Il y a quelques jours, le président américain Donald Trump a annoncé son choix pour le poste d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire des États-Unis en Azerbaïdjan. Son candidat est Alexander Alden, dont la nomination a déjà été transmise au Sénat pour confirmation.
L’ambassade des États-Unis à Bakou est actuellement dirigée par la chargée d’affaires Amy Carlon. Le précédent ambassadeur, Mark Libby, a quitté ses fonctions à la fin de l’année 2024. Depuis lors, les États-Unis n’ont plus d’ambassadeur officiellement confirmé en Azerbaïdjan.
Les raisons de cette vacance prolongée demeurent floues. L’attention de Washington, mobilisée par de multiples crises internationales, a pu contribuer à ce retard.
Une autre explication possible réside dans le fait que les candidats au poste d’ambassadeur en Azerbaïdjan ont traditionnellement dû franchir l’obstacle des groupes de pression issus de la diaspora, ce qui a souvent compliqué la tâche des administrations américaines successives.
Donald Trump lui-même avait été confronté à une telle résistance lors de son premier mandat, lorsque certains groupes d’influence au Congrès avaient tenté de bloquer son candidat. Il était néanmoins parvenu à faire nommer la personne de son choix à Bakou. Tous ses prédécesseurs à la Maison-Blanche n’ont pas connu le même succès. Il est même arrivé, au grand embarras d’une puissance mondiale, que la question de savoir qui représenterait les États-Unis en Azerbaïdjan soit influencée par la diaspora arménienne.
Que sait-on d’Alexander Alden ?
Au sein du Bureau des affaires européennes et eurasiennes du Département d’État américain, Alexander Alden a exercé les fonctions de secrétaire d’État adjoint délégué, chargé notamment du renforcement des relations entre les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que de la limitation de l’influence chinoise dans la région.
Au cours de sa carrière, il a également occupé les postes de directeur principal pour les technologies émergentes et de directeur de la politique et de la stratégie de défense au Conseil de sécurité nationale des États-Unis. Titulaire d’un master en sciences politiques, il parle plusieurs langues.
Toutefois, cela ne semble pas résumer tout ce que l’on sait de lui.
Le journal arménien Golos Armenii (« La Voix de l’Arménie ») a rapporté un élément qui, s’il est exact, mérite une attention particulière.
Selon cette publication, Alexander Alden serait d’origine arménienne et ses parents auraient été des émigrés politiques soviétiques installés aux États-Unis. Le journal lui-même se dit surpris qu’une telle personnalité ait été choisie pour ce poste.
Selon une première interprétation avancée par le quotidien, Washington aurait cherché à provoquer Bakou. Selon une autre, cette nomination viserait à « démontrer symboliquement son désir de mettre fin aux tensions ethniques dans la région ».
Dans le même temps, le journal recommande aux Arméniens de ne pas nourrir d’attentes excessives quant aux éventuels avantages que pourrait leur procurer l’origine supposée du diplomate. À titre d’exemple, il cite le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, affirmant que ses racines arméniennes n’ont apporté aucun bénéfice tangible à l’Arménie.
Même si Alden parle arménien, il demeure avant tout un Américain : un diplomate et un haut fonctionnaire des États-Unis guidé par les intérêts du pays qu’il représente.
Avec une certaine ironie, « Golos Armenii » souligne que les médias azerbaïdjanais n’ont formulé aucun commentaire public sur les origines supposées du diplomate, alors même que les autorités de Bakou en seraient probablement informées.
Le sous-entendu est évident. Cependant, les relations entre Bakou et Washington ont atteint un degré de maturité qui rendrait toute hystérie publique inappropriée. Si l’information concernant les racines arméniennes du diplomate venait à être confirmée, le sujet serait sans aucun doute débattu, mais certainement pas sous la forme de démonstrations émotionnelles ou de campagnes médiatiques sensationnalistes.
Néanmoins, plusieurs remarques s’imposent.
Bien que les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie se soient récemment améliorées, la nomination d’une personne d’origine arménienne au poste d’ambassadeur en Azerbaïdjan apparaîtrait inopportune dans les circonstances actuelles.
Naturellement, les milieux politiques et les groupes de pression arméniens ne devraient pas supposer qu’ils tireront profit de l’origine ethnique présumée du candidat - à supposer, encore une fois, que ces informations soient exactes. Les intérêts des États-Unis doivent, en principe, primer sur toute autre considération.
Mais peut-on toujours en avoir la certitude ?
