AZERBAIDJAN - LES TEMOIGNAGES DE L'ARCHEOLOGIE ISLAMIQUE - PARTIE 1

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17 Avril 2026 14:49
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AZERBAIDJAN - LES TEMOIGNAGES DE L'ARCHEOLOGIE ISLAMIQUE - PARTIE 1

Par Tarikh Dostiyev, docteur en histoire

L’« archéologie islamique », qui se donne pour tâche d’accumuler, de traiter analytiquement et d’interpréter des matériaux substantiels, puis de les synthétiser avec des sources écrites afin de reconstituer l’histoire de la civilisation musulmane ainsi que la vie culturelle et religieuse de la société musulmane, constitue une branche en plein essor de la science archéologique moderne. L’archéologie islamique couvre toutes les régions où des monuments archéologiques de la culture musulmane ont été conservés (1, p. 13).

Les chercheurs s’intéressent depuis longtemps aux monuments musulmans de l’Azerbaïdjan médiéval. Des informations sur certains d’entre eux ont été obtenues lors de relevés effectués au XIXᵉ siècle. Parmi ces monuments, on peut citer la mosquée du Vendredi (Jama) de Nakhitchevan, le minaret de Shamkir, ainsi que l’ancien cimetière musulman de Bakou. Par exemple, le dessin du minaret de Shamkir réalisé par Frédéric Dubois de Montperreux, qui visita le Caucase dans les années 1830, donne une idée de ce magnifique exemple de monument cultuel de l’école d’Arran, aujourd’hui disparu (2, p. 146).

Pendant la période de la République démocratique d’Azerbaïdjan (1918-1920), plusieurs initiatives furent entreprises pour étudier et inventorier les monuments de la culture musulmane. Un rôle actif dans ce processus fut joué par la Société pour l’étude de l’Orient musulman, fondée au sein de l’université de Bakou en 1919. Son objectif principal était l’étude archéologique des monuments musulmans du pays. La Société élabora un projet visant à étudier les villes médiévales du pays, notamment la ville de Shabran, ainsi que la pierre tombale de Nizami à Gandja. Toutefois, les événements de 1920, marqués par l’invasion de la Russie bolchevique, ne permirent pas la réalisation de ces projets (3, pp. 191-194).

Les années du pouvoir soviétique furent marquées par certains succès dans l’étude des monuments archéologiques de la période islamique en Azerbaïdjan. Les recherches dans ce domaine furent menées dans le cadre des préparatifs de l’anniversaire du grand poète azerbaïdjanais Nizami Ganjavi. Entre 1938 et 1940, sous la direction de I. M. Jafarzadeh, de vastes fouilles archéologiques furent menées dans la vieille ville de Gandja (4). La tombe et le mausolée de Nizami furent également étudiés. À la même époque, des travaux archéologiques furent réalisés dans les khanegahs (lieux de réunions d’adeptes soufis) de Pir Huseyn et de Cheikh Babi Yagoub.

La seconde moitié du XXᵉ siècle fut marquée par des fouilles archéologiques à grande échelle dans les villes médiévales de Beylagan (Oren-gala), Bakou, Gabala, Shamakhi, Shabran, Derbent, Gandja et dans le district d’Ordubad (Kharaba-Gilan). Outre d’autres éléments de culture matérielle, des monuments religieux et commémoratifs, y compris des sépultures musulmanes, furent découverts et étudiés. L’effondrement de l’URSS et la formation de la République d’Azerbaïdjan marquèrent une nouvelle étape dans l’étude des monuments de l’archéologie musulmane.

Les monuments musulmans de l’Azerbaïdjan médiéval étudiés par la recherche archéologique témoignent de la continuité du processus historique sur près d’un millénaire.

Il est bien connu que l’adoption de l’islam a marqué un tournant radical dans le destin historique de l’Azerbaïdjan. L’intégration au califat arabe, ainsi que les liens économiques, culturels et spirituels actifs, ont engendré des caractéristiques musulmanes communes dans la culture matérielle et spirituelle, déterminant ainsi une voie commune de développement de la culture médiévale en Azerbaïdjan (5, pp. 43-44). Les recherches archéologiques attestent d’une accélération des processus d’urbanisation. La période islamique ancienne (VIIIᵉ–Xᵉ siècles) se caractérise par des innovations dans tous les domaines de la culture urbaine. Au IXᵉ siècle, un nouveau type d’établissement urbain se met en place et demeure sans changements fondamentaux durant tout le Moyen Âge.

