À Bakou comme dans d’autres régions de l’Azerbaïdjan, de nombreux édifices remarquables ont traversé le temps, chacun témoignant du talent et du savoir-faire des architectes de son époque.
Ces demeures et palais ne façonnent pas seulement l’identité singulière de la ville : ils constituent aussi une part essentielle de son histoire, imprégnée de l’esprit du boom pétrolier et de l’essor culturel du début du XXe siècle. Parmi les maîtres qui ont contribué à ce paysage architectural, Ziver bey Akhmedbekov occupe une place à part. Son œuvre illustre avec éclat une alliance harmonieuse entre tradition et modernité, influences orientales et européennes. Sa vie et son parcours professionnel méritent une attention particulière.
Premier architecte azerbaïdjanais à avoir reçu une formation supérieure spécialisée, Ziver bey Akhmedbekov naît en 1873 à Chamakhi. En 1902, il sort diplômé avec mention de l’Institut des ingénieurs civils de Saint-Pétersbourg. Il débute sa carrière au sein de l’administration provinciale de Bakou avant d’intégrer la municipalité. Après la création de la République démocratique d’Azerbaïdjan, il est nommé architecte en chef de Bakou, fonction qu’il occupera jusqu’en 1922. Son style se distingue par une combinaison maîtrisée des traditions de l’architecture populaire azerbaïdjanaise et des procédés architecturaux orientaux et européens, conférant à ses réalisations une forte expressivité et une remarquable unité artistique.
Parmi les œuvres majeures de Ziver bey Akhmedbekov figurent notamment la mosquée Taza Pir, la mosquée « Imam », la maison de prière « molokane », le bâtiment de la direction de la société par actions, la mosquée « Ittifaq », l’hôpital pour enfants ainsi que la mosquée Moukhtarov. Chacun de ces édifices se distingue par une composition réfléchie, une plastique expressive et une grande attention portée aux détails, faisant d’eux des éléments emblématiques du paysage urbain. L’architecte a également conçu de nombreuses autres constructions importantes, parmi lesquelles les galeries marchandes de Göytchay, des immeubles d’habitation destinés aux fonctionnaires de l’administration des accises, l’école « Saadet » et plusieurs autres bâtiments. Toutes ces réalisations embellissent non seulement les villes d’Azerbaïdjan, mais constituent aussi un témoignage éclatant du talent et de l’héritage créatif de cet architecte d’exception.
L’une des maisons qu’il a conçues - véritable symbole architectural de l’époque du boom pétrolier de Bakou - se situe près de la station de métro « Nizami » et occupe une place particulière dans le visage historique de la capitale.
L’édifice représente un exemple marquant de l’architecture résidentielle urbaine du début du XXe siècle, mêlant des éléments d’éclectisme et d’Art nouveau. La composition de la façade, parfaitement symétrique, s’organise autour d’un axe central souligné par l’entrée principale et les avancées des balcons. Les avant-corps latéraux ornés de bow-windows apportent du relief à l’ensemble et dessinent une silhouette expressive. Les fenêtres du premier étage sont encadrées de moulures décoratives et surmontées d’élégants frontons, renforçant la richesse visuelle de la façade. Les balcons en fer forgé, aux lignes souples et raffinées, allègent la masse de pierre du bâtiment. Quant aux éléments décoratifs - corniches, ornements en stuc et moulures profilées - ils créent un rythme harmonieux et confèrent à l’édifice une allure cohérente et achevée.
Cette maison de deux étages possède également une valeur historique particulière : c’est ici qu’a vécu le légendaire partisan azerbaïdjanais et héros de la Seconde Guerre mondiale Mehdi Huseynzade, dont la vie et les exploits sont à jamais inscrits dans l’histoire du pays. Cette dimension mémorielle renforce encore l’importance symbolique du lieu.
Devant la maison se dresse aujourd’hui un monument dédié à Ziver bey Akhmedbekov lui-même, maître éminent ayant profondément marqué l’architecture de Bakou. Cette composition sculpturale est l’œuvre du sculpteur Natig Aliyev. Le soin apporté à chaque détail permet de restituer non seulement la ressemblance physique de l’architecte, mais aussi l’esprit de sa création, sa quête de perfection et l’ampleur de sa personnalité. Dans cette image expressive semblent se rejoindre différentes strates du temps, formant un pont symbolique entre le passé et le présent. La maison et le monument dédiés à Ziver bey Akhmedbekov demeurent ainsi des symboles majeurs du patrimoine architectural et culturel de Bakou, rappelant le génie de l’architecte et l’importance de sa contribution à l’identité de la ville.
Aujourd’hui, le nom de Ziver bey Akhmedbekov a été donné à l’une des rues du district de Yasamal. Bien plus qu’un simple geste commémoratif, cette décision traduit le profond respect porté à son travail dévoué, à son engagement professionnel et à la mission essentielle qu’il a accomplie en façonnant le paysage architectural de son pays. Son nom s’inscrit dans le tissu urbain avec la même évidence que les bâtiments qu’il a créés - solidement, dignement et pour longtemps.
Par Vahid Shukurov