À l’exception de l’actuel président américain, les administrations précédentes ont souvent semblé sensibles aux pressions exercées par la diaspora arménienne et ses organisations de lobbying. À plusieurs reprises, le Congrès a bloqué ou contesté des décisions concernant l’Azerbaïdjan et la Turquie qui ne répondaient pas aux attentes des organisations de défense des intérêts arméniens.
Donald Trump ne permet pas à un groupe de pression ethnique particulier de dicter sa politique, car il serait politiquement indépendant de l’influence des diasporas. Mais qu’est-ce qui garantit qu’un futur président américain ne deviendra pas à nouveau dépendant des groupes de lobbying arméniens ou des engagements pris à leur égard ?
Malheureusement, cela s’est déjà produit par le passé et rien ne permet d’exclure que cela se reproduise. Dans un tel contexte, un conflit d’intérêts pourrait apparaître.
La communauté arméno-américaine continue de disposer d’un lobby influent au Congrès. Les tentatives visant à réviser la Section 907 du Freedom Support Act se sont régulièrement heurtées à une forte résistance. Il paraît d’ailleurs peu probable que cet amendement soit un jour abrogé, toute initiative en ce sens étant susceptible de rencontrer l’opposition des groupes de pression arméniens.
Ce sont là des réalités politiques qu’il est difficile d’ignorer.
Elles soulèvent également la possibilité que certaines organisations de lobbying arméniennes tentent, à l’avenir, d’utiliser un diplomate d’origine arménienne pour promouvoir leurs propres objectifs. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elles y parviendraient. Néanmoins, dans certaines circonstances, les liens ethniques et familiaux peuvent acquérir une dimension politique et servir de vecteurs à la défense d’intérêts particuliers.
De manière plus générale, l’activité de lobbying arménienne au Congrès sert avant tout les intérêts de la diaspora plutôt que ceux des États-Unis. Le fait qu’elle puisse nuire aux relations de Washington avec des partenaires stratégiques tels que Bakou et Ankara semble souvent passer au second plan. Selon certaines analyses, l’affaiblissement de ces relations pourrait même constituer un objectif en soi.
Pour les lobbyistes professionnels, les intérêts nationaux peuvent parfois céder la place aux importantes rémunérations versées par les organisations de défense d’intérêts. Dans certaines situations, ces groupes pourraient également chercher à exercer une pression sur les institutions diplomatiques s’ils estimaient qu’un diplomate arméno-américain ne défend pas suffisamment ce qu’ils appellent la « cause arménienne ».
La diaspora arménienne demeure, selon cette analyse, un foyer de sentiments revanchistes, et cet élément ne devrait pas être négligé.
La question de l’origine arménienne ne se limite donc pas à une simple question de nationalité. Dans le contexte du Caucase du Sud, elle touche également à des enjeux de stratégie, de perception et de sécurité.
L’Azerbaïdjan n’entretient pas d’hostilité envers les Arméniens. Toutefois, trop peu de temps s’est écoulé depuis la fin de près de trois décennies d’occupation arménienne pour que Washington puisse s’attendre à ce qu’un diplomate d’origine arménienne bénéficie d’un accueil unanimement favorable à Bakou.
Un tel accueil n’aura pas lieu.
Une réaction différente ne serait envisageable que si les États-Unis étaient également prêts à nommer en Arménie un ambassadeur d’origine azerbaïdjanaise - ou, à tout le moins, turque. Le poste d’ambassadeur américain à Erevan est lui aussi vacant depuis longtemps.
Il n’est pas difficile d’imaginer la tempête politique qui éclaterait à Erevan si un président américain désignait un diplomate possédant ne serait-ce que de lointaines origines azerbaïdjanaises.
Il suffit de se souvenir de la campagne menée par les groupes de pression arméniens contre Matthew Bryza au motif que son épouse était turque. Et ce, alors même qu’il avait été nommé non pas à Erevan, mais à Bakou.
L’affaire Bryza n’a pas été oubliée. Une situation comparable pourrait facilement se reproduire si Washington devait faire preuve de faiblesse face aux pressions des groupes de lobbying.
Cela ne signifie pas que Donald Trump ait cherché à provoquer l’Azerbaïdjan par cette décision. Une telle interprétation paraît peu crédible.
Cependant, les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Si Washington considère la possible nomination d’Alden comme un geste symbolique en faveur de la réconciliation régionale, l’effet pourrait être inverse à celui recherché.
Plus important encore, cette controverse risque d’affaiblir l’agenda de paix dans la région.
Enfin, il convient de rappeler que Moscou avait autrefois tenté de nommer comme ambassadeur de Russie en Azerbaïdjan un proche parent de l’ancien ministre arménien des Affaires étrangères, Edward Nalbandian. Bakou avait alors empêché cette nomination d’aboutir.
Par Zaur Nurmamedov