Comme dans l’ensemble de l’Orient musulman, les villes d’Azerbaïdjan présentaient généralement une structure tripartite : citadelle, shahristan (une petite ville et le territoire autour) et rabad (fortin et lieu de regroupement de soufis). Les recherches archéologiques montrent que les villes de cette période devinrent d’importants centres de l’islam dans le Caucase, avec une organisation complexe et une structure développée. Par ailleurs, les édifices religieux jouaient un rôle très important dans l’apparence architecturale des villes et des autres établissements. L’architecture religieuse - mosquées, minarets, madrasas, mausolées - dominait le paysage urbain.

Bien que relativement peu d’édifices religieux musulmans médiévaux aient été mis au jour lors des fouilles archéologiques, il est néanmoins possible, sur la base des découvertes ainsi que des monuments conservés jusqu’à aujourd’hui, d’établir les caractéristiques de différents types de constructions.

Les mosquées constituent les principaux lieux de culte de l’islam. En Azerbaïdjan, les premières mosquées du Vendredi (Jama) sont connues à Derbent, Shamakhi et Ardabil. Les études archéologiques de la mosquée du Vendredi de Shamakhi ont confirmé que, malgré de multiples reconstructions, sa structure de plan est restée inchangée (6, p. 26). Les fouilles dans la cour de la mosquée ont permis d’établir la stratigraphie et de déterminer la nature de la couche culturelle, qui remonte à la période du VIIIᵉ au XVIIᵉ siècle. Les vestiges de deux minarets, érigés entre les XIᵉ et XIIᵉ siècles, ont été découverts, c’est-à-dire postérieurement à la construction de la mosquée elle-même (7, pp. 26-27), laquelle fut édifiée au VIIIᵉ siècle (126 de l’Hégire).

D’après les résultats des fouilles archéologiques, la mosquée du Vendredi de la ville d’Ardabil, construite sur les ruines d’un temple du feu au VIIᵉ siècle, est encore plus ancienne. Il a été établi que cet édifice en briques comprenait non seulement une salle de prière carrée et un profond portique au nord, mais aussi de nombreuses pièces annexes couvrant une vaste superficie. Les fouilles ont également montré que la mosquée possédait autrefois un minaret (8).

Les mosquées du Vendredi étaient généralement construites sur la place centrale de la ville. Toutefois, il existait des exceptions : par exemple, al-Muqaddasi note que la mosquée du Vendredi de Gabala se trouvait à l’écart, sur une colline (9, p. 309). Cela est confirmé par les données des recherches archéologiques sur la colline de Kamal-tapa, située en face de la porte sud de la ville (10, p. 99). Les fouilles y ont révélé les vestiges de la partie nord-ouest du bâtiment de la mosquée (10, p. 103).

La plupart des mosquées de quartier de l’Azerbaïdjan médiéval n’ont pas survécu ou ont été reconstruites. Il semble que les premières mosquées de quartier d’Azerbaïdjan étaient de petites structures rectangulaires rappelant, par leur plan et leur composition, la mosquée de Mohammed ibn Abu Bakr à Bakou. L’inscription arabe de la mosquée, en style coufique, indique la date de 471 de l’Hégire (1078-1079).

Les fouilles archéologiques ont révélé de nouvelles données sur la structure tridimensionnelle de la mosquée. Il a été établi qu’il existe une pièce de forme irrégulièrement rectangulaire sous la salle de prière, couverte d’une voûte (11, pp. 65-68 ; 12, pp. 105-106). On pense que cette mosquée a été construite sur le site d’un temple préislamique. Des recherches archéologiques ont également été menées dans la mosquée voisine d’Ashur. Il s’agit d’un édifice à deux étages. Du point de vue de la structure, elle est proche de la mosquée de Mohammed ibn Abu Bakr, bien qu’elle paraisse plus simple et plus sobre (13, p. 218).