contrôle sur l’ensemble des districts ou portions des gouvernements d’Erivan et d’Elizavetpol limitrophes de la République d’Azerbaïdjan, dès lors qu’ils comptaient une population arménienne, même lorsque celle-ci y était minoritaire.
Au cours des négociations de la conférence de paix de Batoumi, en mai 1918, les chefs des délégations arménienne et azerbaïdjanaise conclurent un accord selon lequel l’Azerbaïdjan ne s’opposerait pas à la proclamation d’Erivan comme capitale de l’Arménie. En contrepartie de ce geste de bonne volonté, l’Arménie renoncerait à ses revendications sur une partie du gouvernement d’Elizavetpol, à savoir la région montagneuse du Karabagh.
Lors de la séance du Conseil national d’Azerbaïdjan (ANC) du 29 mai 1918, H. Khasmammadov, M. Y. Jafarov, A. Sheykhulislamov et M. Maharramov qualifièrent le rapport du Premier ministre de la République d’Azerbaïdjan, F. Kh. Khoyski, concernant la cession d’Erivan à l’Arménie, de « mal nécessaire ». Sur les 28 membres du Conseil, seize votèrent en faveur de cette décision, un s’y opposa et trois s’abstinrent.
Le 1er juin 1918, les représentants du gouvernement d’Erivan au sein du Conseil national - Mir Hidayat Seyidov, Mir Bagir Rzayev et Narimanbay Narimanbayov - protestèrent contre la décision de céder Erivan à l’Arménie. Leur déclaration fut simplement annexée au procès-verbal de la séance, sans être débattue.
Au cours de cette même réunion, il fut décidé d’envoyer une délégation à Erivan afin de traiter les questions liées à la cession de la ville et à l'organisation des secours destinés aux réfugiés. Cette délégation comprenait M. H. Seyidov, M. B. Rzayev et M. Yu. Jafarov.¹⁵
Lors de la séance suivante, le 7 juin 1918, M. B. Rzayev prononça des paroles présentées comme prémonitoires :
« Je suis convaincu qu’aucun d’entre vous ne se rendra dans le gouvernement d’Erivan. Nous, les habitants d’Erivan, nous y retournerons, Seyidov et moi. Mais nous vous demandons une seule chose : une fois votre Azerbaïdjan indépendant établi, n’oubliez pas ceux d’entre nous qui sont restés sur le territoire de la République d’Arménie. »¹⁶
Le 13 juin 1918, Ibrahim Aga Vakilov informa le Conseil de la situation dramatique des 150 000 réfugiés d’Erivan, dispersés dans différents districts. Il expliqua que les épidémies faisaient des ravages parmi eux et que des décès dus à la famine étaient signalés chaque jour. Il insista sur l’urgence de leur fournir des vivres, des vêtements et des articles de première nécessité. À la fin de son intervention, il dressa le bilan des pertes et évoqua la destruction de 206 villages musulmans dans le gouvernement d’Erivan.¹⁷
Le 19 juin 1918, le gouvernement arménien quitta Tiflis pour s’installer dans sa nouvelle capitale. Dans un éditorial publié le 25 septembre 1918, le journal gouvernemental Azerbaïdjan exprimait l’espoir que « maintenant que le centre d’un ancien khanat musulman - la ville d’Erivan - a été cédé aux Arméniens, non sans douleur, les Dachnaks sauront, malgré toutes les difficultés, renoncer à leur hostilité envers les musulmans du Caucase et s’efforcer d’établir avec eux des relations de bon voisinage ».¹⁸
Conformément à l’article 6 du traité de Batoumi signé le 4 juin 1918 avec l’Empire ottoman, l’Arménie s’engageait à garantir la sécurité des musulmans vivant sur son territoire, à assurer leur libre développement, à leur permettre de recevoir un enseignement dans leur langue maternelle et à pratiquer librement leur religion.
Selon le texte, la politique de nettoyage ethnique menée par le gouvernement arménien entre 1918 et 1920 afin d’expulser les Azerbaïdjanais de leurs terres ancestrales eut des conséquences particulièrement dramatiques pour cette population, notamment dans le gouvernement d’Erivan.
D’après le Calendrier du Caucase de 1917, la population azerbaïdjanaise du gouvernement d’Erivan s’élevait à 423 123 personnes, soit 37,7 % de la population totale.¹⁹ Les Azerbaïdjanais formaient la majorité dans trois des sept districts de ce gouvernement : Nakhitchevan (59 %), Sharur-Daralagoz (66,7 %) et Surmali (63,6 %).
En outre, comme indiqué précédemment, avant même la création de la République d’Ararat, des groupes arméniens avaient détruit environ 200 villages azerbaïdjanais dans les districts où les Arméniens étaient majoritaires : Alexandropol (6,7 % d’Azerbaïdjanais), Etchmiadzin (31 %), Novobayazet (23,7 %) et Erivan (45,5 %).²⁰
À la suite de l'offensive victorieuse des troupes ottomanes en mai 1918, une partie importante du gouvernement d'Erivan passa sous leur contrôle. Le traité de Batoumi conclu avec l'Arménie entérina juridiquement la présence des forces ottomanes dans ces territoires.
Après la proclamation de l'indépendance de la République d'Azerbaïdjan, l'Arménie revendiqua plusieurs districts du gouvernement d'Erivan, alors placés sous le contrôle militaire de l'armée ottomane et dont la population musulmane se considérait comme faisant partie de la République d'Azerbaïdjan. Parallèlement, les autorités arméniennes entreprirent de se débarrasser définitivement des musulmans des districts du gouvernement d'Erivan intégrés à l'Arménie.
