AU KARABAGH, LES CONSTRUCTIONS (RECENTES) ARMENIENNES NE RELEVENT PAS DE LA NOTION DE "PATRIMOINE"

Analyses
22 Avril 2026 09:06
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AU KARABAGH, LES CONSTRUCTIONS (RECENTES) ARMENIENNES NE RELEVENT PAS DE LA NOTION DE "PATRIMOINE"

par Leïla Tariverdiyeva

Dans quelques jours, les Arméniens s’apprêtent à commémorer une date qu’ils considèrent, disons, comme déterminante. Elle l’est dans la mesure où le mythe du « génocide de 1915 » est devenu le socle de la promotion de la question arménienne et des intérêts arméniens à travers le monde. Cette narration a permis de jouer sur une turcophobie traditionnelle en Occident afin d’obtenir avantages et privilèges. Les positions dont bénéficie aujourd’hui la diaspora arménienne ne sont pas le fruit d’exploits exceptionnels ni de talents particuliers : elles reposent sur des décennies d’émotion instrumentalisée, ayant influencé l’Europe et les États-Unis depuis que cette version des faits, élaborée à l’époque soviétique, a été introduite dans le débat international. La turcophobie obsessionnelle couplée aux ressources financières de la diaspora constituent, pour ainsi dire, une colle puissante capable d’assembler n’importe quel récit.

Récemment, la quasi-totalité des médias arméniens ont relayé sur une tonalité alarmiste l’annonce de la démolition, à Khankendi, d’une construction récente érigée durant la période d’occupation, à l’approche du 111e anniversaire du soi-disant « génocide ». Les nationalistes arméniens semblent considérer le 24 avril non seulement comme une date symbolique pour eux, mais aussi comme un moment auquel le reste du monde devrait se référer.

Une déclaration a été diffusée par une prétendue « agence de tourisme d’Artsakh ». Le ton employé donne l’impression qu’il s’agit de la disparition d’un monument ancien, alors qu’il n’en est rien. Les séparatistes dénoncent une supposée « destruction » de leur identité, de leur passé et de leur mémoire. Une affirmation qui soulève une question : si cette identité peut être effacée par la démolition d’une construction illégale vieille d’à peine vingt ans, que dit cela de sa solidité ? Les réactions suivent un schéma désormais familier : appels à l’aide, indignation, sollicitations adressées à la « communauté internationale » pour condamner et intervenir.

Or, c’est précisément cette attention internationale que ces voisins de l’Azerbaïdjan auraient intérêt à éviter, pour plusieurs raisons.

Premièrement, l’Azerbaïdjan agit sur un territoire souverain reconnu au niveau international. L’idée d’une « occupation » du Karabagh ne trouve écho que dans le discours arménien ; le reste du monde reconnaît cette région comme faisant partie de l’Azerbaïdjan, non seulement en théorie, mais aussi dans les faits. Khankendi accueille aujourd’hui des événements internationaux, des visites officielles de chefs d’État et des rencontres économiques impliquant des responsables européens. À l’époque de l’occupation arménienne, seules certaines délégations proches de réseaux de lobbying s’y rendaient, ce qui reflétait la perception internationale de ces territoires comme occupés. Le changement actuel n’est ni un geste symbolique ni une faveur, mais la reconnaissance d’un droit souverain.

Deuxièmement, aucune destruction de véritables monuments historiques anciens n’a été constatée du côté azerbaïdjanais. Les démolitions concernent exclusivement des constructions édifiées durant l’occupation. Ces structures ne relèvent pas du patrimoine historique nécessitant une conservation pérenne ; leur valeur était avant tout politique pour les acteurs de l’occupation. La fin de celle-ci entraîne logiquement leur disparition.

Troisièmement, il n’existait pas d’églises arméniennes historiques à Khankendi. Avant la période soviétique et la création de l’entité administrative locale, la présence arménienne y était limitée. Les églises arméniennes dans la région ont été construites principalement après la première guerre du Karabagh. Quant à la ville historique azerbaïdjanaise de Khankendi, elle a été largement détruite durant l’époque soviétique, remplacée par une nouvelle urbanisation sous le nom de Stepanakert.

Même à Erevan, une partie du patrimoine historique antérieur reste méconnue, enfouie sous les transformations urbaines. Une dynamique similaire s’est produite à Khankendi : pour imposer une nouvelle identité historique, les éléments susceptibles de contredire ce récit ont été effacés.

Historiquement, la ville comptait 37 quartiers, dont 15 principaux, chacun doté de sa mosquée. On y trouvait également 17 mausolées, aujourd’hui disparus. En un siècle, dont les années d’occupation, 80 sites du patrimoine culturel azerbaïdjanais ont été détruits.

Selon des données officielles, plus de 400 monuments religieux et historiques se trouvaient sur les territoires occupés : 67 mosquées et près de 200 sanctuaires et mausolées. Beaucoup ont été entièrement détruits dans différentes régions. D’autres ont été dégradés, comme la mosquée Juma d’Aghdam, utilisée à des fins militaires et même agricoles.

Des destructions similaires ont touché des sites situés en Arménie même, sur des terres historiquement azerbaïdjanaises. Des dizaines de monuments ont disparu. En 1915, on recensait 382 mosquées dans la région d’Erevan ; aujourd’hui, il n’en subsiste pratiquement aucune.

Durant l’occupation, les destructions ont concerné non seulement les mosquées, mais aussi les caravansérails, bains, mausolées et cimetières. Certaines églises ont également été altérées, notamment celles d’origine albanienne – de l’Albanie du Caucase, profondément modifiées. Ces faits sont documentés.

En décembre 2021, la Cour internationale de justice a appelé l’Azerbaïdjan à prévenir les actes de vandalisme contre le patrimoine arménien. Une décision qui, au regard des destructions antérieures, suscite des interrogations sur son équilibre. Les références fréquentes aux conventions internationales contrastent avec les violations passées de ces mêmes textes.

Les dispositions du droit international - qu’il s’agisse de la Convention de La Haye ou des Conventions de Genève - interdisent la destruction de biens culturels et les transformations sur des territoires occupés. Or, ces règles concernent précisément la période d’occupation, et non la situation actuelle.

Depuis septembre 2023, il ne s’agit pas d’une occupation, mais du rétablissement de la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur son territoire, reconnu comme tel par la communauté internationale.

L’Azerbaïdjan exerce aujourd’hui ses droits souverains. Les constructions illégales datant de l’occupation sont appelées à disparaître. Au regard des destructions massives du patrimoine azerbaïdjanais au cours des décennies passées, ces démolitions apparaissent, pour ses autorités, comme marginales.