Dans un rapport adressé le 4 août 1918 au ministre des Affaires étrangères M. Hajinski, le président de la délégation azerbaïdjanaise à Istanbul, M. E. Rasulzadeh, indiquait que l'Arménie poursuivait ses tentatives de réviser le traité de Batoumi en transmettant à Enver Pacha des projets de nouvelles frontières. Ces propositions, accompagnées de cartes et de données statistiques, revendiquaient les sandjaks de Surmali, du Nakhitchevan, d'Akhalkalaki, d'Etchmiadzin et d'Erivan, le district de Borchali aux dépens de la Géorgie, ainsi que les districts de Gazakh, du Karabagh, du Zanguezour et d'Ordoubad aux dépens de l'Azerbaïdjan. Les autorités arméniennes justifiaient ces revendications en affirmant que les Arméniens représentaient prétendument 70 % de la population de ces territoires.¹
Après la défaite de l'Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale, le retrait de ses troupes du Caucase du Sud débuta en novembre 1918. Dès lors, la population musulmane du gouvernement d'Erivan fut de nouveau la cible de massacres perpétrés par les forces armées arméniennes.
Dans une note adressée au gouvernement arménien le 7 janvier 1919, le vice-ministre des Affaires étrangères de la République d'Azerbaïdjan, A. Ziyadkhanov, protesta contre l'occupation par les troupes gouvernementales arméniennes des districts du gouvernement d'Erivan, majoritairement peuplés de musulmans et considérés comme partie intégrante de la République d'Azerbaïdjan. Il indiquait également que 300 musulmans avaient péri noyés en tentant de franchir le fleuve Araxe pour échapper aux attaques arméniennes.²
Dans sa réponse, le ministre des Affaires étrangères de la République d'Ararat, S. Tigranyan, fut contraint de reconnaître des actes de violence de grande ampleur commis contre la population civile musulmane des villages frontaliers, impliquant des officiers et des unités de l'armée arménienne. S'il assura que le gouvernement arménien prenait des mesures pour rétablir l'ordre, sanctionner les responsables, permettre le retour des musulmans dans leurs villages et leur restituer leurs biens,³ les informations en provenance d'Arménie témoignaient d'une réalité tout autre.
Références (traduction des notes)
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Actes de la Commission archéographique du Caucase, Tiflis, 1878, vol. 7, n° 437, p. 437.
-
Un exemple de l'architecture azerbaïdjanaise d'Erivan : « La résidence du khan d'Erivan ». Dessin du prince G. Gagarine. Années 1840.
-
I. Chopin, Monument historique de l'état de la région arménienne à l'époque de son rattachement à l'Empire russe, Saint-Pétersbourg, 1852, p. 539.
-
L'établissement de la domination russe dans le Caucase, sous la direction de V. A. Potto, vol. IV, partie 2, Tiflis, 1908, p. 453 ; N. N. Chavrov, Une nouvelle menace pour la cause russe en Transcaucasie : la vente prochaine des terres du Mougan aux étrangers, Bakou, 1990, p. 64.
-
Le génocide de mars 1918 contre le peuple azerbaïdjanais, en 3 volumes, vol. 2, livre 2, Erivan.
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Documents de politique étrangère de l'URSS, Moscou, 1957, vol. 1, pp. 47-51.
-
G. G. Korganov, La participation des Arméniens à la Première Guerre mondiale sur le front du Caucase (1914-1918), Moscou, 2011, p. 151.
-
O. Katchaznouni, Le Dashnaktsoutioun n’a plus rien à faire, Bakou, 1990, p. 13.
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M. Perinçek, La question arménienne à travers 120 documents des archives d’État russes, Moscou, 2011, p. 154.
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Journal Azerbaïdjan, 25 septembre 1918.
-
Liste des villages musulmans détruits et abandonnés dans le gouvernorat d’Erivan avant mars 1918, in Histoire de l’Azerbaïdjan à travers les documents et les publications, Bakou, 1990, pp. 216-220.
-
İ. M. Musayev, La situation politique dans les régions du Nakhitchevan et du Zanguezour en Azerbaïdjan et la politique des États étrangers (1917-1921), Bakou, 1996, pp. 39-40. Archives d'État de la République d'Azerbaïdjan (ГААР), fonds 970, inventaire 1, dossier 1, folios 26-27.
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13 Archives d’État de la République d’Azerbaïdjan (GAAR), f. 970, op. 1, d. 1, ll. 26-27.
14 Gurko-Kryajine V. La question arménienne. Bakou, 1990, p. 27.
15 GAAR, f. 970, op. 1, d. 1, ll. 51, 52.
16 GAAR, f. 970, op. 1, d. 1, ll. 55, 56.
17 GAAŘ, f. 970, op. 1, d. 6, l. 1.
18 Journal « Azerbaïdjan », 25 septembre 1918.
19 Encyclopédie de la République populaire d’Azerbaïdjan. En 2 volumes, vol. 2. Bakou, 2005, p. 53.
20 Génocide de mars 1918 contre le peuple azerbaïdjanais, en 3 volumes. 2e volume, 2e livre. Erevan.
21 République démocratique d’Azerbaïdjan. Politique étrangère (documents et matériaux). Bakou, 1998, p. 46-49.
22 Journal « Azerbaïdjan », 7 janvier 1919.
23 GAAR, fonds 970, inventaire 1, dossier 41, folio 13.